La médecine : une science

La maladie a été, pendant des millénaires, une des fatalités de l’espèce humaine. Livré  à lui-même, l’homme est bien mal armé pour le combat incessant que se livrent pour leur subsistance les créatures naturelles ; il est mal armé contre les grands carnassiers dont la force surpasse infiniment la sienne ; il l’est plus mal encore contre les ennemis microscopiques qu’il ne connaît pas et qu’il ne peut éviter.

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Dans la longue histoire de l’humanité, le tribut payé à la maladie est une des constantes les plus caractéristiques de la faiblesse et de la misère des hommes. De tout temps, les enfants sont morts, en masse, véritable massacré des Innocents, les femmes n’ont pas survécu à la mise au monde des enfants et les épidémies ont ravagé les cités. Il faut bien qu’il en ait été ainsi puisque, jusqu’à une date très récente, la population du globe n’a augmenté qu’avec une grande lenteur ; pourtant la fécondabilité normale d’une femme saine peut aller jusqu’à quinze ou vingt grossesses. Pour que cette natalité considérable n’ait pas entraîné une surpopulation rapide à une époque où aucun contrôle des naissances n’était même envisagé, on imagine quel affreux décher a dû se produire et combien peu de ces petits d’homme ont vu durablement la douce lumière du jour.

Il suffit d’ailleurs de songer qu’à une époque aussi rapprochée de nous que le XIVè siècle, la peste noire a détruit le quart de la population européenne ; il suffit de se rappeler qu’au XVIIè siècle, la durée moyenne de la vie dépassait à peine trente ans, pour comprendre ce qu’a été réellement la maladie dans l’histoire des hommes.

En vérité, quand l’Eternel a condamné nos parents fautifs à enfanter dans la douleur et à gagner leur pain à la sueur de leur front, il aurait pu ajouter « et du connaîtras dans ta chair la souffrance, la maladie et la mort« .

L’homme à l’état de nature ne ferait en somme que subir les lois de la nature, qui gaspille les individus pour conserver plus ou moins durablement les espèces ; toutes proportions gardées, il partageait le sort des insectes ou des poissons dans la génération desquels la mort est la règle et la survie l’exception. Du point de vue médical tout au moins, le retour aux âges primitifs rêvé par Jean-Jacques Rousseau n’est qu’une monstrueuse utopie. C’est dans la mesure où il s’est servi de son cerveau, dans la mesure où il s’est civilisé, que l’homme, seul parmi les créatures, a su peu à peu faire reculer la maladie et rompre le cercle fatal où les êtres vivants sont désespérément enfermés. La lutte contre la maladie est un des meilleurs titres de noblesse de l’humanité et l’on serait tenté de dire en parodiant un mot de Rabelais : « Pour ce que guérir est le propre de l’homme ».

auguste-comteAuguste Comte, lui, n’a pas fait place à la médecine dans sa classification des sciences. S’il l’eût fait, nul doute qu’il l’eût placée à la fin de son échelle entre la biologie et la sociologie. On sait que Compte a classé les sciences par ordre de complexité croissante, et plus une science est complexe, plus elle se développe tardivement. Les mathématiques et l’astronomie, qui sont au début de l’échelle, ont connu très tôt des acquisitions importantes ; la physique et la chimie se sont développées ensuite tandis que la biologie a beaucoup plus longtemps balbutié avant de découvrir un vrai visage.

Quant à la sociologie, on peut à peine dire qu’elle soit vraiment entrée dans l’ère scientifique, bien que l’économie politique ait donné lieu, entre les mains des théoriciens modernes, à certains développements mathématiques. Or, la médecine est plus complexe que la biologie, parce qu’elle s’adresse à l’Homme, c’est-à-dire à l’espèce la plus hautement différenciée de la création. Cette différenciation même suppose une infinité de mécanismes régulateurs dominés par une superstructure intellectuelle et émotive n’ayant son équivalent nulle part dans la nature et introduisant dans l’étude physiologique et pathologique de l’homme de bien grandes difficultés.

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Tout cela aide à comprendre qu’il y ait bien peu à retenir dans les spéculations de la médecine antérieures au XIXè siècle. A l’époque préhistorique, la médecine fut de nature magique, comme elle l’est encore dans les peuplades primitives du centre de l’Afrique par exemple, où le médecin n’est autre que le Sorcier ; c’est pour des exorcismes sous toutes les formes que l’on pense chasser l’esprit malfaisant considéré comme l’auteur du mal…  nous en parlerons plus loin !!!!