L’intelligence du cœur, une condition fondamentale

 

 Bien que l’intelligence de la main se soit révélé un attribut vital au cours des âges et du développement de l’homo sapiens, cette forme de cognition, si extraordinaire soit-elle, ne peut suffire à apporter réponse aux besoins que suppose le travail infirmier, car sollicitée seule, elle ne peut assurer le caractère humaniste des soins. Il faut y joindre une autre condition essentielle, l’intelligence du cœur qui est l’intelligence émotionnelle qui fait de nous des êtres humains.

coeur animé Ce concept développé par Howard Gardner, nous montre combien cette intelligence est complémentaire, parfois même indispensable au fonctionnement de nos facultés intellectuelles. Sans cette forme d’intelligence, l’être humain ne serait qu’un robot condamné à des réponses techniques et automatiques. L’intelligence du cœur est celle des sentiments, celle qui fait de nous non seulement des êtres pensants, mais aussi des sujets qui ressentent et qui vibrent. C’est celle qui nous permet comme soignantes de nous tourner vers l’autre pour en prendre soin. L’intelligence du cœur agit un peu comme un miroir grossissant qui nous permet de nous connaître et de reconnaître l’autre.

 Comme dans cette peinture, c’est l’intelligence du cœur qui favorise la découverte de ce que l’autre vit et facilite sa compréhension profonde. « Développer son intelligence émotionnelle, c’est apprendre à percevoir le côté subtil des réactions humaines, c’est comprendre l’autre, s’ouvrir à ce qu’il vit, le ressentir avec empathie, mais c’est aussi sur le plan personnel, maîtriser ses pulsions et contrôler la satisfaction de ses désirs, maintenir son équilibre émotionnel, développer et entretenir des relations harmonieuses avec les autres, savoir se motiver et faire preuve de persévérance malgré les difficultés à affronter. »

En soins infirmiers, c’est l’intelligence du cœur qui oriente notre attention vers le malade, nous permet de comprendre ses difficultés avec empathie et de manifester une compassion agissante. L’intelligence du cœur est ce qui fait la différence entre des soins mécaniques centrés sur les techniques, c’est-à-dire les actions de haute visibilité facilement repérables, évaluables, et des soins reflétant une préoccupation pour l’humain et une volonté de l’aider au cours des moments difficiles d’un épisode de maladie. Sans l’intelligence du cœur, le travail infirmier pourrait être voué à l’automatisme des gestes, au manque d’attention, voire de respect et de chaleur humaine qui sont si nécessaires devant la souffrance et le découragement souvent rencontrés dans nos services.

C’est avec le cœur que l’on vit la compassion et c’est encore de cette manière que l’on crée la relation à l’autre, ce lien de confiance vital entre l’infirmière et son patient. Ce sont ces facultés émotionnelles qui lui permettent d’appliquer la relation d’aide dans son travail au quotidien. « Je suis convaincue que le travail, c’est de l’amour changé en actes. Je crois que si davantage de gens pensaient de cette façon à leur travail et à leur vie, ils pourraient réussir de grandes choses. »

Jeanne Pinckert Dixon https://nrt.revues.org/601

coeur

Le travail de compassion pour les malades est bien présent dans l’horizon des infirmières. C’est lui qui illumine les scènes de désespoir, les occasions de tension émotive trop intense, c’est lui qui fait oublier les fatigues et le caractère souvent ingrat de cette profession. Et quoiqu’on puisse en dire, cela, on ne peut nous l’enlever, ni en diminuer la valeur. Par leur travail de la main et du cœur, les infirmières accomplissent tout un boulot qui peut nous rendre fières d’y participer. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que nous puissions poursuivre notre progression, nous affirmer comme profession, approfondir ses bases et à la diversifier afin, comme le disait Pindare,  «d’en épuiser les champs du possible.» Il ne faut pas croire que nous y sommes arrivées, car ce serait admettre que nous ne sommes pas allées très loin… !

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer les sources et le site de Francesca :  https://medecinehistorique.wordpress.com/