ADIEU AUX ANTIBIOTIQUES

 

 

À l’heure actuelle, l’empoisonnement par la salmonelle devient de plus en plus difficile à traiter. Le gavage de nos animaux de boucherie aux antibiotiques favorise au maximum la propagation de bactéries réfractaires aux médicaments, y compris la salmonelle. Les bactéries antibio-résistantes se multiplient dès lors dans l’organisme de l’animal qui, en principe, devrait réagir aux antibiotiques. Mais cela n’est pas le cas et les maladies infectieuses (notamment la salmonellose) normalement traitées aux antibiotiques deviennent de plus en plus graves et de plus en plus souvent fatales.

animalPis encore, la salmonelle n’est pas la seule bactérie parmi tous les organismes vivants qui deviennent tous les jours plus antibio-résistants à cause de ce gavage systématique des animaux aux antibiotiques. Par exemple, il y a seulement quelques années, on évaluait à 10 % le nombre des staphylocoques (auxquels on doit infections cutanées, maladies des os, plaies infectieuses, pneumonies et empoisonnements alimentaires) qui résistaient à la pénicilline; aujourd’hui, ce nombre est passé à pas moins de 90 %.

Fait plus alarmant encore, une importante étude menée en 1987 par le Centre fédéral pour la prévention des maladies (Fédéral Center for Disease Control) et publiée dans le New England Journal of Medicine démontre que la salmonelle qui pullule dans nos usines agro-alimentaires de vient non seulement de plus en plus antibio-résistante, mais aussi que la cuisson ne suffit plus à la détruire. Résultat : Les scientifiques prévoient de plus en plus d’empoisonnements toujours plus graves à la salmonelle. L’usage intensif d’antibiotiques dans notre industrie agroalimentaire favorise l’éventualité (certains prétendent même qu’elle est inévitable) d’une épidémie de salmonellose incurable.

Il n’est pas exagéré de prétendre que l’usage irréfléchi d’antibiotiques par l’industrie agroalimentaire a systématiquement favorisé chez nos animaux de boucherie le développement d’agents antibio-résistants tenant en échec les médicaments qui ont fait les grands moments de la médecine moderne. Pour garder nos animaux en vie malgré leurs tristes conditions d’existence, nous avons inclus les antibiotiques à leur alimentation. L’usage excessif de ces substances auxquelles on doit tant de miracles crée un phénomène d’anti-miracle. De fait, la situation est si dramatique que les bactéries résistent précisément à ces antibiotiques qui ont sauvé des millions de vies humaines lors des terribles épidémies de notre histoire.

À moins de cesser d’ajouter des antibiotiques à la ration alimentaire de nos animaux, cette découverte du siècle deviendra de plus en plus inefficace et la médecine deviendra impuissante à traiter les innombrables infections, tout comme avant l’apparition des antibiotiques. Déjà, nombreux sont ceux qui, pour avoir mangé de la viande, ont aussi développé des agents antibio-résistants agissant au niveau de la flore intestinale’. Nous n’en ressentons pas les effets pour le moment parce que leur nombre est tenu en échec par plusieurs autres bactéries bénéfiques.

Comme le Dr Kenneth Stoller, vice-président et directeur des affaires publiques et de la santé au sein de l’Association américaine pour la science et une politique de santé publique (American Association for Science and Public Policy), l’a expliqué, si nous recourons systématiquement aux antibiotiques, « les diables risquent de se déchaîner ». Les bactéries qui n’ont pas développé de résistance aux antibiotiques sont détruites et la multiplication des bactéries pathogènes reste hors de notre contrôle.

Les conséquences peuvent être désastreuses. Un article publié récemment dans la revue Science a révélé que plus de quatre pour cent des infections causées par la salmonelle devenue antibio-résistante sont dorénavant fatales. Nos médicaments miracles perdent aussi rapidement leur prodigieux pouvoir en ce qui concerne d’autres maladies infectieuses.

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En conséquence, au cours des années soixante-dix, la Grande-Bretagne et la Communauté économique européenne ont restreint l’usage des antibiotiques dans l’alimentation du bétail. Mais les industries pharmaceutiques et agro-alimentaires américaines se sont montrées fort réticentes à s’engager dans cette voie et ont même réussi à contourner toute réglementation en ce sens.

ET MAINTENANT…

 Nous vivons une ère de folie. Ceux qui font attention à ce qu’ils mangent et voient à se nourrir sainement sont traités de marginaux et ceux dont les habitudes alimentaires engendrent maladies et souffrances sont considérés normaux. Nous vivons pourtant une époque de grandes découvertes. Chaque jour, nous avons l’occasion de constater les multiples conséquences de nos choix alimentaires et pouvons prendre conscience des mesures qui s’imposent. Plus je m’informe des résultats des recherches actuelles, plus je me rends compte à quel point notre santé dépend de nous et de nous seuls. Nous avons beaucoup plus de possibilités qu’auparavant pour rester en bonne santé et dès lors faire en sorte de nous assurer une vie plus saine.

Je crois que chacun de nous, en son for intérieur, souhaite léguer une part de lui-même à la postérité et que nous souhaitons participer activement à l’avènement d’un monde meilleur, plus sain. Plus nous nous gardons en santé, plus notre contribution à cet égard gagne en prolongements.

Nous savons tous que les maux de la Terre qui méritent notre compassion ne se comptent plus. D’ailleurs, chacun de nous partage à sa manière l’angoisse que suscitent les dangers qui la menacent aujourd’hui et nous savons tous qu’il ne s’agit pas seulement de notre propre existence, mais de la survie de toute la planète.

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J’ai constaté que nos habitudes alimentaires y concourent plus que je l’imaginais. Les contrecoups qu’elles supposent s’étendent bien au-delà des problèmes de santé. Je me suis aussi aperçu que leurs enjeux cl leurs répercussions sont tels que nos petites préoccupations de santé sont banales à côté.

Dans les deux prochains chapitres, nous verrons comment nos choix alimentaires affectent notre santé et celle de nos enfants, combien ils altèrent notre capital génétique et à quel point ils remettent même en question la propagation de toute vie sur Terre. Nous verrons aussi comment les récents développements de la science clament d’une seule voix que, plus que jamais auparavant, l’humanité doit résolument modifier ses habitudes alimentaires. L’urgence est flagrante.

Extrait du livre : Se nourrir sans faire souffrir

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