La douleur n’est pas une fatalité

La France est longtemps restée à la traîne concernant la prise en charge de la douleur alors que, paradoxalement, elle possédait une médecine technologique de pointe. Cet archaïsme consternant n’a commencé a évoluer qu’en 1996. Aujourd’hui, il existe un arsenal thérapeutique suffisant pour ne plus souffrir inutilement et les professionnels de santé ont désormais obligation d’évaluer et de traiter la douleur.

Divers obstacles furent à l’origine de ce retard, voire de ce véritable blocage des mentalités face à la prise en compte de la douleur et de son soulagement.

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Des obstacles religieux et culturels

Profondément marquée par son héritage religieux, la France a longtemps cru à la composante rédemptrice de la douleur. « Tu enfanteras dans la douleur ! », un adage biblique qui a eu la peau dure. Les pseudo vertus de la douleur rédemptrice ont si bien imprégné notre inconscient collectif que cette croyance s’est inscrite durablement dans notre culture laïque. « Il faut savoir souffrir pour devenir un homme, mon fils ! » Pour tous, la souffrance était alors perçue comme une épreuve qui rend plus fort, qui virilise ou, a contrario, qui féminise : « il faut souffrir pour être belle ». Une expérience utile et nécessaire de toute vie humaine.

Faux ! Des unités de recherche et des sociétés savantes, qui ont étudié la douleur et ses mécanismes, ont démontré que non seulement la souffrance ne servait à rien mais aussi qu’elle entravait nos facultés de guérison dans le cadre de la maladie. De plus, cette expérience sensorielle et émotionnelle déplaisante, laissant une forte empreinte consciente et inconsciente, peut conduire les personnes qui ont déjà souffert, psychologiquement et/ou physiquement, à refuser certaines situations de la vie ou certains soins, pourtant nécessaires, par peur d’avoir mal.

Une méconnaissance et une grande réticence médicale

Pendant longtemps, les médecins ont estimé que la douleur était normale et nécessaire. Seule la pathologie méritait d’être soignée et la douleur ne servait que d’indicateur de la maladie. Un manque total de formation des médecins les a conduits à nier la souffrance, quand ce n’est à mépriser les patients trop douloureux. « Syndrome méditerranéen » ou « syndrome transalpin » furent à classer au nombre des expressions légendaires et stigmatisantes, employées sans vergogne par le corps médical de l’époque, pour décrire son agacement face à certains malades, jugés par trop expressifs. Les enfants payèrent aussi un lourd tribu à cette absence de formation et d’information du corps médical vis-à-vis de la douleur. On estimait alors que le système nerveux de l’enfant étant immature, il ne pouvait pas souffrir.

Un nombre incalculable d’enfants furent ainsi opérés des amygdales sans aucune anesthésie. Certains s’en souviennent encore 40 ans plus tard. Quand, enfin, on disposa de médicaments suffisamment puissants pour soulager quasiment toutes les douleurs, les médecins refusèrent encore de les administrer par peur.

Une réglementation récente mais efficace

Cette crainte médicale des analgésiques (médicaments puissants contre la douleur) était par ailleurs renforcée par une législation inadaptée : la plupart de ces médicaments restait classés dans la catégorie des stupéfiants. Ce n’est qu’en 1996 que la législation a commencé à secouer les mentalités professionnelles.

A cette date, le Code de la santé publique a alors imposé aux établissements de santé, publics et privés, de mettre en oeuvre les moyens propres à prendre en charge la douleur des malades. Cette première législation fut fortement renforcée par la réglementation de septembre 1998, notamment concernant la dispensation des analgésiques : il s’agit du plan triennal de lutte contre la douleur, initié par Bernard Kouchner, alors secrétaire d’Etat à la Santé.

Aujourd’hui une chose est sûre : les professionnels de santé sont désormais très bien formés et ils doivent tout mettre en oeuvre pour que vous souffriez le moins possible !

Ecrit par: Ghislaine Trabacchi – Journaliste

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 Les conséquences sociales, professionnelles et économiques des douleurs chroniques

Les conséquences de la douleur chronique dépassent de loin le seul fait d’avoir mal. D’après une étude observationnelle menée par la SFETD en 2007 auprès de 396 patients souffrant de douleurs neuropathiques , plus de la moitié (56 %) présentent une anxiété pathologique, 35 % se sentent en permanence ou souvent tristes et déprimés, et 39 % doivent réduire leur vie relationnelle pour ces mêmes raisons.

Les douleurs chroniques ont également un impact direct sur les capacités professionnelles des patients, puisque les deux-tiers de ceux qui sont en âge de travailler sont obligés d’interrompre leur activité en raison de leur état physique (28 % ont eu un arrêt de travail, 12 % étaient en accident de travail et 24 % en invalidité). Ces données ont été confirmées dans une autre enquête menée par la Haute Autorité de Santé en 2008  sur un plus grand nombre de patients, souligne le Dr Bruxelle pour qui « la prise en charge inadéquate de la douleur chronique génère des coûts directs et indirects majeurs ».

Ces coûts n’ont toutefois jamais été estimés en France, contrairement à l’Australie où une étude économique a estimé à 22 milliards d’euros le montant global de la douleur chronique et à 6 000 € le coût annuel de chaque patient australien. Avec ses collègues de la SFETD, le Dr Bruxelle plaide donc pour la mise en place d’un observatoire national qui évaluerait les besoins et étudierait les répercussions médico-sociales et médico-économiques des douleurs chroniques, seul moyen selon lui de faire des douleurs chroniques une priorité de santé publique.

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Douleurs chroniques : « Beaucoup de choses restent à faire »

En France, la prise en charge de la douleur a longtemps été négligée. Mais depuis 1996, plusieurs plans douleur se sont succédé avec plus ou moins de succès. A quelques jours de la fin du 3ème Plan douleur (en cours d’évaluation par le Conseil de santé publique, qui doit remettre son rapport en mars 2011), et alors que rien n’a encore été décidé quant au lancement d’un 4ème Plan, le bilan qu’en tire la SFETD est une nouvelle fois mitigé. Pour le Pr Alain Serrie (hôpital Lariboisière, Paris), président fondateur de Douleurs sans Frontières et nouveau président de la SFETD, « beaucoup de choses restent à faire ». « Le 3ème Plan douleur n’a pas apporté la réponse attendue par la communauté médicale et par les patients douloureux chroniques dont les difficultés persistent : les délais de prise en charge sont toujours aussi longs et certaines populations spécifiques qui devaient être prioritaires sont encore littéralement délaissées ».

Les moins bien lotis restent les enfants, pour lesquels le plan prévoyait la création d’une consultation pédiatrique antidouleur par département. A ce jour, il n’en existe que 14 sur l’ensemble du territoire, un nombre largement en deçà des besoins, regrette le spécialiste.

Au niveau de son enseignement, la douleur chronique reste considérée comme une sous-spécialité en France, déplore de son côté le Pr Serge Blond (neurochirurgien au CHU de Lille). La formation au cours du 2ème cycle des études médicales se limite à 20 heures d’enseignement, lequel aborde également des notions comme l’anesthésie et les soins palliatifs. Et si elle constitue une avancée importante pour la formation des internes spécialisés, la création du DESC douleur au 3ème cycle ne suffira pas à elle seule à hisser l’enseignement de la douleur chronique et attirer de jeunes médecins vers cette spécialité, dans la mesure où aucun budget n’a été débloqué pour les rémunérer !

rédaction

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