Tout est dans la perception de la maladie

 

arleth1La souffrance et la maladie sont fortement influencées par la vision que l’on s’en fait. À force de conscientiser sa souffrance et sa maladie, on finit par confondre son corps avec son malaise. On connaît l’adage : « La douleur est incontournable, mais souffrir est optionnel. » Cela veut dire que nous pouvons apprendre à objectiver notre douleur comme s’il s’agissait d’un phénomène étranger pour la mettre à distance de nous, comme si notre corps ne nous appartenait pas.

Dans une interview, les deux questions suivantes furent posées au docteur en biochimie Richard Béliveau : « Diriez-vous que la maladie est un échec ? »

 Il a répondu : « La maladie est un avertissement. Je pense que c’est bon d’être malade dans sa vie, ça nous fait réfléchir, ça nous fait apprécier ce que nous avons perdu. C’est la privation qui vous fait apprécier l’existence de quelque chose. Ce qui m’attriste, c’est de penser qu’il y a des gens qui meurent sans avoir vécu à leur pleine mesure, sans avoir pris conscience que la vie était quelque chose d’absolument extraordinaire. »

« La mort vous fait-elle peur ?

— Non, la mort ne me fait pas peur, je dirais même qu’elle me fascine. Comme être humain, je sais que je vais mourir. Et la pensée de la mort m’aide à mieux vivre. Ça m’aide à donner une perspective, à relativiser les problèmes qui m’agressent au quotidien. » Voici un autre témoignage, celui d’un homme qui n’a pas été épargné par le cancer, après une brillante carrière politique.

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Il s’agit de l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, homme réputé invincible sur tous les plans, qui apprit un jour qu’il était atteint du cancer de la prostate. Il fi t alors le point sur sa vie. Reconnaissant avoir affiché une rigidité extrême envers ceux qui étaient sous ses ordres, il parlait de son cancer en ces termes : « Le cancer vous fait comprendre qui vous êtes, ce qui compte vraiment pour vous et ce qui devrait compter, vous savez, ce que vous êtes, fondamentalement, au cœur de vous-même.

J’imagine que je mène une vie publique et que je fais de la politique depuis si longtemps que j’en étais venu à croire que l’essence de moi-même se trouvait dans la politique… mais ce n’est pas le cas. »

Elles témoignent de l’impérieuse nécessité d’être prêt à faire face aux situations négatives de l’existence, comme les revers, les épreuves, les maladies et même la mort. Je crois que cela fait partie d’une saine philosophie de la vie. Cette attitude, il va sans dire, est de plus en plus recherchée par les professionnels de la santé.

Le docteur Jean-Charles Crombez, dans son livre La guérison en ÉCHO, écrit en conclusion :

« La guérison se trouve dans ce qui est ailleurs que la maladie elle-même. Elle est dans ce qui l’entoure, dans ce qui la dépasse, dans ce qui la sous-tend. L’approche de guérison consiste essentiellement à entendre et à voir à travers le mur de la maladie pour comprendre cet univers profond. »

Puis le docteur Crombez invite à « croire en autre chose que ce qui est évident » et à ne pas « s’appuyer sur l’illusion de la réalité […] ».

En d’autres termes, il s’agit de voir « au-delà » de la souffrance et de la maladie. Toute souffrance, qu’elle soit physique, psychique ou existentielle, nous place devant l’être-là de sa réalité. Elle semble nous dire : « Tu dois d’abord m’accepter, parce que je suis. » C’est une façon d’admettre que la souffrance n’est pas d’abord là pour être combattue, mais pour être vécue. Comme l’écrit Simone Weil : « Je ne dois pas aimer ma souffrance parce qu’elle est utile, mais parce qu’elle est. »

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Voilà pourquoi la souffrance qui nous fait le plus mal est celle que l’on refuse. Il existe ici une loi de la sagesse : la peur de regarder la souffrance en face augmente l’emprise qu’elle a sur nous. J’ai encore frais à la mémoire le cas de l’un de mes amis mort de la maladie de Parkinson.

Ce n’est pas la maladie qui l’a tué, mais la peur panique qui s’est emparée de lui devant le caractère inexorable de son état. Il n’avait pas accepté le diagnostic et encore moins le traitement. Selon l’infirmière qui en prenait soin, il aurait pu vivre dix ou quinze ans de plus s’il avait accepté sa condition. Bernanos disait que « ce n’est pas l’épreuve qui déchire, c’est la résistance qu’on y met ».

Cela signifie que devant l’inéluctable, il ne faut pas s’engager dans une lutte à mort, car la souffrance et la maladie sont souvent plus fortes que nous. Il ne faut jamais non plus baisser les bras, comme cette personne atteinte du cancer de qui on disait : « Elle va s’en sortir, elle est plus forte que son cancer ! » Dans une situation de souffrance ou de maladie, la personnalité de celui ou de celle qui souffre joue un rôle déterminant. La pensée bouddhiste, qui a une longue tradition de dialogue avec la souffrance, le confirme.

Le Dalaï-lama, par exemple, enseigne que les souffrances du corps proviennent souvent de l’esprit, et qu’à souffrance corporelle égale, un esprit paisible et heureux souffre beaucoup moins qu’un esprit agité et inquiet. De même, quelqu’un dont l’esprit est lucide, ouvert, équilibré, adoptera des attitudes conciliantes en face d’inévitables difficultés et demeurera dans la paix, même si de grands malheurs lui arrivent, tandis qu’un esprit borné, agité, inquiet et irréfléchi sera tout de suite désemparé et démuni devant un simple imprévu désagréable.

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Les psychothérapeutes sont d’avis que toute souffrance refoulée est aux antipodes d’une souffrance intégrée. Beaucoup de névroses prennent leur source précisément dans le refus ou l’incapacité de souffrir. C’est le cas également pour bien d’autres maladies. Voilà pourquoi, face à la souffrance et à la maladie, nous avons deux possibilités : nous durcir et nous révolter, ou bien nous ouvrir du dedans, c’est-à-dire lâcher prise. Cette attitude, comme on peut le supposer, est fortement tributaire de nos valeurs, de nos schèmes de pensée, de tout ce qui contribue en somme à nous façonner. D’où l’importance de développer un bon coefficient de tolérance aux difficultés de la vie. C’est ce qu’on appelle la capacité de résilience. La résilience est l’une des attitudes les plus importantes, l’une des clés maîtresses de l’existence.

Extrait du livre : l’autre voie de guérison Jean-Paul Simard

voir au-delà de la souffrance et de la maladie

Auteur et conférencier, JEAN PAUL SIMARD détient un diplôme de 3e cycle en anthropologie spirituelle. Il s’intéresse particulièrement aux grandes questions existentielles portant sur la vie, l’amour, la souffrance, la maladie, la mort, l’au-delà, les rapports entre la spiritualité, la santé et la guérison.

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