La conception de François BROUSSAIS

 

 La découverte de l’auscultation et ses conséquences seront étudiées… mais il est bon auparavant de montrer comment les grandes maladies que nous connaissons aujourd’hui sont peu à peu, à l’aide de l’examen clinique et des autopsies, sorties du chaos pour prendre une figure reconnaissable et permettre un diagnostic au lit même du malade.

Cette œuvre indispensable de classification, analogue à celle accomplie pour le règne végétal par Linné, Jussieu et Lamark, va se réaliser pour la plus grande part pendant la première moitié du XIXè siècle. Elle constitue pour la médecine de cette époque son plus beau titre de gloire.

OBSERVATION

Laennec observant des enfants

Un dernier obstacle devait toutefois être franchi : il fallait que tous les médecins reconnussent la légitimité du but ainsi poursuivi. Or la notion même de spécificité rencontrait encore bien des adversaires. On a vu cette querelle se dérouler tout au long des XVIIè et XVIIIè siècles. D’une façon générale, les esprits scientifiques, les expérimentateurs, comme Syndenham par exemple, défendaient la spécificité morbide, la notion de maladies réellement indépendantes les unes des autres et dépendant chacune d’une cause différente qui restait à découvrir ; c’étaient les esprits de l’avenir. Au contraire les esprits attachés aux doctrines plus ou moins philosophiques du passé, les animistes notamment, ne voyaient comme cause aux diverses maladies que la réaction de l’être ou du principe vital.

Il est remarquable qu’au tournant décisif de l’histoire de la médecine auquel on est parvenu, les deux faces de ce Janus Bifrons, la face d’ombre et la face de lumière, aient été représentées par deux hommes dont l’un était un génie et l’autre une intelligence exceptionnellement brillante, Laennec et Broussais. Leur controverse, à ce point de séparation du passé et de l’avenir, prend ainsi une valeur exemplaire.

BROUSSAISBroussais était aussi un Breton, né à Saint Malo en 1772 et de près de dix ans l’ainé de Laennec. Esprit aventureux et passionné il fut, dès la fin de ses études médicales, emporté dans l’atmosphère de guerre et de gloire qui régnait alors sur la France. D’abord marin, puis soldat, il servit dix ans comme médecin dans les armées de la République et de l’Empire et rentra à Paris pour devenir en 1814 professeur au Val de Grâce ; il devait, après la Révolution de 1830, être nommé professeur au Collège de France et mourir en 1836.

Ses principales publications : l’Histoire des phlegmasies chroniques et l’Examen de la doctrine médicale généralement adoptée et des systèmes modernes de nosologie. Ouvrages parus en 1808 et en 1816 antérieurement au Traité de l’auscultation médiate de Laennec, dont la première édition est de 1819.

Sa faiblesse fut d’être un esprit à systèmes, comme on en rencontre tout le long de l’histoire de la médecine, surtout aux époques où l’observation et l’expérimentation faisaient encore figure de parentes pauvres. La conception de Broussais est en apparence grandiose car elle cherche à ramener à l’unité la masse changeante des faits morbides. Pour lui toute maladie est un trouble de l’irritabilité, propriété essentielle des êtres vivants. Sous l’influence des causes les plus diverses, d’origine externe ou interne, il peut y avoir défaut ou excès d’irritabilité, et ces deux notions suffisent à expliquer toute la médecine. Broussais prolonge ici une école anglaise du XVIIIè siècle qui, avec Cullen (1710-1790) et surtout Brown (1735-1788), ramenait toute la pathologie aux troubles asthénique sous théniques de l’irritabilité.

Brown a exposé cette conception dans toute sa rigueur :

« J’ai ramené, dit-il, la médecine à la plus parfaite simplicité. J’ai montré que la maladie ne consiste ni dans les altérations des humeurs, ni dans un changement de forme des molécules organiques, ni dans une mauvaise distribution du sang, etc. le médecin ne doit avoir égard qu’à l’aberration qu’éprouve l’incitation, afin de la ramener à son état normal ».

Partant de telles prémisses, Broussais professe le plus grand dédain pour les médecins qui s’efforcent patiemment de classer les maladies à l’aide de leurs symptôme set de leurs lésions ; il se gausse des affections définies comme des entités ou des essences ; il faut, disait-il dés-essentialiser et dés-ontologiser la médecine. Il n’a pas vu l’immense intérêt des nouveaux procédés d’exploration, la percussion et l’auscultation, ni l’importance des autopsies systématiques, et il n’a que mépris pour les ouvreurs de cadavres et les lésions qu’ils décrivent. Son opinion s’exprime de façon très claire dans les phrases suivantes, tirées de l’Examen des doctrines médicale.

« Les altérations pathologiques considérées en elles-mêmes… sont des faits de pure curiosité et ne sont d’aucune utilité pour celui qui les étudie… parce que l’inflammation est la cause de ces altérations… ou qu’elles ont une autre cause quelconque… et qu’on ne doit s’occuper que de pathologie physiologique »:

Ces quelques phrases précisent bien la position de Broussais et ce qui fait à la fois sa faiblesse et son mérite. Son mérite est d’être un des précurseurs de la physiologie pathologique, par l’intérêt qu’il a apporté au mécanisme des maladies. On lui doit la première véritable étude des réactions inflammatoires, destinée à jouer un tel rôle en pathologie.

1932_Broussais

Mais sa faiblesse a été de tout vouloir expliquer par l’inflammation et de confondre le « comment » avec le « pourquoi » des maladies. Ignorant les faits qui eussent détruit l’unité de son système, il n’a pas vu que la classification des malades est nécessaire pour en découvrir les causes et, qu’à ton tour, la découverte de celles-ci conditionne l’application d’un traitement efficace. Ainsi, Broussais est revenu aux pires erreurs thérapeutiques de l’Antiquité et du Moyen Age. Car pour lui, de même que la maladie est UNE, le traitement, lui aussi est UN et ne doit se proposer que pour la lutte contre l’inflammation…. Pour lui, les seules armes thérapeutiques seront donc la saignée, les sangsues et la diète.

A l’époque, on a dit avec exagération que Brossais avait « saigné la France à blanc » ! 

SOURCE / https://medecinehistorique.wordpress.com/

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