Lorsque l’Escargot se fait médicament

Si un chroniqueur de La Nature y « décrie » en 1935 les qualités gustatives d’un escargot qui ne le doivent qu’aux condiments dont on l’accompagne, il « décrit » aussi les propriétés médicamenteuses avantageuses du mollusque, sans doute moins connues

Comme aliment, sa valeur nutritive est, cependant, très contestable ; la digestion en est difficile : il ne saurait convenir à tous les estomacs, et il demande, en outre, un assaisonnement fort relevé. En Provence, on mange les escargots à l’ailloli, la sauce chère aux gens du Midi. En Lorraine, on les fait cuire, généralement, avec du beurre et des herbes odoriférantes. En Bourgogne, où l’on consomme presque exclusivement les escargots de vignes, on les prépare avec du bouillon de viande, des épices et du citron ; on lie la sauce avec du beurre frais, de la farine ; on en fait même des pâtés. Les Grecs et les Romains étaient assez friands d’escargots ; ils les engraissaient dans des viviers avec du blé et du vin cuit. Les espèces qui passaient pour être les meilleures étaient celles des îles de Sardaigne, de Sicile et de Chio. Les plus délicates provenaient des îles Baléares et de Capri.

Escargot

Sujet humoristique, par Benjamin Rabier
qui se rendit notamment célèbre
pour le dessin de « La vache qui rit »

Aujourd’hui, on continue à manger l’escargot presque dans toute l’Europe, bien qu’il constitue un mets plutôt insipide, si on ne l’associe pas aux condiments les plus forts. De plus, les escargots se nourrissent de presque tous les végétaux indifféremment. D’ordinaire, ils conservent la saveur et le parfum des plantes qu’ils ont absorbées, et cela suffit, dans un grand nombre de cas, pour mettre en garde les consommateurs contre l’action toxique que peut exercer sur l’organisme humain la chair de ces animaux. Moquin-Tandon a cité deux exemples d’empoisonnement produit par des limaçons qui avaient été cueillis sur un pied de belladone. La Revue de littérature médicale a publié l’histoire de trois personnes empoisonnées par des escargots ramassés sur la jusquiame et le datura. Mais, je m’empresse d’ajouter que de pareils faits sont exceptionnels.

Par contre, si la valeur alibile de l’escargot est médiocre, ses propriétés médicamenteuses paraissent moins contestées. Hippocrate vantait les limaçons écrasés contre les maladies de la région où le gros intestin perd son nom. Galien professait que, brûlés avec leurs coquilles et mélangés à une galle verte et une pincée de poivre blanc, ils guérissaient la dysenterie. Quant à Celse, il disait le plus grand bien des limaces vivantes appliquées sur les articulations des goutteux et sur le ventre des hydropiques.

Dioscoride écrivait, dans son Traité de Zoologie, que la coquille d’escargot incorporée dans du miel fortifiait la vue. Pline notait, dans son interminable Encyclopédie, qu’une pierre trouvée dans la tête d’une limace pouvait rendre de grands services aux petits enfants à l’époque de la dentition. Il fallait, pour leur faire venir les dents plus tôt et plus aisément, leur suspendre au cou cette petite masse calcaire. On n’en finirait pas, au surplus, si l’on voulait énumérer les fantaisies écloses dans le cerveau des anciens à propos des escargots.

hélice vigneronne

Helice vigneronne

Sans croire avec les auteurs de l’antiquité et ceux du Moyen Age que l’escargot fournit des remèdes à une infinité de maux, on peut avoir une confiance très grande en ses propriétés pectorales, souvent expérimentées. On fait aujourd’hui encore usage, dans les affections catarrhales chroniques et dans presque toutes les maladies des bronches, de la tisane, du sirop et de la pâte d’escargot. Le sirop dont la base est faite avec l’ « hélice » vigneronne (escargot des vignes) et la pâte, dans la composition de laquelle entre l’ « hélice chagrinée » agissent comme la tisane. Ils ont, sur le médicament aqueux, l’avantage d’être plus agréables à l’œil et au goût.

Le docteur Chrestien, de Montpellier, qui a publié plusieurs observations d’affections du poumon et du larynx, guéries par l’emploi d’escargots, n’usait ni de la tisane, ni du sirop, ni de la pâte ; il dépouillait simplement l’animal de sa coquille et le faisait avaler vivant au malade. Il répétait cela, trois, six, neuf, douze et même vingt-quatre fois par jour. D’autres médecins ont obtenu des effets aussi satisfaisants, sans condamner le client au supplice de l’escargot cru ; parmi ceux-là il s’en trouve qui, n’ayant pas éprouvé la moindre difficulté à faire fondre une pâte ou glisser un sirop dans une mignonne bouche rose, se seraient vus, certes, repousser avec horreur, s’ils avaient proposé d’y introduire une bête gluante et vivante.

D’après l’édition :  » La Nature », paru en 1935

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