Une médecine d’eau douce

 

Médecins dont les remèdes ne font ni plus de bien ni plus de mal que de l’eau commune

Cette locution proverbiale se prend en mauvaise part. Cependant d’habiles médecins ont exercé leur profession à Paris même, en vrais médecins d’eau douce. Bouvart (mort en 1787) avait ordonné à la vieille comtesse d’Esclignac de boire tous les jours à son lever un verre d’eau fraîche, de prendre une demi-heure après une tasse de chocolat, et après le chocolat un verre d’eau.

Un matin elle ne pensa pas à la première partie de l’ordonnance, et sa distraction dura jusqu’à ce qu’elle eût pris son chocolat et le verre d’eau qui devait le suivre ; tout à coup elle s’aperçut de son oubli, et manda le médecin. Vous avez eu raison de me faire appeler, lui dit le docteur ; il faut que votre chocolat se trouve entre deux eaux : prenez un lavement.

eau douce

Tronchin (mort en 1781) excellait à guérir les vapeurs des femmes ; il leur recommandait l’exercice et la tempérance. Celles qui avaient le courage de suivre ce conseil s’en trouvaient bien : c’était le petit nombre. Quant aux autres malades, il les guérissait ou ne les guérissait pas, en leur faisant avaler des pilules de savon. Il ne connaissait pas de moyens plus efficaces de nettoyer l’estomac.

Nous ne savons à quel médecin appartient l’anecdote suivante. Ce docteur traitait une comtesse pour un rhume.

— Eh bien ! comtesse, lui dit-il, où en sommes-nous aujourd’hui ?

— Voyez, lui répondit-elle en présentant son bras.

Il le prit, et tâta le pouls longtemps, car elle avait le bras fort beau.

— Nous en verrons la fin dans une huitaine, dit-il avec l’air satisfait ; continuez : eau de poulet, nourriture légère, se tenir chaudement, et ne pas sortir.

— Que dites-vous donc là, docteur ? Je compte bien aller ce soir à un concert où doivent chanter mes nièces : j’ai promis ; je serai vêtue chaudement, et je n’aurai qu’un pas à faire de ma voiture à la salle de musique.

— Allez, et revenez tout de suite.

— Quoi ! je ne pourrai pas voir le commencement du bal ?

— Restez-y quelques moments, mais n’en partagez pas les folies.

—Je n’aurai garde ; ni valse, ni gavotte, ni anglaise ; une ou deux contredanses seulement où je ne ferai que marcher.

— J’y consens. Point de souper.

— Mais qu’importe, docteur, que je mange ici ou là mon aile de poulet ?

— Soit. Point de liqueurs au moins.

— Ah ! un verre de punch pour mûrir mon rhume.

—Essayez ; mais ne restez pas trop tard.

La dame dansa beaucoup, soupa bien, but des liqueurs et ne rentra qu’à quatre heures. Elle avoua tout le lendemain au docteur, qui ne la trouva pas plus mal, et en rit beaucoup avec elle.

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