Mort du littérateur et médecin Gui Patin 

 

Gui Patin, plus célèbre comme littérateur que comme médecin, naquit le 31 août 1620 (mort 30 août 1672)  , dans les environs de Beauvais. Il vint très jeune à Paris, où il étudia la médecine, et où il se livrait en même temps à la correction d’épreuves typographiques, pour subvenir à ses besoins. Riolan, homme si distingué par son savoir et si exemplaire par sa fidélité au malheur, l’aida généreusement dans ses études, et l’eut pour successeur dans la chaire qu’il occupait au Collège de France.

gui patin

Les leçons de Patin attirèrent un concours prodigieux d’auditeurs, qui venaient admirer sa brillante élocution latine. Ce médecin s’est principalement distingué par son admiration exclusive pour les anciens, l’acharnement avec lequel il déprécia toutes les découvertes modernes, et la haine aveugle qu’il portait aux partisans de l’antimoine et des autres médicaments proposés par les chimistes. Ses lettres ont eu un succès prodigieux, et on les lit encore avec plaisir.

« Ce recueil, dit Voltaire, a été lu avec avidité, parce qu’il contient de nouvelles anecdotes, que tout le monde aime, et des satires, que l’on aime davantage. Il sert à faire voir combien les auteurs contemporains, qui écrivent principalement les nouvelles du jour, sont des guides infidèles pour l’histoire. Ces nouvelles se trouvent souvent fausses ou défigurées par la malignité. D’ailleurs, cette multitude de petits faits n’est guère précieuse qu’aux petits esprits. »

Comme médecin, Patin fit beaucoup de vacarme par ses vives polémiques en faveur des anciens contre les partisans des découvertes modernes, mais aussi en faveur de la Faculté de Paris contre l’Université de Montpellier ; on accourait pourtant en foule à ses leçons publiques, surtout pour ses bons mots et ses traits satiriques. Vigneul Marville a dit (mais Patin ne l’a jamais lui-même confirmé) que quand ils le recevaient à dîner, de grands seigneurs (comme Guillaume de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris) plaçaient un louis d’or sous son assiette, en reconnaissance du plaisir que leur causait sa verve sarcastique. Elle se retrouve entière dans ses Lettres, qu’il ne destinait pas à la publicité (« Mais dites-moi tout de bon, n’avez-vous point de honte de garder ces misérables paperasses ? Je vous conseille, et me croirez si me voulez obliger,) d’en faire un beau sacrifice à Vulcain, cela ne mérite ni d’être gardé, ni d’être montré), et qui font encore aujourd’hui vivre son nom.

Guy Patin fut un épistolier prolixe et parfois redoutable. Sa correspondance, commencée en 1630 et poursuivie jusqu’à sa mort, est double : française (plus d’un millier de lettres principalement écrites à deux médecins de Lyon, André Falconet et Charles Spon, à un médecin de Troyes, Claude Belin, et à un autre de Beaune, Jean-Baptiste de Salins) et latine (quelque 450 lettres écrites à plus de 60 savants d’Europe). Il y conte par le menu quantité de choses sur la médecine et les autres sciences, la religion, la politique, l’Histoire ou les faits divers de son époque. Sa bibliomanie (mot dont Vigneul-Marville lui attribue la paternité) y est omniprésente : obsédé par le rêve humaniste d’avoir lu tous les livres imprimés, il possédait l’une des plus riches bibliothèques privées de Paris. Saillies et bons mots abondent dans ses lettres, avec des hardiesses de toutes sortes, une malveillance visible, beaucoup de passion, de la crudité et quelquefois de la grossièreté. Son style libre, plaisant, léger et humoristique l’a fait considérer comme un libertin érudit (mais sans la moindre incursion apparente dans le libertinage des mœurs). Lues avec tout le recul critique nécessaire, ces lettres sont une ressource de choix pour les historiens de la médecine et du premier XVIIe siècle.

Patin

Sous bien des égards, Guy Patin est à considérer comme un esprit du XVIe siècle égaré dans le XVIIe siècle. Pour la religion, il était catholique, mais avec une profonde aversion pour Rome, son pape, ses moines et ses jésuites ; ce qui créait en lui une forte attirance pour le jansénisme et même le calvinisme. Il faut cependant se garder de vouloir pénétrer l’âme et les sentiments d’un homme dont une insigne particularité était d’être caméléon : il écrivait ce qu’il savait plaire à son correspondant, en se gardant soigneusement de le froisser en quelque façon. Joint à ses sarcasmes, ce trait ne rend guère le personnage attachant, mais ce qu’il raconte dans ses lettres est presque toujours intéressant, curieux ou plaisant.

« Gui Patin, dit Vigneul-Marville, était satirique depuis la tête jusqu’aux pieds… Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses chausses, ses bottines, tout cela faisait nargue à la mode et le procès a la vanité. Il avait dans le visage l’air de Cicéron, et dans l’esprit le caractère de Rabelais.

Or, suivant la remarque de Bayle, ses lettres, écrites pour l’intimité, montrent l’homme tout entier et au naturel. Familières, sans prétention, souvent enjouées, elles ont le laisser-aller d’une conversation et l’agrément d’une confidence. Les incorrections n’y manquent pas, et la phrase française y est fréquemment coupée par des passages en latin, langue que l’auteur affectionnait et écrivait avec élégance.

Vingt ans après la mort de Guy Patin, on publia ses Lettres choisies, depuis 1645 jusqu’en 1672 (Cologne, 1692, 3 vol. in-12). On imprima ensuite un Nouveau recueil de Lettres choisies (1695, 2 vol. in-12 ; puis Nouvelles lettres de feu M. Gui Patin, tirées du cabinet de Charles Spon (1718, 2 vol. in-12). Réveillé-Parise en a donné une nouvelle édition, comprenant tous les recueils précédents Paris. 1846, 3 vol. in-8°). En mars 2015, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé a mis en ligne une édition électronique complète et commentée de la Correspondance française de Guy Patin par Loïc Capron, professeur de médecine de l’Université Paris-Descartes ; une édition des lettres latines est en cours de rédaction. Treize Lettres latines de Guy Patin ont été insérées dans les Clarorum virorum epistolæ (1702, in-8°). Hormis ses thèses, dont plusieurs eurent un grand retentissement dans toute l’Europe, Guy Patin a signé peu de livres, mais mis la main à l’édition de plusieurs ouvrages médicaux rédigés par des auteurs qu’il admirait : Jean Riolan, bien sûr, mais aussi Daniel Sennert ou Caspar Hofmann. Bayle a publié un Patiniana (1703 , in-12) et Laurent Bordelon l’Esprit de Guy Patin

SOURCE / https://medecinehistorique.wordpress.com/

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