La médecine du troisième millénaire

« Politique de vie pour la santé » était le thème du colloque organisé sous la bannière du Réseau européen pour une politique de vie. Christian Cotten, Agnès Charlet et le Dr Michel Bercot ont gagné un pari toujours risqué: organiser une rencontre diversifiée sur les fondements et les résultats déjà palpables de la médecine de demain. Trois jours de conférences, d’ateliers et d’une table ronde avec une quarantaine d’intervenants, pour la plupart francophones et quelques anglo-saxons, quatre cents participants motivés, souvent thérapeutes, des malades graves et quelques miraculés ou « survivants à longterme », dans la terminologie pessimiste de la médecine conventionnelle, ne peuvent laisser personne indifférents. Quelles que soient les attentes de chacun, je reste persuadé que nous avons tous pris, retenu ou revu une vertu essentielle: la santé, celle de notre corps et celle du corps social, est d’abord une affaire de choix de vie. La maladie signe mon inadaptation à la vie. Je stresse et panique, je reste déprimé. Mes objectifs se brouillent, se diluent. Je ne sais plus m’affirmer, prendre soin de moi. Je me laisserai passivement « traiter ». Oh ! Le vilain mot: on « traite » aussi les pucerons, la vermine avec des produits chimiques ! Quelques-uns en réchappent. Je survivrai de crise en crise tout en dégénérant progressivement, mais sûrement, non sans accuser le monde biomédical et ses affairistes d’être inefficaces. Suis-je stupide ou infantile, stupide et infantile ?

médecine 3è millénaire

A l’issue d’une telle rencontre, il est impossible de ne pas remettre en cause quelques croyances de ce type. Toutefois, des témoignages lucides sur l’impact de son attitude intérieure, vivifiée notamment par la méditation, à l’exemple de Niro Assistent, redevenue séronégative en 1986, « un phénomène, un mystère pour la science », et de Christine, contaminée lors d’une transfusion sanguine en 1985, accréditent l’existence et la vigueur du relais psycho-neuro-immunologique, véritable canal personnel, associant corps, âme et esprit. A cet égard, la longue expérience clinique d’un psychologue américain, Jeffrey M. Leiphart, oeuvrant à la Medical School de San Diego sur plus de cinq cents patients séropositifs, mérite d’être soulignée. En dépouillant la littérature médicale, il a identifié, depuis 1994, 19 cofacteurs qui agissent tous sur nos défenses immunitaires et relèvent aussi bien de la psychologie, de l’hygiène de vie que de questions médicales. Prière de se référer au tableau que Vous et votre Santé, sous la plume de Mark Griffiths, a publié au troisième trimestre 1995 (hors-série n° 3: Eviter le sida). C’est l’objectif du programme américain si bien nommé LIFE (Learning Immune Function Enhancement: Apprendre à promouvoir la fonction immunitaire), appliqué aux sidéens, mais aussi valable pour les cancéreux. Nous disposons, en effet, de deux systèmes de défense qui coopèrent: le système cellulaire, éboueur des cellules cancéreuses et le système humoral constitué d’anticorps circulants. Le message d’espoir de J. M. Liephart est clair: « Il est possible d’intervenir sur des facteurs psychiques et psychosociaux, et de tirer un meilleur parti de notre terrain intermédiaire qu’est la psychoneuro-immunologie. Je vous encourage donc à créer votre propre programme LIFE pour d’autres pathologies, à l’adapter selon les maladies et les personnes, à l’optimiser, à promouvoir santé et guérison ». Merci, Jeffrey ! Nous avons bien entendu. Merci aussi à Susie Parsons, animatrice du Phare de Londres, le plus grand centre européen pour le soutien de personnes touchées par le VIH. Attention, nous n’avons pas évoqué ici les « sidéens », personnes déjà considérées comme malades et survivantes. Attention au choix sémantique. Il préconditionne déjà la vie ou la mort. Qui souhaite ouvrir un débat sur ce sujet ? Merci enfin au très dynamique Don McFarland, fondateur du Body Harmony Continuum, synthèse réussie de plusieurs approches enseignées actuellement à Paris.

L’ancien paradigme biomédical « Tout est dans les germes – Tuons donc les germes et nous tuerons la maladie », vision dominante, aliénante, réductrice, et finalement trompeuse car mortifère, peut être relativisé et abandonné au profit d’une vision globale et personnalisée, centrée sur nos capacités à autoguérir. C’est ce que je dis à ma façon de biologiste, après l’avoir découvert à Montréal, en juin 1989, lors de la 5e Conférence internationale sur le sida, et rappelé ici et là (Nouvelles approches sur le cancer, collectif, A. Michel, 1992 – Le Goût de la Vie, à paraître en 1998): passer du « Non à la mort » au « Oui à la vie ».

C’est dans cette optique que le message de Geneviève Manent- Relaxation, alternative aux médicaments prend du poids. A la spirale descendante de la fatigue, perçue comme une négation de mes sensations, puis mal-être, anxiété et insomnies, suivie d’une prise de médicaments, autrement dit une perte de pouvoir sur ma vie, une dépendance, je vais créer une spirale ascendante de liberté qui s’appuie sur la reconnaissance de mes symptômes, la volonté de les affronter, de choisir une voie: la relaxation. Elle agit sur les trois niveaux (physique, émotionnel et mental) gouvernés grosso modo par nos trois cerveaux: reptilien (je réagis instinctivement), limbique (je sens), néo-cortical (je pense), à condition de choisir la technique adéquate. Ainsi la relaxation coréenne (étirement, vibration, mains sur la nuque) apaisera les hyperactifs en agissant sur le niveau cérébro-spinal. Plus besoin de somnifères ou de stimulants. Le toucher, la caresse, le bercement de la voix, les images agréables rassureront les angoissés, qui délaisseront tranquillisants et antidépresseurs. Enfin, les cérébraux abandonneront les sédatifs pour leur préférer les exercices de visualisation et de pensée positive. Un menu à la carte. Essayez-donc ! La relaxation est analgésique, elle diminue notre sensibilité à la douleur. Au total, un art de vivre, économe, très personnel.

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Pour celles et ceux qui ne seraient pas atteints de psychoses aiguës, de traumatisme cérébral ou encore qui n’auraient pas trop de problème d’attention, et ne seraient sujets à diverses hallucinations et visions, alors tentez la voie royale, la voie des grands maîtres: la méditation. Atelier mené en duo par deux psychiatres, les Dr Jean-Marc Mantel et Ferdinand Wulliemier, avares de mots, centrés comme de sages bouddhas sur leur intériorité, présents, tout simplement présents, déconditionnés. Capables de transmettre leur état d’équilibre, leur être-là, leur travail silencieux à leurs propres patients ou clients sensibles. Une bonne nouvelle, une de plus: la pratique de la méditation est indispensable pour contribuer à la guérison spirituelle. Une condition toutefois, que le pratiquant ait nettoyé son terrain psychique de tout transfert et décharge émotionnelle, qu’il ait pratiqué une psychothérapie efficace, faute de quoi sa résistance égotique fera avorter cette tentative de greffe spirituelle. Les « lois du cãur », chéres à Michel Bercot, n’y pourront rien. Du bon travail fait à Lausanne sur une cinquantaine de cas âgés de 35 à 5O ans, en majorité féminins, en crise du milieu de vie.

Redescendons sur terre pour signaler que la nutrition est une clé pour la médecine préventive, au vu de l’expérience de terrain du Dr Hervé Robert et de ses connaissances de divers régimes alimentaires. Ceux-ci influencent l’état de notre système immunitaire dans le sens d’une déficience dans les cas d’un déficit en protéines (jeunes enfants de familles de fumeurs, voire aux ressources financières limitées, personnes âgées en institution, sujets à des infections répétitives, oto-rhinolaryngologiques pour les premiers, urino-pulmonaires pour les derniers), voire d’un déficit en énergie (régime hypocalorique) pour les jeunes femmes qui veulent maigrir, ou encore d’une carence vitaminique (B6, E, F notamment) et en oligo-éléments zinc et fer. On sera attentif au rôle des anti-oxydants (polyphénols ou tannins) présents en grande quantité dans le vin rouge, le thé vert, la pomme et le chocolat. On sera prudent vis-à-vis des gélules de suppléments nutritionnels, mal absorbées ou peu biodisponibles. On leur préférera des aliments naturels de qualité biologique, voire biodynamique. Heureuse initiative que la table ronde, intelligemment menée par Marc Lecocq, sur l’avenir de la Sécurité sociale et l’avenir européen des « médecines non conventionnelles ». Par la force des choses, I’espace européen s’ouvre aux problèmes de santé (médicaments et praticiens). A la demande croissante des patients doit répondre une législation harmonisée des pratiques thérapeutiques, libérales au nord, répressives au sud, France comprise. En ce sens, la pétition lancée par Paul Lannoye et ses nombreux contacts parlementaires augurent favorablement le seuil de reconnaissance et d’évaluation de plusieurs disciplines, pour peu qu’elles soient déjà reconnues dans un pays européen au moins et qu’elles soient organisées sur le plan international.

Le mouvement mutualiste peut accéder à une « démarche de vie », ou à une culture de responsabilité, A l’exemple de l’Union mutualiste 89 (Yonne) présidée par Jacques Millereau, il peut passer progressivement d’un système de solidarité négative ou curative à une éthique positive, car préventive. Et de rappeler que le plan Juppé de réorganisation de la Sécurité sociale a un volet prévention. Les Caisses primaires ont l’obligation légale de procéder à un bilan annuel, débattu en une réunion publique, ouverte à tous les assurés sociaux. Avis à toutes les associations actives dans cette voie. Michel Fischier, ostéopathe, se fit un malin plaisir d’évoquer le faible coût de cette pratique, jusqu’à 7,5 fois moins cher que les soins conventionnels. Un livre blanc actualisera les économies potentielles et le mieux-faire d’une discipline assurée.

Isabelle Robard, en avocate précise et rapide, mobilisa patients et praticiens à s’associer au législateur européen et, simultanément, à continuer de peser pour la relaxe juridictionnelle en France, bon dernier pays à reconnaître les médecines alternatives. Etudier les coûts avant et après une intervention (ostéopathique par exemple), écrire aux députés pour poser des questions à l’Assemblée nationale, mais encore vérifier toutes les informations ministérielles, tout faire pour s’inscrire dans la prévention de type I selon l’OMS (éviter toute maladie), préférable au type II (diminuer les effets des maladies) et a fortiori au type III (éviter l’invalidité).

Enfin le Dr Pierre Cornillot, professeur d’Université, doyen fondateur de la Faculté de santé et médecine de Bobigny, Paris-Nord, directeur du département des médecines naturelles, bien connu des lecteurs de Vous et votre Santé, concluait: « Les nouveaux savoirs médicaux auront à se débarrasser de notre culture narcissique occidentale. Aux trois blessures narcissiques (la terre n’est pas le centre du monde, I’homme descend du singe, une grande partie de notre fonctionnement cérébral échappe à notre contrôle conscient), il faut ajouter que l’ensemble des informations sont colorées affectivement avant d’être perçues, sont filtrées par l’étage limbique avant qu’une fraction soit soumise à l’analyse corticale. Ainsi s’effondre l’opposition entre le corps et l’esprit. La coupure réelle est entre le conscient et l’inconscient. Ce dernier est en prise directe avec le corps, jour et nuit, connecté au monde des émotions, de l’imagination et le contrôle jusqu’à la mort. Il est urgent de se réconcilier avec ses sentiments et son inconscient. La souffrance morale tue. La souffrance physique fait mal ! »

L’urgence d’aimer ne fut pas oubliée. Marie Robert, chorégraphe, alpiniste, poète et photographe, a su le rappeler avec conviction et doigté.

Jean-Pierre GAREL

Vous et votre Santé n° 45 – mars 1997

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