Les thérapeutiques évacuantes

 

LA SAIGNEE

La thérapeutiqla-saigneeue évacuante connut une brillante fortune et ne cessa de dominer la médecine jusqu’au début du XIXè siècle. La saignée en fut la manifestation la plus représentative. Il est bien remarquable qu’elle soit aussi ancienne que l’histoire des hommes, et on la pratiquait probablement même avant que l’histoire écrite en ait attesté l’existence. Il est difficile d’en imaginer l’origine ; peut-être la sédation de certains troubles par des hémorragies spontanées en a-t-elle donné l’idée ; peut-être aussi le fait que bien des femmes se sentent mieux après les règles.

En tout cas, il est impossible de prendre au sérieux l’affirmation de Pline pour qui la saignée aurait été enseignée à l’homme par l’hippopotame, comme la cigogne lui aurait donnée l’idée du lavement. Quoi qu’il en soit, on retrouve la saignée dans la plupart des anciennes civilisations, non seulement la saignée thérapeutique, mais également la saignée préventive. Les Hindous saignaient les sujets bien portants deux fois par an à certaines saisons ; d’après Hérodote on saignait préventivement en Egypte une fois par mois pendant trois mois de suite. Homère fait allusion à la saignée, notamment dans l’Iliade où un fils d’Esculape, Podalire, guérit par la saignée la fille du roi de Carie.

Le moyen Age, la Renaissance et le XVIIè siècle, même après les découvertes d’Harvey, furent la grande époque de la saignée, dont les excès ne se comptent pas. Si les chimistes comme Paracelse et Van Helmont lui furent hostiles, des médecins aussi réputés alors que Riolan, Willis et surtout Guy Patin, pourraient figurer au nombre de ceux qu’au siècle suivant on appellera les « pédants sanguinaires ». Guy Patin se faisait saigner jusqu’à sept fois pour un rhume et écrivit qu’il n’y avait pas de jour à Paris, « qu’on ne fit saigner plusieurs enfants à la mamelle et plusieurs sexagénaires ». C’était enchérir sur Galien. Au XVIIIè siècle, la saignée perd du terrain, moins peut-être en France que dans les pays voisins. Depuis que la thérapeutique est devenue scientifique, la saignée n’a plus que quelques rares indications. On saigne encore les cardiaques en état de congestion passive, surtout dans les cirses d’œdème aigu du poumon où la saignée peut devenir une mesure d’urgence. La saigné peut rendre également de grands services dans certaines intoxications soit passagères comme l’urémie aiguë soit celles où il faut débarrasser l’organisme des poisons, parfois mortels, charriés momentanément par le sang.

Les médecins modernes pratiquent dans ces cas une soustraction progressive de la presque totalité du sang associée  des transfusions de sang frais. Avec cette méthode qui porte le nom d’exsanguinotransfusion s’achève l’histoire de la saignée qui, de son immense emprise, n’a plus conservé que quelques lambeaux de territoire. Mais il est curieux que sa plus récent e incarnation soit celle qui corresponde le mieux aux vieilles conceptions hippocratiques sur les « humeurs peccantes » et que, dans son nom même, on puisse trouver un hommage involontaire au père de la médecine, puisque Hippocrate recommandait dans certains cas de saigner le malade jusqu’à le rendre exaimos, c’est à dire exsangue.

LE LAVEMENT

Le lavement est également une très ancienne pratique et l’on possède des cornes à lavement datant des temps pharaoniques.le-lavement

La médecine grecque s’en est beaucoup servi et en variait la composition en fonction des malades. Hippocrate, appliquant ici sa théorie du traitement par les contraires, les prescrivait salés et ténus chez les personnes grasses et humide et, au contraire, épais et gras chez les personnes sèches et grêles. Il semble bien que les lavements, comme la saignée, aient été pratiqués dans un but général d’évacuation, sans que ses indications n’aient jamais été précisées. Celse, qui en fut grand partisan et reprocha à Asclépiade sa réserve sur ce point, les considérait comme utiles dans des affections très diverses ; mais dans son énumération figurent surtout des troubles intestinaux et des accidents comme la pesanteur de tête ou l’obscurcissement de la vue, qui peuvent relever d’un encombrement de l’intestin. Il y ajouta quelques indications pratiques qui ont conservé leur valeur : « Plus il est âcre et plus il opère mais moins il est facile de le supporter. On ne le prendra ni chaud ni froid pour éviter l’influence fâcheuse de ces deux conditions. Quand il est pris, le malade doit rester au lit le plus longtemps possible, ne pas céder au premier besoin d’évacuer et n’obéir qu’à une nécessité pressente. Presque toujours l’évacuation que produit le remède soulage les parties supérieures et améliore l’état morbide« .

Les Arabes ont peu connu le lavement et hésitaient à l’autoriser au cours des jeûnes prescrits par leur religion. Sa vogue reprit au Moyen Age qui a créé le mot clystère et les vieilles « seringues à clystères » dont on trouve la première description dans un ouvrage de Marcus Gatenaria datant de 1532. Sous Louis XIV la pratique du lavement prit une extraordinaire extension, même en dehors des maladies, pour se maintenir en santé et rafraîchir son teint. Le monarque usait fréquemment du clystère ; on en prenait publiquement et Saint Simon raconte que la Dauphine s’en fit donner un, sous ses jupes, par sa femme de chambre en présence du roi. Le lavement de M. Purgon témoigne de cette fureur clystérienne (voir dans le malade imaginaire de Molière) ; et un écho s’en retrouve dans un savoureux procès qu’une infirmière, portant le nom prédestiné d’Etiennette Boyau, intenta à un chanoine de Troyes, pour se faire payer le prix des deux mille lavements et plus qu’elle lui avait donnés au cours des quelques années précédentes.

La prude madame de Maintenon désapprouvait cet usage de ce qu’elle appelait un peu dédaigneusement « le remède ». Toutefois, le lavement resta très utilisé au XVIIIè siècle ; mais au lieu d’y voir surtout un procédé d’évacuation, on ne fit aussi un moyen d’introduction pour diverses substances médicamenteuses. C’est ainsi que Sydenham recommande les lavements de petit-lait contre la dysenterie. Et l’on peut considérer comme un précurseur des thérapeutiques rectales actuelles le livre d’Helvétius intitulé : Méthode pour guérir toutes sortes de fièvres ans rien faire prendre par la bouche.

LA PURGE

La purge complète la triade de cette thérapeutique évacuante. C’est une pratique que certains animaux connaissent, dit-on, et que la plus primitive humanité a probablement utilisée. Les plantes purgatives les plus anciennement employées ont été l’ellébore noir, la coloquinte, la scammonée, la casse, qui venait d’Ethiopie ; plus tard la manne fournie par certains frênes de l’Italie méridionale et surtout de la Sicile, le séné, l’aloès, la rhubarbe. On connaissait également les qualités purgatives du petit-lait.

la-purge

Tous les médecins de l’Antiquité ont utilisé la purgation pour éliminer les humeurs mauvaises. Il y a eu là tout comme pour la saignée, les alternatives de grande faveur et de faveur moindre. On retrouve ici cette période brillante et trop brève où la médecine a failli prendre son premier visage scientifique. Dans la première moitié du IIIè siècle avant notre ère, à Alexandrie et sous l’influence d’Erasistrate, les théories toutes faites ont été pour la première fois mises en doute au profit de l’observation et de l’expérimentation. De même qu’il saignait peu, Erasistrate purgeait peu ; ayant observé que les saignées et les purgations pouvaient aggraver l’état des malades, il prenait son observation pour guide même si elle allait à l’encontre de la théorie des humeurs. Malheureusement les théories et les pratiques traditionnelles recouvrèrent rapidement leur empire dans l’évolution ultérieure de la médecine gréco-romaine. La purgation fit partie des thérapeutiques habituelles aussi bien chez Asclépiade que chez Celse ou chez Galien ; ils y appliquèrent toutefois une modération et un bon sens qu’il est juste de souligner. C’est ainsi par exemple que Celse dit des purgatifs que « s’ils provoquent des selles trop abondantes ou trop rapprochées, ils affaiblissent le malade« . Et il conclut : « On ne doit donc jamais administrer des remèdes de cette espèce dans une maladie, à moins qu’il n’y ait point de fièvre… ais dès que la fièvre existe, il est plus convenable de prendre des aliments et des boissons qui, tout à la fois, nourrissent et tiennent le ventre libre« . D’ailleurs les médecins de cette époque accordèrent à l’alimentation, à l’hygiène, au moral des malades autant d’importance qu’aux diverses médications. La grande tradition hippocratique n’avait pas perdu sa force. Malgré ses insuffisances ou ses erreurs, et même enraidie par des esprits systématiques comme Galien, elle gardait quelque chose de modéré et, à défaut de guérir, s’efforçait du moins de ne pas nuire. Il ne paraît pas douteux que si l’Empire romain avait pu survivre, l’orientation scientifique de la médecine aurait commencé beaucoup plus tôt, et bien des excès auraient été évités.

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Avec la saignée, et le lavement, la purge constitue le grand trépied thérapeutique jusqu’à la fin du XVIIIè siècle. Tout le monde connaît l’examen burlesque du troisième intermède du Malade Imaginaire et les réponses du candidat :

« Clysterium donare

Postea seignare

Ensuita purgare »

Et, si le malade ne guérit pas :

«  Reseignate, repurgare et reclysterisare »

La purgation régulière, même à l’état de santé, était considérée comme une bonne méthode préventive ; et Voltaire y avait recours, si l’on en croit le vers de Delille :

« La casse prolongea les vieux jours de Voltaire« .

Il est vrai que nos aïeux étaient de gros mangeurs et que le discrédit de certaines de leurs méthodes tient peut-être pour une part à notre meilleure hygiène alimentaire. Les vomitifs et la sudation complétaient cette médecine évacuante. On sait le rôle joué par les bains de vapeur dans toute l’Antiquité. Et c’est au nom des mêmes théories qu’on a longtemps torturé les syphilitiques qui devaient « sueur leur vérole ».

Travaux de recherche de Francesca http://devantsoi.forumgratuit.org/

sur le Blog   https://medecinehistorique.wordpress.com/

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