LA THERAPEUTIQUE PAR LES PLANTES

La troisième grande orientation de la médecine ancienne, la thérapeutique par les plantes, qui grâce à des transformations successives, reste une des bases essentielles de la médecine moderne.

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Ce qui frappe dans les premières utilisations des vertus végétales, c’est le nombre considérable des plantes employées ; il semble qu’on leur supposait à toutes, a priori, une efficacité quelconque, efficacité dont la légende attribuait la révélation au Centaure Chiron, intermédiaire entre les dieux et les hommes. Malgré la pauvreté de nos documents, il serait possible de dresser une fort longue liste des plantes dont se servaient déjà les médecins égyptiens ; leurs successeurs grecs et romains ont, à ce point de vue, marché sur leurs traces. La plupart de ces plantes ne sont plus utilisées aujourd’hui, mais comme l’Antiquité ignorait tout de l’expérimentation pharmacologique, c’est peu à peu et par l’observation répétée d’un très grand nombre de médecins, qu’n tri s’est lentement établi et que les plantes réellement efficaces ont pu être distinguées des autres.

Un des plus anciens recueils sur ce sujet et celui de Théophraste (né entre 370 et 380) et mort vers 285 av. J.C) qui décrit environ quatre cent cinquante plantes. Il y en a à peu près autant dans le traité de la Matière médicale de Dioscoride, qui fut médecin militaire sous Néron, et dans ceux de Galien. Ces deux auteurs, dont l’influence sur la médecine occidentale fut longtemps si grande, ne marquent d’ailleurs guère de progrès dans la connaissance réelle des médications qu’ils recommandent. Trop souvent, chez Galien surtout, des conceptions purement théoriques guident l’emploi de ces remèdes considérés dans leur rapport avec les tempéraments et les qualités essentielles ; c’est ainsi par exemple que la chicorée et la ciguë sont froides, tandis que le poivre est chaud ; l’eau participe du froid et de l’humide et le vinaigre du froid et du chaud. On est encore bien loin d’une connaissance scientifique ou même simplement empirique. Mais c’est tout de même un point de départ où l’on puisera peu à peu les éléments de cette connaissance. Il est même curieux de voir des recherches tout à fait modernes donner comme une sorte de justification tardive à des pratiques depuis longtemps abandonnées. Les figues par exemple étaient utilisées par les Egyptiens et par les Hébreux ; dans la Bible, Isaïe guérit le roi Ezéchias d’un ulcère en y faisant appliquer une masse de figues. Or les figues contiennent des ferments du type de la papaïne qui, en dissolvant certains caillots, aident effectivement à la guérison des plaies. Mais de tels exemples restent rares et ne permettent pas de réhabiliter globalement l’usage médicinal que l’Antiquité a fait des diverses plantes.medecine-des-plantes

Ici encore ce sont les Arabes et l’Ecole de Salerne qui prennent le relais du savoir gréco-romain. Le Traité des simples d’Avicenne, l’Andidotaire de Nicolas de Salerne, le Compendium aromatorium de Saladin d’Ascolie, qui fut médecin d’un prince de Tarente au milieu du XVè siècle, représentent les principaux jalons de cette histoire. A partir du XVIè siècle les progrès de la botanique vont rendre plus complète la connaissance des plantes ; le Bolonais Aldrovandi et surtout le Zurichois Conrad Gessner ouvrent cette voie où s’engageront les grands botanistes des XVIIè et XVIIIè siècle. De ces plantes mieux individualisées on va ensuite s’efforcer d’établir les propriétés d’une façon plus précise et, en 1676, John Wepfer, en expérimentant avec la ciguë et la noix vomique, réalise le premier vrai travail de pharmacologie expérimentale, discipline destinée à connaître aux XIXè et surtout XXè siècle un si remarquable développement. A la fin de l’Ancien Régime, un grand travail a été accompli dont témoigne l’Apparatus medicaminium de Murray. Et si l’emploi des remèdes végétaux n’a pas encore de bases précises, du moins les matériaux sont-ils à pied d’œuvre et les esprits pas encore préparés à la révolution scientifique qui va commencer.

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Il peut être intéressant d’indiquer comment sont nées les grandes thérapeutiques végétales qu’on utilise encore aujourd’hui.

L’OPIUM

Le juste, subtil et puissant opium, célébré par Baudelaire, fut un des premiers consolateurs des hommes. En grec opos signifie suc et l’opium fut pour les ancêtres le suc par excellence, celui dont, avant tous les autres, ils éprouvèrent les bienfaits. Il semble bien que les Egyptiens l’aient connu ; l’opium était peut-être l’élément actif du breuvage que, dans l’Odyssée, Hélène donne à Télémaque et qui lui venait d’Egypte. Ce breuvage, le népenthès, faisait oublier toutes les peines (penthos signifie chagrin) ; il devait contenir de l’opium, ou peut-être du hachisch. Quoi qu’il en soit, la Grèce classique a parfaitement connu l’opium qui figure expressément dans les écrits hippocratiques. On l’a employé d’abord contre les diarrhées, puis comme analgésique et comme hypnotique. L’opium était utilisé soit seul, soit combiné à d’autres substances pour former des préparations dont les plus connues sont le diacode et surtout la thériaque. Le diacode (de dia, avec ; et Kôdia, tête de pavot), imaginé par Thémison, était un mélange d’opium et de miel. La thériaque se rapproche du mithridaticum grâce auquel Mithridate pensait pouvoir neutraliser tous les poisons. C’est une préparation très complexe contenant, outre l’opium, de très nombreuses substances (jusqu’à soixante-treize dans la formule de Galien), les plus diverses, jusqu’à de la chair de vipère. Imaginée par Andromachus l’Ancien sous Néron pour panser les blessures faites par les animaux (thêria signifie bêtes féroces), chantée en vers par Andromachus le Jeune, la thériaque connut par la suite une extraordinaire fortune. Employée dans les affections les plus diverse s, elle n’est que très lentement tombée en désuétude et n’a disparu de la pharmacopée officielle qu’en 1884.

Bien étudié par des hommes comme Boerhaave et Sydenham, à qui l’on doit la formule du laudanum, on a mieux appris alors à connaître ses dangers et notamment à limiter son emploi chez les enfants. C’était en effet une vieille pratique populaire de donner du pavot aux enfants pour les faire mieux dormir. Le nom latin du pavot, papaver, dérive d’ailleurs de pappa qui désigne la bouilles : celle-ci s’appelle encore papette dans certaines régions de Suisses ou de Savoie, et on retrouve-là un souvenir de l’ancien rôle du pavot dans la tranquillité nocturne des parents.

L’ELLEBORE

L’ellébore est un bel exemple des confusions botaniques de l’ancienne médecine. Toute l’Antiquité a réuni sous le même nom deux plantes parfaitement distinctes, le véritable ellébore qui est une renonculacée et le vératre qui appartient à la famille des colchicacées. Actuellement, le veratrum album porte encore ne nom vulgaire d’ellébore blanc, tandis que les ellébores véritables ont une variété verte et une variété noire. Les Anciens parlaient bien, il est vrai, d’ellébore noir et d’ellébore blanc, mais sans que cette distinction corresponde à une classification botanique réelle. Cette confusion avait de sérieux inconvénients car si les deux plantes peuvent être toxique s, l’ellébore l’est plus que le vératre, aussi la médication, appliquée ainsi sans discernement, entraînait-elle parfois des accidents convulsifs mortels que signale déjà Hippocrate. Ctésios allait jusqu’à dire qu’un malade qui prend de l’ellébore doit auparavant faire son testament. Aussi l’ellébore fut-il peu à peu abandonné après la chute de l’Empire romain ; les premiers médecins arabes le signalent encore, mais Avicenne en condamne l’emploi. L’ellébore n’a plus guère conservé qu’un renon quasi légendaire dont le lièvre de La Fontaine atteste la persistance.

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L’ellébore passait en effet pour guérir les troubles mentaux et il n’est pas étonnant qu’un certain prestige soit resté attaché à une action si exceptionnelle. On n’en trouve guère d’ailleurs d’exemples positifs, sinon dans les légendes ; c’est ainsi par exemple que si le berger Mélampsus put guérir les filles de Protéus, roi d’Argos, qui se croyaient métamorphosées en vaches, c’est en leur donnant le lait d’une chèvre ayant brouté de l’ellébore. Le vératre (ellébore blanc) contient un alcaloïde, la vératrine, isolé en 1818 par Meissner et étudié en 1819 par Pelletier et Caventou dont on retrouvera bientôt les noms. Or la vératrine nous apparaît aujourd’hui comme un médicament capable de combattre l’hypertension artérielle. On pourrait être surpris qu’un produit végétal passe ainsi de la médecine mentale à la médecine vasculaire. On s’en étonnera moins devant un autre exemple de cette adaptation thérapeutique. Si, dans la tradition populaire grecque, l’ellébore peut guérir la folie, le même rôle était attribué aux Indes à une plante toute différente, la rauwalfia serpentina ; or il se trouve que les extraits de cette plante, ou son principal alcaloïde, la réserpine, constituent le meilleur médicament que l’on possède actuellement contre l’hypertension artérielle. Et on commence même à utiliser avec succès la réseprine dans diverses psychoses, la science moderne retrouvant ainsi les chemins frayés par les plus vieilles et les plus instinctives croyances populaires.

LA SCILLE

La scille est une des plantes médicinales les plus anciennement connues. C’est qu’il s’agit de la scille maritime, très répandue sur toutes les rives de la Méditerranée et dont les gros oignons ne pouvaient pas passer inaperçus. Ce fut d’abord une plante quasi magique et l’on raconte que les anciens Egyptiens avaient élevé près de Péluse un temple pour rendre un culte à l’oignon marin. D’après Théophraste, on a longtemps, en Grèce, planté des oignons de scille dans les jardins pour conjurer le mauvais sort.

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Chose notable, car elle n’est pas banale, ce sont les propriétés diurétiques que nous reconnaissons aujourd’hui à la scille qui ont été utilisées dès la plus haute Antiquité. La tradition attribue la découverte de ce pouvoir à Epiménide, l’un des Sages de la Grèce qui vivait au VIè siècle avant notre ère ; et la scille s’est parfois appelée Epiménidéa. Hippocrte l’emploie fréquemment, notamment contre l’hydropisie. Pline, Dioscoride, Galien la décrivent et la recommandent. Il est vrai qu’on lui reconnaissait aussi des vertus imaginaires : mélangée au vinaigre et au miel elle constituait l’oxymel scillitique, qui figurait encore au Codex de 1937, et qui passait jadis pour guérir bien des maladies, notamment l’épilepsie. Les Arabes ont bien connu la scille ; d’ailleurs ce n’est pas de la scille proprement dire que viennent les préparations médicinales actuelles, mais d’une plante voisine, l’urginée, dont le nom rappelle la tribu arabe des Ben Urgin. Ainsi, toute la tradition médicale issue de Galien, chez les Arabes, puis au Moyen Age et dans les siècles suivants, utilisa l’action diurétique de la scille, qui connut ainsi la fortune de traverser les âges sans rien perdre des vertus que lui avaient attribuées les premiers médecins.

LE RICIN

C’est également une très vieille connaissance des hommes. La Bible y fait allusion et on a trouvé des graines de ricin dans les sarcophages égyptiens. Son nom lui vient de la ressemblance de sa graine avec la tique du chien (ricinus en latin : kroton en grec). On tirait des graines une huile pour embellir et revigorer la chevelure et certains produits modernes pourraient utiliser ce précédent pour leur publicité. Pline signale les propriétés purgatives du ricin. Mais en réalité son emploi courant ne remonte qu’à la fin du XVIIIè siècle. C’est en 1764 que le médecin anglais Canvane vanta les mérites de l’huile de ricin qu’il débitait sous le nom d’huile de Palma-Christi ou encore de l’Antimoine végétal. Le médecin genevois Odier, qui joua un rôle si important dans la diffusion de la vaccine, vulgarisé le produit en Suisse, puis sur tout le continent, à la suite d’un voyage qu’il fit en Angleterre en 1776. Et depuis lors, l’huile de ricin a représenté pour les générations successives – et dans les pleurs des enfants – un des modes essentiels de la purge ;

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LA JUSQUIAME

C’est une plante très ancienne connue et prénommée par les Grecs uoskuamos. Ce mot vient du uos, porc et kuanos fève, et la jusquiame porte parfois, dans la botanique populaire, le nom de fève à cochons parce que les porcs pouvaient dit-on, en manger impunément ; il n’en va pas de même des volailles, si l’on en croit un autre nom populaire de la plante, celui de mort aux poules.  L’huile de jusquiame était brûlée dans les lampes par les Egyptiens. On reconnut ensuite son pouvoir lénitif et on l’utilisa contre les maux d’oreilles (Dioscoride) et contre diverses affections cutanées ; on en trouve en écho dans les noms populaires d’herbe aux engelures, herbe à la teigne ; et aujourd’hui encore la jusquiame entre dans certains liniments sédatifs et dans certaines préparations calmantes.

L’ACONIT

Ici on rencontre un type de plantes décrites depuis très longtemps mais connues seulement pour leurs propriétés toxiques et qu’on ne songeait pas à utiliser comme médicaments. On peut citer toutefois une histoire pittoresque rapportée par Plutarque où l’aconit joua un rôle bienfaisant. Il s’agit du roi Hyrodès, atteint d’hydropisie et à qui son fils Phraate, voulant le faire disparaître, donna de l’aconit. Mais, dit le chroniqueur, « le mal s’étant emparé du poison ils se détruisirent l’un l’autre et le malade éprouva du soulagement ». Plutarque ajoute que Phraate « prit alors la route la plus courte » et qu’il étrangla son père.

Matthiole raconte avoir assisté à des expériences faites avec de l’aconit par le pape Clément III sur deux condamnés à mort. Mais comme il s’agissait d’étudier la valeur d’un contre poison, c’est encore l’action toxique de la plante qui était seule envisagée. L’introduction de l’aconit en thérapeutique est due à un curieux médecin zurichois du XVIIIè siècle, Stoerk. Compatriote de Paracelse dont il reprit certaines idées, il prétendait que les poisons, même violents, pouvaient être bienfaisants si on savait les utiliser et l’on ne peut nier qu’il ouvrait là une voie féconde. Il publia donc en 1762 un mémoire « qui démontre que le stramonium, la jusquiame et l’aconit non seulement peuvent être employés sans danger chez l’homme, mais qu’ils constituent des remèdes très salutaires dans divers maladies ». Ce mémoire traduit en français dès l’année suivante, contient des affirmations que l’avenir n’a pas toutes confirmées, mais il est le point de départ de tous les travaux ultérieurs.

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LE COLCHIQUE

Comme pour l’aconit, l’Antiquité n’en a connu que l’action toxique. A la fin de l’Empire romain, Alexandre de Tralles et Paul d’Egine recommandent contre les rhumatismes et la goutte une plante qu’ils appellent ermodaktulos et dont on a beaucoup débattu afin de savoir si c’était ou non notre colchique d’automne. Elle devait en tout cas en être voisine car diverses traditions populaires semblent s’en être souvenues, et à certaines époques, rhumatisants et goutteux portaient des tubercules de colchiques dans leur poche pour se guérir. C’est un emploi des « veilleuses » qui paraît bien avoir disparu ; mais ne nous vantons pas trop de nos progrès car c’est au marron d’Inde qu’on attribue parfois encore aujourd’hui ces curieuses vertus protectrices. On retrouve dans l’histoire du colchique le nom de Stoerk qui, en vertu de la même conception, fit en 1763 pour cette liliacée ce qu’il avait fait l’année précédente pour l’aconit. Toutefois il en recommandait surtout l’emploi dans les hydropisies et son action antirhumatismale lui paraissait secondaire. Le pouvoir quasi spécifique du colchique contre la goutte n’a été reconnu qu’au début du XIXè siècle en Angleterre. A cette époque, un ancien officier français, nommé Husson, se mit à vendre une eau médicinale, souveraine contre la goutte et qui n’était autre chose qu’une alcoolature de bulbes de colchiques. Peut-être les vieilles superstitions auxquelles il vient d’être fait allusion lui en avaient-elles donné l’idée. Quoi qu’il en soit, dans un pays aussi riche en goutteux que l’Angleterre, le remède eut grand succès ; les médecins anglais l’étudièrent sérieusement à partir de 1815 et le colchique n’a pas cessé d’être depuis lors le remède héroïque de la goutte.

LA BELLADONE

La belladone était connue à l’époque de Dioscoride et de Galien ; mais elle semble avoir été mal individualisée et confondue notamment avec une plante de la même famille, l’atropa mandragora, la célèbre mandragore de l’Antiquité. Dioscoride lui donne le nom de struknos. Pendant longtemps, la belladone n’eut guère de rôle thérapeutique et  c’est son action vénéneuse qui frappa surtout les observateurs. La belladone était, comme la mandragore, une plante quasi magique, servant à faire des philtres et ayant notamment le pouvoir de donner la possession d’une personne aimée. De là, ses noms populaires d’herbe aux sorciers, herbe empoisonnée et morelle furieuse, qui figurent encore, à titre de curiosité, dans nos ouvrages botaniques. Les médecins commencèrent à s’y intéresser à partir du XVIè siècle et le premier travail d’ensemble sur la plante est dû à Melchior Frick et date de 1710. Son pouvoir de dilater la pupille n’a été reconnue qu’en 1770 par Van Swieten. A la fin du XVIIIè siècle on se servait assez empiriquement de la belledone contre les cancers et certaines maladies nerveuses, l’épilepsie et parfois la rage. Mais il faut attendre le XIXè siècle et les développements de la médecine et de la pharmacologie expérimentales pour que la belladone et son alcaloïde, l’atropine, prennent en médecine la place importante qu’ils occupent aujourd’hui.

LA NOIX VOMIQUE

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C’est la graine du strychnos nux vomica ou vomiquier, plante originaire des Indes, et d’où on a tiré la strychnine. L’Antiquité ne paraît pas l’avoir connue et c’est dans la médecine arabe qu’on en trouve la première mention certaine. Séparion et Avicenne l’utilisaient contre les morsures de serpents et pour provoquer les vomissements. Il est curieux que ce pouvoir émétisant ait paru assez net pour baptiser la plante, alors que les vomissements appartiennent au tableau de l’intoxication aiguë par la strychnine. Il y a d’autres alcaloïdes dans la noix vomique et il est probable qu’une confusion fut faite avec les plantes plus ou moins proches, ce qui arrivait facilement à une époque où les connaissances botaniques étaient tout à fait rudimentaires. Le pouvoir convulsivant, si caractéristique de la noix vomique et de la strychnine, a été signalé vers le XVIè siècle par Conrad Gessner et par Jean Bauhin ; il a été surtout étudié au siècle suivant et le travail de John Wepfer en 1676 – suivi l’année d’après par Conrad Brunner – en établit définitivement la réalité en même temps qu’il ouvre la voie à la pharmacologie expérimentale. La noix vomique est ainsi une des plantes les plus précocement et les mieux étudiées, et quand à la fin de l’Ancien Régime, Murray dans on grand ouvrage, résume les travaux qui lui ont été consacrés, cet exposé, comme une tardive réponse à Montaigne, fait déjà figure de science véritable.

LA DIGITALEdigitale

Les vertus de la digitale furent longtemps ignorées. C’est seulement dans la première moitié du XVIè siècle que cette scrofularinée fut isolée et utilisée par le médecin bavarois Léonard Fuchs, dont le De historia stirplum commentarii parut en 1542. L’aspect en doigt de gant de la fleur est à l’origine de son nom et de plusieurs de ses appellations populaires (gant de Notre-Dame, par exemple). Les Anglais l’appellent fox-glove, probablement par allusion aux pattes du renard ; on peut aussi se plaire à y voir un hommage à son premier parrain, puisque Fuchs signifie renard en allemand. Quoi qu’il en soit, le travail de Fuchs resta longtemps sans échos. En France notamment, la digitale n’est signalée par aucun des médecins des siècles suivants. Les Anglais semblent y avoir accordé plus d’attention et elle figure dans la pharmacopée de Londres en 1721. La digitale a fait vraiment son entrée dans la thérapeutique avec l’ouvrage de Withering paru en 1785 ; ce travail est important à la fois du point de vue pratique et comme un des premiers exemples d’une monographie déjà moderne dans son esprit ; il vaut donc d’en citer le titre : The fox-glove and an account of its medical properties with practical remarks on dropsy. En France la thèse de Bidault de Villiers soutenue en 1804, sur « les propriétés médicinales de la digitale pourprée » ; marque le début d’une thérapeutique devenue essentielle en pathologie cardiaque.

L’IPECA

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L’ipéca est la racine de diverses plantes de la famille des rubiacées qui poussent dans l’Amérique tropicale et particulièrement au Brésil. Probablement utilisé par la médecine populaire dans son pays d’origine, l’ipéca n’a pénétré en Europe qu’assez tardivement, à la fin du XVIIè siècle. Signalé en 1672 par un médecin botaniste nommé Pison, il dut sa vogue à l’activité de Jan-Adrien Helvétius. L’histoire de cette famille Helvéius est bien curieuse et illustre certains aspects de la pratique médicale au XVIIè et XVIIIè siècle. Le fondateur de la dynastie, Jean-Frédéric, était Allemand, né à Anhalt, et s’appelait en réalité Schweizer ; mais la mode était alors de latiniser son nom. Emigré en Hollande il s’établit médecin à Amsterdam ; c’était le père de Jean-Adrien. Celui-ci dirigea son activité vers la préparation et la vente des remèdes secrets dont l’aspect mystérieux assurait facilement le succès. C’est sous cette forme qu’il a apporté l’ipéca à Paris et qu’en 1676 il guérit de la dysenterie divers grands personnages, notamment la duchesse de Chaulnes et surtout le Dauphin. A la suite de ces cures, il obtint de Louis XIV les lettres royales lui permettant de « débiter pendant quatre années un spécifique pour guérir immanquablement et sans retour le flux du ventre et la dysenterie ». On n’hésitait pas alors à promettre la guérison à coup sûr et pour toujours.

L’emploi de remèdes secrets était parfaitement admis à cette époque. Il y fallait seulement une autorisation royale qui était donnée sur l’avis favorable du premier médecin du roi. Mais un des derniers médecins des rois capétiens, qui s’appelait Lassone, était un homme honnête et consciencieux. Il sentit bien vite que les attributions du premier médecin du roi dépassaient ses facultés. Il fit alors créer, pour les partager, la Société royale de Médecine qui devait avec lui, non seulement examiner les remèdes secrets, mais aussi surveiller les eaux minérales, assurer la police sanitaire, étudier les diverses épidémies. Cette société, qui se réunissait déjà le mardi, est l’origine de notre Académie nationale de médecine, crée en 1820 par Louis XVIII.

La première indication de l’ipéca est donc née de son action anti dysentérique. Plus tard, les médecins ont surtout été frappés par son action émétisante et c’est comme vomitif que l’ipéca connut aux XVIIIè et XIXè siècles une très grande fortune. Dans la médecine moderne, le vomissement a cessé d’être une thérapeutique ; mais l’ipéca et son alcaloïde, l’émétine, ont trouvé leurs indications primitives et restent une médication essentielle dans les dysenteries amibiennes. Il n’est pas nécessaire de multiplier ces exemples. Il faut signaler seulement que les céréales étaient également employées comme médicaments depuis des temps très anciens. Il faut citer particulièrement l’orge mondé (dépouillé de ses deux glumelles) dont la décoction portait le nom de ptisane, et à laquelle on ne songe plus guère lorsqu’on absorbe les diverses tisanes en usage aujourd’hui. La décoction d’orge mondé figure d’ailleurs encore dans les formulaires modernes et on a tiré de l’orge un alcaloïde, l’hordénine, qui a un certain pouvoir tonique sur le coeur et sur les vaisseaux. Quant à l’histoire du quinquina, je l’ai déjà racontée ICI : https://medecinehistorique.wordpress.com/2016/12/25/le-quinquina-de-nos-ancetres/

 Travaux de recherche de Francesca http://devantsoi.forumgratuit.org/

sur le Blog   https://medecinehistorique.wordpress.com/

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