Les vitamines et les maladies de carence

Jusqu’à une époque très récente, la maladie est apparue comme le résultat d’une activité d’origine extérieure. En dehors de l’intervention d’un facteur étranger on pensait que l’homme devait rester en bonne santé à condition de vivre dans une atmosphère suffisamment riche en oxygène et d’avoir à sa disposition une alimentation quantitativement suffisante. Il n’y a guère plus d’une centaine d’années qu’on s’est rendu compte que la maladie pouvait provenir non seulement d’une agression active, mais aussi du manque de certains éléments indispensables au maintien de la santé. Par-là, des maladies mystérieuses et qui avaient derrière elles une longue histoire meurtrière livrèrent leur secret et, en même temps, qu’on apprenait à les connaître, on apprit à les guérir.

les-carences

La connaissance des phénomènes intimes de la nutrition s’est beaucoup enrichie depuis ces dernières d’années. A la fin du XIXè siècle, l’accent était mis surtout sur la valeur énergétique de la ration alimentaire et l’on avait tendance à penser que les divers aliments pouvaient se remplacer les uns les autres à condition de fournir le même nombre de calories, d’être isodynames comme on disait alors. On sait maintenant que cette notion n’est que partiellement vraie ; la nutrition a un autre aspect encore, plus secret, et qu’on pourrait appeler celui des infiniment petits alimentaires.

L’organisme en effet n’a pas que des besoins quantitatifs ; il a aussi des exigences qualitatives. Il y a certains corps, à structure chimique précise, dont il ne peut se passer ; on le sait pour certains acides aminés et certains acides gras ; on le sait surtout pour ce qu’on appelle les vitamines.

Les vitamines ont deux particularités essentielles. D’abord la faible dose dont l’organisme a besoin pour se maintenir en équilibre ; il lui suffit par exemple, de 2 mg par jour de vitamines B, de 0,5 mg de vitamine A. rapportée à la masse du corps, c’est une quantité infinitésimale ; elle n’en est pas moins absolument indispensable. En second lieu, les vitamines doivent être apportées toutes faites car, d’une façon générale, on ne sait pas les fabriquer à partir de leurs éléments constitutifs. On connaît aujourd’hui leur structure et leur formule chimique et on peut les reproduire en laboratoire ; mais cette synthèse industrielle n’est pas à l’échelle du corps humain et si l’alimentation ne l’apporte pas, on est incapable d’y suppléer. Quelques exceptions, avec notamment des possibilités de synthèse qui fait comprendre la facilité avec laquelle peuvent se développer les maladies par carence vitaminique si l’alimentation est défectueuse.

La production des vitamines est assurée essentiellement par le règne végétal et si le foie de certains poissons est riche en vitamine B et en vitamine A, il le doit aux algues de la nourriture. Il y a là un exemple de plus de cette dépendance où est le règne animal par rapport au règne végétal, dépendance si intéressante pour qui réfléchit aux lois générales de la nature.

scorbut

LE SCORBUT ET LA VITAMINE C

Le scorbut est une maladie ancienne qui a bien longtemps ravagé les armées et les flottes. L’imprécision des descriptions ne permet pas de savoir si le scorbut était connu des Grecs et des Romains ; et les Arabes ne semblent pas y avoir fait allusion. Son histoire commence avec les Croisades. Les troupes de Saint Louis qui assiégeaient Le Caire en 1249 furent lourdement frappées et Joinville en a fourni une des premières descriptions.

« Et nous vint la maladie de l’ost qui était telle que la chair de nos jambes séchait et était tardée de noir et de terre ; et à nous qui avions maladie telle, venait chair pourrie aux gencives et nul n’échappait. Le signe de la mort était que là où le nez saignait, il fallait mourir« .

Lors d’un des voyages de Jacques Cartier au Canada, le chroniqueur Lescarbot raconte que « de cent-dix hommes que nous étions, il n’y en avait pas dix sains ». Dans la grande expédition de Lord Anson en 1740 et 1741,  le vaisseau amiral le Centurion perdit deux cent quatre-vingts douze hommes et le Glucester trois cents. Sur un groupe de trois vaisseaux il restait à peine soixante-dix hommes valides. Ces quelques exemples montrent qu’il s’agissait d’un véritable fléau qui, d’après Lind, tua plus de marins anglais que toutes les batailles avec les Français et les Espagnols. En 1734, le médecin hollandais Bachström fit œuvre de précurseur en affirmant que « l’abstinence des végétaux est la première, la véritable et la seule cause du scorbut ». A partir de la même époque environ, l’emploi des citons et des oranges comme antiscorbutique se généralisa chez les navigateurs et l’usage du jus de citron fut rendu obligatoire, sous peine de sanctions sévères, dans la marine anglaise à partir de 1789. Ces doctrines soulevèrent d’assez nombreuses objections et ne furent pas toujours et systématiquement appliquées. De ce fait, si le XIXè siècle a vu s’atténuer les ravages du scorbut, il ne les a pas fait complètement disparaître et on retrouve sa trace jusque dans la guerre de Crimée et au siège de Paris en 1870-1871.

Tous ces problèmes sont aujourd’hui résolus depuis la découverte de la vitamine antiscorbutique qui porte le nom de vitamine C. l’existence d’une telle vitamine avait été affirmée par Holst dès 1907 à la suite de travaux sur le scorbut expérimental du cobaye et sa guérison par l’emploi de végétaux frais.

LE RACHITISME ET LA VITAMINE D

Le rachitisme qui a rendu tant d’enfants contrefaits pour la vie n’est connu avec certitude que depuis le début du XVIIè siècle. L’imprécision des textes empêche de le reconnaître à coup sûr dans les descriptions des anciens auteurs. Vers 1630, on s’émut en Angleterre de l’apparition ou tout du moins de la forte recrudescence d’une maladie qui n’avait pas été individualisée jusque-là ; on l’appelait rickets qui dérive probablement du mot populaire riquet par lequel on désignait alors les individus petits, difformes ou bossus. Le Riquet à la Houppe de nos contes en est un témoignage. Dans la langue savante, rickets est devenu rachitis, puis rachitisme avec une contamination probable par le mot rachis, siège de la lésion la plus apparente de la maladie.

En 1650, Glisson consacra un travail longtemps resté classique au rachitisme. Au cours des siècles suivants, on précisa la symptomatologie et on décrivit ses lésions. Mais la cause de la maladie restait à découvrir. Cependant, à côté de la misère et des logis privés de soleil, le rôle de l’alimentation et en particulier l’insuffisance de l’alimentation lactée chez les nourrissons devint vite un soupçon. C’est seulement en 1919 que Huldschinsky et Mellanby montrèrent que les huiles naturelles, et en particulier l’huile de foie de morue, pouvaient prévenir le rachitisme expérimental. Ils montrèrent également que le facteur de prévention était distinct de la vitamine A que Mac Callum et Davis, Osborne et Mendel avaient mise en évidence dès 1913. A ce nouveau facteur ils donnèrent le nom de vitamine D. sa formule chimique fut établie en 1930 par Rosenhein, Windaus et Bourdillon.

La vitamine D joue un rôle essentiel dans le métabolisme du calcium et du phosphore ; elle est, de ce fait, indispensable à la vie de l’os. Elle offre cette particularité de dépendre pour sa formation de la lumière solaire et des rayons ultraviolets. Hess et Steenborck ont montré en 1924 qu’on pouvait guérir les rachitiques en leur donnant des aliments préalablement irradiés. Et si les foies de poissons représentent le grand réservoir de la vitamine D, c’est parce que les animaux absorbent la vitamine en se nourrissant de végétaux marins flottants, constamment exposés aux rayons du soleil. L’irradiation solaire ou par les ultraviolets permet en outre à l’organisme de synthétiser la vitamine D. ceci explique que le rachitisme apparaisse surtout quand, à une alimentation défectueuse, s’ajoute la privation de lumière dans des logis insalubres. Le rachitisme est bien une maladie de misère, mais on a appris à en démêler les causes et à se rendre maître d’une affection créatrice de difformités cruelle set qui faisait peu de morts peut-être, mais beaucoup de malheureux.

contagion

ANEMIE ET VITAMINE B12

Jusqu’à il y a une cinquantaine d’années, l’anémie pernicieuse était une affection progressive et toujours mortelle ; on n’en connaissait pas la cause et on ne savait pas la soigner. Les choses changèrent du tout au tout lorsque Whipple eut montré en 1920 qu’il s’agissait d’une maladie de carence et que le principe dont manquait l’organisme était contenu dans les foies frais. Le traitement par le foie a transformé le pronostic et fait vivre des malades jusque-là condamnés. C’est ce principe anti-anémique du foie que des travaux récents ont permis d’identifier. En 1947 il a été isolé dans les extraits de foie et, l‘année suivante, presque en même temps, Rickes et Bring aux Etats-Unis, Smith et Parker en Angleterre l’ont obtenue à l’état pur. On lui a donné le nom de vitamine B12. Cet ensemble de recherche sa définitivement élucidé la nature de l’anémie pernicieuse.

On a isolé plusieurs autres vitamines dont le rôle physiologique est important. Leur carence entraîne en particulier divers troubles de la peau et des muqueuses ; mais elle n’est pas à l’origine d’une des graves maladies dont souffrent les hommes et elles ne peuvent pas être étudiées ici. Il faut signaler pourtant que la pellagre est une maladie carentielle. La pellagre sévit dans les régions sous-développées dont le climat comporte une forte insolation ; décrite d’abord par un Espagnol, Casal en 1735, son nom lui fut donné en 1771 par Frappolli ; ce nom signifie « peau rugueuse ». On sait maintenant que la pellagre est liée à l’absence d’une vitamine qu’on trouve surtout dans la levure et dans le foie ; elle a été individualisée et isolée par Godberger à partir de 1915 et elle porte le nom de vitamine PP, ce qui signifie « préventive de la pellagre ».

 

 

 

 

 

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