Les maladies non microbiennes

 

Si importante qu’elle soit, la pathologie microbienne ne couvre pas tout le domaine des maladies dont peut souffrir l’espèce humaine. D’autres maux, que ne causent pas des organismes vivants, peuvent venir soit de l’extérieur, soit de l’intérieur par un dérèglement que facilite l’extraordinaire complexité de nos mécanismes vitaux. Des causes externes et non microbiennes de maladies sont connues depuis longtemps ; ce sont les intoxications par divers poisons de nature minérale ou végétale …

Dans l’histoire des idées médicales, c’est qu’on a appris un jour que des substances habituellement inoffensives peuvent devenir nocives, soit par leur emploi répété, soit par suite d’une sensibilité particulière de certains sujets. Ces faits ont ouvert un nouveau chapitre de la pathologie dont nous n’avons pas fini d’écrire l’histoire. Le point de départ de tout ce mouvement a été la découverte de l’anaphylaxie par Richet et Portier en 1902.

richet-et-portier

Richet et Portier faisaient alors des recherches biologiques au cours d’une croisière scientifique organisée par le prince de Monaco. Ils étudiaient le poison extrait des tentacules d’actinies, qui détermine chez le pigeon un état paralytique tel que certains de ces animaux se laissaient sans réagir perforer le crâne et picorer la cervelle par un perroquet de l’équipage. Ils eurent l’idée de faire, avant les injections toxiques, des injections à dose plus fiable, pensant retrouver les phénomènes d’immunisation que les travaux de Pasteur avaient rendus familiers. A leur grande surprise ces animaux se montrèrent à la seconde injection plus sensible que les animaux neufs. Devant ce renversement de leurs prévisions, on pense à la phrase de Claude Bernard : « En physiologie tout expérimentateur pourra faire des découvertes imprévues pourvu qu’il soit bien pénétré de cette idée, que les théories sont tellement défectueuses dans cette science qu’il y a dans l’état actuel des choses autant de probabilités pour découvrir des faits qui les renversent, qu’il y en a pour en trouver qui les appuient« .

D’abord incrédules eux-mêmes, Richet et Portier répétèrent et perfectionnèrent leurs expériences ; ils établirent ainsi d’une façon incontestable cette sensibilisation par une injection préalable ; et pour désigner ce nouveau phénomène, Richet créa le terme d’anaphylaxie. La médecine devait bientôt utiliser ce nouveau mode de perturbations organiques pour expliquer diverses maladies restées jusque-là mystérieuses. Les accidents de la sérothérapie chez des sujets ayant déjà reçu des injections de sérum de cheval en fournissent un premier exemple. Mais c’est à propos de l’asthme que l’origine anaphylactique d’une maladie primitive fut pour la première fois démontrée. C’est Widal qui en fournit en 1914 la démonstration à propos d’un berger devenu asthmatique à quarante-sept ans alors que depuis l’âge de douze ans, il était en contact permanent avec les moutons.

microbes

Un local de l’hôpital Cochin fut à cette occasion momentanément transformé en bergerie et il suffisait que le berger y pénétrât, même en l’absence des moutons, pour qu’éclatât un accès d’asthme caractérisé ; en même temps divers examens mettaient en évidence des accidents vasculo-sanguins que Widal avait démontré être caractéristiques de la crise anaphylactique. Toutes les expériences et toutes les observations ultérieures confirmèrent cette origine anaphylactique de la majeur partie des asthmes ; anaphylaxie aux substances les plus variées et dont certains exemples sont vraiment pittoresques ; par exemple ce pharmacien qui ne pouvait ouvrir un flacon d’ipéca sans étouffer ; ou ce chasseur qui, après de nombreuses années, fut un jour pris d’une crise d’asthme en ramassant un lièvre et qui devin depuis lors si sensible aux léporidés qu’il fut un jour malade dans un train parce que, à côté de lui, une voyageuse portait une fourrure en poils de lapin. Une réaction anaphylactique est de même, dans un très grand nombre de cas, l’origine du rhume des foins, de l’urticaire et des migraines.

Le nombre des substances sensibilisantes est considérable et toutes ne sont certainement pas cataloguées. Au premier rang d’entre elles il faut citer les plantes et surtout le pollen des graminées et de certains arbres ; les poils de nombreux animaux ; divers aliment (fraises, coquillages etc…) Par ailleurs la sensibilisation peut être primitive en ce sens qu’elle existe parfois en dehors de tout contact antérieur avec l’agent sensibilisant. En réalité, le terme anaphylaxie qui signifie contre-protection n’est pas bien choisi parce qu’il semble opposer l’anaphylaxie à l’immunisation. Or cette opposition n’est pas justifiée car un organisme anaphylactisé n’est pas devenu plus sensible à l’action toxique du corps vis-à-vis duquel il est sensibilisé. Richet et Portier avaient d’ailleurs bien remarqué que leurs animaux mouraient avec des symptômes entièrement différents de ceux que présentaient avec des doses suffisantes les animaux neufs. D’autre part, le tableau clinique es toujours le même, quelle que soit la substance sensibilisante. Le choc anaphylactique est un et ne dépend en aucune façon des pouvoirs toxiques variés des différents corps qui le déclenchent.

Il est naturel que le terme d’anaphylaxie cède peu à peu la place au terme d’allergie qui, dans sa généralité, correspond mieux à la nature intime du phénomène. Les sujets allergiques sont ceux qui présentent une hypersensibilité vis-à-vis d’une réaction en elle-même bienfaisante et qui tend essentiellement à préserver l’intégrité de l’organisme et sa spécificité biochimique. L’allergie appartient en réalité et malgré les apparences, au grand processus de l’immunité. Cette conception de l’allergie a permis de comprendre divers phénomène pathologiques qu’on ne savait pas jusque-là interpréter.

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D’un point de vue général, toutes ces réactions, qui peuvent avoir des conséquences pathologiques parfois graves lorsqu’elles concernent par exemples la contamination sanguine, correspondent au besoin qu’à l’organisme de préserver sa spécificité vis-à-vis de toute agression extérieure. Mais peut-être faudrait-il aller plus loin dans cette voie. Il n’est pas impossible que certaines parties de l’organisme, pour des raisons que l’on ignore, se modifient suffisamment pour s’évader de la spécificité qui est normalement leur loi ; devenues alors plus ou moins étrangères au corps qu’elles composent, elles pourraient se comporter vis-à-vis de lui comme de véritables antigènes, déclenchant une production réactionnelle d’anticorps. Mais il s’agirait ici d’une véritable guerre civile où l’organisme entre ne lutte contre une partie de lui-même et produit des anticorps dont il aura lui-même à subir les dommages. Ce n’est là encore qu’une hypothèse ; mais l’existence de maladies par auto-anticorps expliquerait certains faits pathologiques obscurs. Et il est excitant pour l’esprit de pénétrer ainsi dans les secrets les mieux cachés de la nature.

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