La révolution Pastorienne

Le grand nom de Pasteur domine de haut la renaissance médicale de la deuxième moitié du XIXè siècle. Avant lui on ne sait à peu près rien sur les origines des maladies ; lorsqu’il meurt, une grande partie de la pathologie a trouvé son explication. Pour la première fois depuis que l’homme existe, des causes précises, irréfutablement démontrées, peuvent être assignées à diverses maladies de l’homme et des animaux. Et les découvertes de Pasteur sont véritablement révolutionnaires, car elles découvrent un aspect du monde auquel on n’avait jamais sérieusement pensé. Si l’on ajoute que ces découvertes apportent avec elles de tous nouveaux moyens de traitement, on comprend qu’il n’y ait pas un nom qui mérite, plus que celui de Pasteur, l’admiration et la reconnaissance des hommes.

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C’est que Pasteur était un génie complet. Claude Bernard est surtout un admirable expérimentateur et un puissant esprit déductif poursuivant avec une logique impeccable les conséquences des faits observés. A ces qualités qu’il possède au moins au même degré, Pasteur ajoute une extraordinaire imagination créatrice qui lui fait souvent pressentir à l’avance les résultats qu’il établira ensuite avec une rigueur où ses contradicteurs ne pourront jamais trouver la moindre faille. Il possédait en outre un étonnant don visuel et il y avait chez lui, à côté du savant, un peintre dont il reste quelques essais intéressants. Même pour ses collaborateurs, Pasteur faisait un peu figure de voyant ; et Roux, qui refusa un jour de signer un mémoire sur la rage, ne le trouvant pas suffisamment démonstratif, dut bientôt reconnaître que le maître avait eu pourtant raison.

Il est intéressant de montrer par quels chemins ce Normalien de la section de physique et chimie, Pasteur, devint un maître à penser de la médecine. Les premières préoccupations de Pasteur se situaient en effet aussi loin que possible des phénomènes de la vie ; il s’agit des recherches sur les cristaux d’acide tartrique qui devaient rendre leur auteur célèbre à vingt-sept ans. Toutefois, dans ce travail consacré à la froide splendeur du règne minéral, la vie trouva moyen de se glisser par un biais inattendu. Pasteur avait montré qu’il existe deux variété d’acide tartrique, déviant la lumière polarisée, l’une vers la droite et l’autre vers la fauche, tandis qu’une troisième variété, en apparence inactive, était en réalité composée d’un mélange en partie égales des deux variétés actives qui ainsi se neutralisaient.  Dans la suite de ses recherche sil constate un jour, presque par hasard, qu’une moisissure qui se développait dans les solutions de tartrate de calcium ne s’attaquait qu’à la forme droite, laissant intacte la forme gauche. Non seulement Pasteur vit là un moyen de séparer les deux variétés de tartre, mais c’est probablement là que la notion des êtres microscopiques et de leurs actions s’imposa pour la première fois à son imagination. Dans un aussi grand cerveau la semence ainsi jetée devait être féconde.

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Consulté par des industriels lillois pour les mécomptes que leur donnait dans les sucreries le traitement des jus de betterave, Pasteur fut conduit, sans l’avoir cherché, à l’étude de la fermentation alcoolique. Il semble que le sort se soit ingénié à lui fournir le sujet de travail dont il avait besoin car ses études sur la fermentation vont l’orienter définitivement vers le monde des infiniment petits dont personne alors ne soupçonnait l’importance. On savait bien qu’il faut de la levure pour que la fermentation se réalise. Mais on considérait la levure comme un corps chimique ayant pour rôle d’amorcer la fermentation sans y prendre réellement part, de la catalyser suivant une expression créée à l’époque et qui a fait fortune.

Pasteur multiplia les expériences avec une extraordinaire ingéniosité, étudiant à côté de la fermentation alcoolique les fermentations butyrique, acétique et voyant partout le même processus fondamental. En dehors de leur immense intérêt théorique, en dehors de leurs conséquences pratiques pour la fabrication de la bière et du vin, ces travaux ont, dans l’histoire de la médecine, une autre importance encore. D’abord ils ont familiarisé Pasteur avec les micro-organismes (il reconnaissait au microscope les diverses variétés de levures avec une extraordinaire sûreté) ; ils lui ont fait imaginer, pour isoler les levures, ou pour les détruire, ou pour les cultiver, des procédés qui seront à l’origine de la future technique bactériologique ; ils lui ont appris à connaître la vie sans oxygène, certaines fermentations étant anaérobies, comme iles baptisa, par opposition aux fermentations aérobies ; ils lui ont enfin imposé la notion de spécificité dans cette action d’organismes vivants sur les processus chimiques, notion qui trouvera son plein épanouissement lorsqu’il posera les baes de la microbiologie. Ces travaux ont vu le jour entre 1854 et 1860 et dès cette époque, on peut dire que l’avenir de Pasteur était écrit au livre du destin.

Pasteur développa dans ses recherches une ingéniosité extrême, créant des techniques que les bactériologues utilisent encore aujourd’hui, étudiant le problème dans des conditions de climat e s plus diverses et jusque sur les glaciers des Alpes. Car toute sa vie, avec son étonnant mélange de rigueur déductive et d’imagination intuitive, Pasteur a multiplié les preuves de ses assertions pour les rendre inébranlables.

La controverse de la génération spontanée avait passionné non seulement les savants, mais tout le public cultivé. C’est un de ces problèmes en effet qui parce qu’ils touchent à l’origine de la vie, mettent en branle, au-delà du raisonnement, des passions et des mystiques. On a vu Grimm et Voltaire s’affronter sur cette même question et Grimm reprocher à Voltaire de ne pas croire à la génération spontanée parce qu’il était déiste.

Que les découvertes de Pasteur fussent fécondes, on devait s’en apercevoir bien vite et avant l’ère microbiologique proprement dite ; antérieurement à la médecine, elles allaient révolutionner la chirurgie. Ce sont en effet les travaux de Pasteur sur le rôle des bactéries de l’air dans les phénomènes de la putréfaction qui sont à l’origine de l’antisepsie puis de l’asepsie. Eclairé par ces travaux, le chirurgien anglais Joseph Lister entreprit à partir de 1864 de détruire par diverses substances chimiques les bactéries au niveau des plaies ; il se servait surtout d’acide phénique et prévenait ainsi dans une large mesure les terribles infections putrides qui s’opposaient à tout essor de la chirurgie. Alors que la mortalité dans les amputations atteignait 60%, Lister, de 1867 à 1869 sur quarante amputés n’en perdait que quatre. Il a toujours reconnu sa dette envers Pasteur et l’on trouve dans son Mémoire sur le principe de l’antisepsie cette phrase qui ne permet aucun doute :

« Quand les recherches de Pasteur eurent montré que l’atmosphère était sceptique, on à cause de l’oxygène ou autre constituant gazeux, mais du fait d’organismes minuscules qui s’y trouvent en suspension… j’eux l’idée qu’on pouvait éviter la décomposition des régions blessées sans supprimer l’air, en leu rappliquant comme pansement une substance capable de détruire la vie des particules flottantes« .

Pasteur étudia ensuite le charbon. Ultérieurement le grand bactériologiste allemand Koch imagina de cultiver des micro-organismes dans l’humeur aqueuse de l’œil de bœuf ou de lapin ; il put ainsi les étudier en détail, reconnaître qu’ils pouvaient se transformer en spores, les inoculer à des animaux divers chez lesquels le charbon se développait alors de façon constante.

La reconnaissance et l’isolement des principaux microbes pathogènes seront surtout l’oeuvre de la grande école bactériologique allemande formée par µRobert Koch. Ce travail s’est accompli avec une rapidité dont témoigne le tableau suivant. Cela montre bien que le difficile n’était pas de trouver les microbes, mais d’imaginer qu’ils pouvaient exister.

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Lorsque Pasteur démontrait le rôle des microbes, de nombreux médecins se refusaient à accepter cette origine extérieure de maladies considérées depuis des siècles comme nées de l’homme lui-même. C’est ainsi par exemple que Peter répondait à Pasteur « La maladie est en nous, de nous, par nous » ; et que Lefort Léon Clément, à propos de l’antisepsie listérienne, déclarait : « Je crois à l’intériorité du principe de l’infection purulente.. je repousse l’extension à la chirurgie de la théorie des germes qui proclame l’extériorité constant de ce principe« . On trouve dans ces voix un écho de l’animisme du XVIIIè siècle pour lui l’homme tombait malade en raison d’une disposition morbifique.

Il y avait donc tout de même quelque chose de vrai dans ces théories fausses, comme dans l’inflammation de Broussais. Mais ce morceau de vérité ne pouvait apparaître que sur les ruines de l’erreur où il était caché. Il en va ainsi des révolutions qui conservent souvent quelques dispositions des régimes qu’elles ont détruits. La révolution n’en était pas moins nécessaire.

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