Se mettre en état d’Anémie ou Asthénie de Ferjol

Anne-Marie présente ce que l’on appelle en médecine le syndrome de l’asthénie de Ferjol ; c’est une anémie volontairement provoquée et entretenue. Elle se saignait régulièrement se vidait de son sang, déclenchant une chute de l’hémoglobine. Tous les examens qu’on faisait faire étaient négatifs ; on ne trouvait pas la cause de son saignement.

etat-danemie

Ce son des cas psychiatriques très rares, on n’en décrit que quelques uns par an. Peut-être en existe-t-il plus et ne sont-ils pas décelés. Le but est unique : La création volontaire puis l’entretien d’une anémie dont la cause réelle sera longue à découvrir, et de ce fait entraînera des hospitalisations longues, renouvelées, des examens, des traitements, avec le plus souvent des transfusions sanguines.

On peut dire que la spécificité de ce syndrome émerge en fait de la personnalité de la malade ; ce sont toutes des femmes (il existe peu de cas touchant des hommes), la profession intervient de façon caractéristique dans la maladie puisque dans la totalité des cas, il s’agit d’activités paramédicales : infirmière, aide-soignante, religieuse soignante, laborantine, employée de pharmacie.

On peut d’ailleurs penser que ce n’est pas la profession qui favorise l’éclosion de la maladie, mais que le choix de la profession est le premier indice de la tendance pathologique qui prendra sa forme lors des saignées. Tous ces facteurs proviennent d’un même facteur primitif : une structure psychologique profondément immature, n’ayant pas abouti à une adaptation affective satisfaisante. La majorité des malades sont célibataires ; si elles ont été mariées, c’est sans succès, et l’on note des séparations des divorces, des mésententes.

Elles ne vivent que par leur travail, où on les trouve très zélées, dévouées, hyperactives jusqu’à refuser tout loisir. Elles aiment soigner mais donnent plus d’importance aux soins qu’aux malades. Leurs échanges sont assez pauvres, le dialogue n’est accepté que s’il est contrôlé par elles, elles n’expriment  aucune émotion, ne formulent pas de demande directe, manquent toujours de précision, ont le génie de la complication, le don d’égare le diagnostic, de tromper les médecins. Ces femmes pratiquent l’autospollation, c’est-à-dire une automutilisation simulant une maladie organique, dans ce cas l’anémie. Ce sont des patientes dépressives, masochistes avec une agressivité refoulée ; mais le passage à l’acte (se saigner) annule la dépression. Le sentiment habituel d’impuissance retrouvé chez les déprimés est remplacé ici par un sentiment de toute-puissance ; le jeu ave la mort est un moyen de pouvoir énorme et d’avoir ainsi des possibilités d’action sur le milieu extérieur. C’est leur ultime défense vis-à-vis de la mort ; Ce sont des femmes qui établissent un équilibre entre pulsion de vie et de mort. Si la seule pulsion de mort existe, elle peut alors aboutir au suicide. La maîtrise de ces pulsions entraîne une puissance et témoigne ainsi de la puissance du sujet vis à vis de la mort. L‘impossibilité de pouvoir vaincre leurs problèmes dissimule un souci de domination et de triomphe. Elles deviennent le chef d’orchestre de leurs symptômes.

Elles acceptent facilement les hospitalisations prolongées, les examens renouvelés. Pourtant, elles ne passent pas inaperçues et créent autour d’elles un sentiment de malaise difficile à cerner, mais qui paraît provenir d’un manque de liens affectifs, d’une attitude de dénigrement sournois auprès des autres malades.

automutilation

La recherche du bénéfice affectif secondaire à n’importe quel prix dans leur statut de malade, trouvé dans la sollicitude d’équipes soignantes même au prix de la vie, caractérise cette profonde régression névrotique ; Par un mécanisme de conversion bien classique, la malade va projeter sur son corps tous ses affects ; Les conflits qui ne peuvent être exprimés verbalement seront inconsciemment investis dans des symptômes. Cette maladie relève plus d’une simple assimilation à une forme d’hystérie ; on trouve en évidence une dimension perverse et masochiste ; on rapproche même cette maladie à l’anorexie mentale, avec la notion de conduite suicidaire ;

Le pronostic est sévère : l’anémie persiste ou récidive, les troubles psychiques s’aggravent, donnant lieu à des toxicomanies, des conduites suicidaires ou même des décès. Les traitements psychiatriques donnent des résultats assez bons, mais risquent d’être provisoires.

Plus l’intervention psychiatrique intervient tôt, pus la chance d’amélioration est importante. Il faut savoir qu’il s’écoule parfois des années, marquées d’aggravations et d’atténuations du syndrome, d’hospitalisations renouvelées avec examens, transfusions, surtout de fer. Le diagnostic est difficile, les malades étant très habiles pour manipuler les médecins. Parfois elles n’hésitent pas à se saigner dans l’artère fémorale, ce qui est encore plus difficile à déceler, et elles utilisent des anticoagulants empêchant le sang de coaguler et facilitant les saignements.

Quand l’infirmière aperçoit Anne Marie, celle-ci éprouve un malin plaisir, se sentant découverte, à prendre le verre dans lequel elle a mis son sang, à le porter à ses lèvres et à le boire. Elle voulait narguer l’infirmière, lui prouver que c’était elle la plus forte, que le sang ne lui faisait pas peur et qu’elle s’aimait. Boire son sang n’arrive que rarement chez ces personnes. Le syndrome de l’asthénie de Ferjol est donc une maladie exceptionnelle, de diagnostic difficile, que l’on peut rapprocher d’une forme de vampirisme des temps modernes.

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