Le traitement des maladies  

Le XIXè siècle se trouva devant la tâche immense de créer une vraie médecine à partir de matériaux dispersés et souvent informes. Grâce au développement des procédés d’exploration, grâce aux progrès de l’anatomie et de l’histologie pathologiques, il put rapidement mener à bien la première partie de cette tâche, individualiser les principales maladies et les reconnaitre à la fois dans leurs symptômes et dans leurs lésions. L’essentiel de ce travail fut accompli pendant la première moitié du siècle. Laennec, Corvisart, Louis, Bouillaud, Richard Bright, Addison furent les plus grands artisans de cette œuvre grandiose.

Ce travail de classification accompli, on se heurta à une nouvelle tâche infiniment plus ardue ; déterminer les causes de ces nouvelles maladies que l’on venait d’identifier. Là en effet, on se trouvait en pleine obscurité, comme un navigateur sans phares et sans constellations. Les anatomo-cliniciens du début d siècle avaient eu beaucoup à inventer, beaucoup à réformer aussi ; mais avant eux, un immense travail avait accumulé des matériaux, mal dégrossis certes, amis qui pouvaient pourtant servir à la construction de l’édifice. Tout n’était donc pas à créer et l’on savait dans quelle direction il fallait chercher son chemin.

maladies

Au contraire, en 1850, on ignorait tout de la nature et des causes des maladies. Tout le legs du passé consistait en un certain nombre d’idées fausses, de doctrines spécieuses, privées de tout avenir et incapables d’ouvrir la moindre voie. De nombreuses doctrines étaient nées à la suite des diverses philosophies et des éléments d’Hippocrate à l’animisme de Stahl ou au vitalisme de Barthez, malgré plus de vingt siècles écoulés, il n’y a eu aucun progrès réel dans la compréhension de la maladie.

Pour sortir de cette ignorance il fallait une méthode nouvelle ; car c’est avec des instruments nouveaux qu’on arrache à la nature des secrets différents. La méthode anatomo-clinique n’y pouvant suffire, on dut en imaginer une autre : ce fut la MEDECINE EXPERIMENTALE.

Les deux moitiés du XIXè siècle ont eu ainsi chacune leur tâche particulière qu’elles ont poursuivie avec des outils appropriés. Le XXè siècle y ajoutera la pharmacologie expérimentale dont le développement permettra toutes les découvertes thérapeutiques auxquels nous assistons depuis plus de cinquante ans.

La médecine expérimentale n’était pourtant pas entièrement une inconnue. Déjà Galien expérimentait sur de nombreux animaux. Le grand travail de Harvey avait une forte base expérimentale. En 1669, R.Lower établit en ligaturant les deux pneumogastriques, le rôle cardio-modérateur de ces nerfs. Pourfour du Petit montra en 1727 que la section du sympathique entre le ganglion supérieur et le ganglion inférieur entraînait un rétrécissement de la pupille ; et l’expérience joue un grand rôle dans les travaux de Haller. Dans la première moitié du XIXè siècle l’importance donnée aux recherches anatomiques et cliniques fit passer l’expérimentation au dixième plan dans les préoccupations des médecins. Toutefois, la transmission de la morve de l’animal à l’animal par Gohier en 1815 constitue bien un travail de médecine expérimentale ; il en est de même de la transmission expérimentale du charbon par inoculation réalisée au commencement du XIXè siècle par Barthélemy. On pourrait en citer bien d’autres, mais il ne s’agit là malgré tout que de tentatives isolées ; et l’expérimentation médicale n’a connu un emploi systématique et n’est devenue une véritable méthode de connaissances qu’à partir de 1850 et sous l’impulsion de deux hommes de génie : Claude Bernard et Pasteur.

medecins

Quand mourut Laennec, on refusa de le nommer professeur au Collège de France, en raison de ses opinons libérales et la chaire dut donnée à Récamier. C’est seulement après la Révolution de 1830 que Magendie entra au Collège de France ; il fit alors de la chaire de médecine une chaire de physiologie expérimentale ; c’est celle que devait après lui illustrer Claude Bernard. Magendie est ainsi le précurseur et comme le baptiste de la nouvelle discipline. Ne serait-ce que pour cela, il mériterait de n’être pas oublié. Ceux qui devaient lui donner ses lettres de noblesse, Claude Bernard et Pasteur, sont tous les deux des enfants des provinces de France, et d’origine modeste. Quand encore adolescents, ils préparaient leur future existence, ni Claude Bernard, ni Pasteur ne pensaient qu’ils seraient appelés à révolutionner la physiologie et la médecine. Pasteur voulait être professeur de physique et de chimie. Quant à Claude Bernard, ès lettres s’il vint à Paris, ce fut dans l’intention de faire jouer une tragédie en cinq actes sur Arthur de Bretagne ; mais le critique Saint Marc Girardin auquel il soumit son ouvrage, y vit peu de dispositions et lui conseilla de réserver la littérature pour ses moments perdus.

Il est impossible de passer ici toute cette œuvre en revue. Il suffit de songer à tout ce que la médecine a retiré des travaux de Claude Bernard sur le système sympathique et la vasomotricité, sur les centres nerveux régulateurs du bulbe, sur le métabolisme des sucres et sur le rôle, dans ce métabolisme, du foie, considéré pour la première fois comme un organe à sécrétion interne.

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Et puis pour la première fois aussi, un médecin consacrait toute sa vie à l’expérimentation et n’attendait que d’elle la découverte de nouvelles vérités. Claude Bernard sentit si bien ce que son existence scientifique avait à ce point de vue d’exemplaire, qu’il voulut en dégager la philosophie. Ce souci fut à l’origine, non seulement du très grand livre qu’est l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale  qu’il publia en 1865, mais de très nombreux chapitres épars dans la plupart de ses œuvres. En particulier, les Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine, parues en 1855 et consacrées à la grande découverte de la fonction glycogénique du foie, constituent comme un premier essai de l’Introduction. Impossible de résumer tout cet ouvrage…

Ecoutons une dernière fois Claude Bernard :

« La médecine expérimentale, qui est synonyme de médecine scientifique, ne pourra se constituer qu’en introduisant de plus en plus l’esprit scientifique par les médecins. La seule chose à faire pour atteindre ce but est, selon moi, de donner à la jeunesse une solide instruction physiologique expérimentale. Ce n’est pas que je veuille dire que la physiologie constitue toute la médecine, mais je veux dire que la physiologie expérimentale est la partie la plus scientifique de la médecine, et que les jeunes médecins prendront, par cette étude, des habitudes scientifiques qu’ils porteront ensuite dans l’investigation pathologique e thérapeutique. Le désir que j’exprime ici répondrait à peu près à la pensée de Laplace, à qui on demandait pourquoi il avait proposé de mettre des médecins à l’Académie des Sciences, puis la médecine n’est pas une science. C’est, répondit-il afin qu’ils se trouvent avec des savants« . Le désir de formule ici est certainement en voie de se réaliser et nul ne peut méconnaître les progrès accomplis.

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