La mesure de la Tension Artérielle

 

De même que la prise de température, la mesure de la tension artérielle a d’abord été une expérience de physiologie. Elle fut pratiquée pour la première fois par Stephen Hales. Hales n’était pas médecin ; après avoir fait ses études de théologie, il était entré dans les ordres et dirigea jusqu’à sa mort la cure d’un bourg du Middlesex. C’est pendant les loisirs que lui laissait son apostolat qu’il s’intéressa à divers problèmes de chimie et de physiologie animale et végétale. Ayant imaginé un dispositif commode pour recueillir les produits de la distillation (dispositif qui devait servir plus tard à Priestley et à Lavoisier), il étudia de nombreux gaz et observa divers faits très nouveaux pour l’époque.

mesurer-la-tension

Il remarqua notamment que l’air dans lequel un corps a brûlé diminue de volume et que le corps lui-même ne peut plus être rallumé. Il en avait conclu qu’une partie de l’air est absorbée dans les alvéoles pulmonaires et fixée sur certains éléments combustibles du sang. On voit qu’il fut assez près de découvrir le mécanisme de la respiration. C’est vraiment une expérimentation et un savant. A ce titre, il s’intéressa également aux phénomènes de la circulation et il se proposa de déterminer la pression sous laquelle le sang circulait dans les artères. Pour cela, il fit maintenir une jument couchée sur le dos et introduisit dans son artère crurale une canule communiquant avec un tube de verre vertical ; il vit alors le sang s’élever dans le tube à une hauteur d’environ deux mètres et demi au-dessus du niveau du cœur. Le résultat de ces expériences est consigné dans un ouvrage sur l’hydraulique et l’hydrostatique du sang publiée en 1744. Ce volume contient d’ailleurs d’autres observations intéressantes, notamment le fait que les injections d’eau poussées dans le système vasculaire déterminent de l’hydropisie. Hales fut ainsi un pionnier dans tout ce qui touche à la pression artérielle.

Mais ce pionnier ne devait pas être suivi de longtemps. Son expérience démontrait l’existence d’une forte pression dans les artères, elle n’en permettait pas la mesure. Il fallait pour cela remplacer le simple tube qui avait servi à Hales par un appareil manométrique et cela supposait des progrès techniques qui furent lents à se réaliser. C’est seulement en 1819 qu’apparaît le premier hémomanomètre ; c’est un manomètre à mercure avec lequel Poiseuille, entre sa sortie de Polytechnique et son entrée à la Faculté de médecine, fait de nombreuses expériences qu’il consigne dans un mémoire sur la force statique du cœur et sur l’action des artères. Poiseuille devait rester toute sa vie intéressé par ces problèmes de la circulation ; il fut suivi pas divers auteurs, notamment : Fick, Marey, Chauveau, qui utilisèrent soit le même manomètre, soit des manomètres métalliques plus sensibles et plus aptes à reproduire les variations de la tension. C’est Marey qui établit ainsi que, contrairement à ce que croyait Poiseuille, la pression dans les artères va toujours en diminuant à mesure qu’on s’éloigne du cœur.

tension

Ces travaux sont restés longtemps dans le cadre de la physique et de la physiologie. Ils permirent de mesurer la tension artérielle de nombreuses espèces animales. On vit ainsi que la tension variait chez les animaux dans des proportions assez faibles, sans rapport étroit avec la taille et le poids de l’animal. La tension est en moyenne de onze centimètre chez le cheval et de douze centimètres chez le chien, valeurs très voisines de ce qu’on trouvera plus tard chez l’homme. Dès cette époque, on constate des inégalités de pension chez divers animaux d’une même espèce et une augmentation des chiffres tensionnels avec l’âge. On peut voir là une première prise de contact avec les problèmes de l’hypertension artérielle. Ces méthodes sanglantes n’étaient évidemment pas applicables à l’homme. Tout au plus s’y risqua-t-on parfois à l’occasion d’amputation de membre, et c’est ainsi qu’en 1856 Faivre trouve chez l’homme une pression de douze centimètres de mercure dans l’artère fémoral et de onze centimètres et demi à douze centimètres dans l’artère humérale.

On était loin encore d’une utilisation clinique. Celle-ci ne devint possible que lorsqu’on eut l’idée de mesurer la tension artérielle par la contre-pression nécessaire pour faire disparaître les pulsations de l’artère. Ce procédé, imaginé en 1854 par Vierordt, ne pris d’extension que dans le dernier quart du siècle, lorsque le Viennois von Basch, à partir de 1881 et Potain en 1889 firent construire des appareils suffisamment pratiques auxquels on donna le nom qui leur est resté, de sphygmomonomètres.

potain

L’appareil de Potain, petite poire en caoutchouc reliée à un manomètre et qu’on appuyait sur l’artère radiale jusqu’à supprimer le pouls, était encore utilisé au début du XXè siècle.

 

pouls

Il ne donnait pourtant qu’une vue incomplète des phénomènes tensionnels. La tension artérielle oscille en effet constamment entre une valeur maxima ou systolique qui est liée à la contraction du coeur, et une valeur minima ou diastolique qui est liée à la tonicité de l’ensemble de l’arbre artériel dans la période de repos du cœur. Les appareils du type de celui de Potain ne peuvent mesure que la première, bien moins importante en fait à connaître que la deuxième. Avec ce renseignement incomplet il n’était pas encore possible de débrouiller l’histoire clinique de l’hypertension artérielle. Cela est si vrai que dans une œuvre aussi monumentale que le grand dictionnaire médical de Dechambre, paru en 1865 et 1890, on ne trouve aucun chapitre consacré à la maladie pourtant si fréquente et si importante qu’est l’hypertension artérielle.

Cette tâche n’est devenue possible que lorsqu’on a su mesurer la tension minima. Des travaux physiologiques ont d’abord montré qu’une artère a une force de battement maxima lorsqu’on la soumet à une pression extérieure égale à la pression minima. A ce moment en effet, les pressions sont égales de part et d’autre de la paroi artérielle et celle-ci, flottant librement, peut atteindre sa plus grande amplitude de pulsation.

Il restait à mettre en évidence cette amplitude maxima. Deux étapes ont permis d’y parvenir. D’abord en 1896 la substitution par Riva-Rocci à la poire de Potain, d’un large brassard enveloppant complètement le bras et permettant une compression homogène et sûre ; mais, même ainsi, la palpation de l’artère au-dessous du brassard permettait difficilement de déterminer le minima.

riva

Une deuxième innovation en fournit le moyen ; ce fut en 1905 l’utilisation par Kortokow de l’auscultation de l’artère à la place de sa palpation ; la détermination de la maxima par l’apparition du ton artériel et de la minima par sa plus forte intensité est devenue ainsi extrêmement aisée. Cette méthode a généralement remplacé l’appareil oscillométrique de Pachon qui permettait également une mesure de la minima ; elle a mis désormais à la portée de tous la mesure correcte de la tension artérielle et permis de fixer les traits cliniques de l’hypertension artérielle.

De Hales à Korotkow on peut regarder avec satisfaction le chemin parcouru.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s