Le dosage de la température des corps

La fièvre – ou les fièvres – furent une des grandes préoccupations des médecins grecs et romains et ce terme revient à tout instant dans leurs ouvrages. Mais, en l’absence de tout moyen de mesure, la notion de fièvre, fondée sur les sensations du malade, la chaleur de la peau, la rapidité du pouls, resta forcément assez imprécise. Seule la découverte du thermomètre devait permettre une étude plus exacte de la fièvre. Cela supposait l’existence de thermomètres portatifs et facilement utilisables ; cela supposait aussi que les médecins aient compris l’intérêt de cette méthode de mesure. Il y faudra du temps.

Le premier thermomètre à alcool construit pas Galilée vers 1612 n’était pas fait pour les médecins et le thermomètre médical qu’imagina Sanctorius en 1626 était encore trop peu pratique pour que l’usage s’en généralisât. Il faudra attendre le thermomètre à mercure de Gabriel Fahrenheit qui date d’environ 1724

thermometres

La première détermination de la température chez un être vivant fut faite au XVIIè siècle par Borelli afin de résoudre un problème de physiologie. Beaucoup de médecins de cette époque restaient attachés à la vieille doctrine qui localisait le siège du chaud dans le cœur et qui définissait la fièvre comme « une chaleur excessive née dans le coeur ». Borelli pensa qu’en prenant directement la température du cœur on résoudrait immédiatement la question.

« Pour savoir exactement le degré de chaleur du cœur dit-il, j’ai, à Pise, ouvert la poitrine d’un cerf vivant et j’y ai aussitôt introduit un thermomètre jusque dans le ventricule gauche ; je vis que le degré le plus élevé de la chaleur du cœur ne dépassait pas 40°. Et après avoir mesuré avec de semblables thermomètres le degré de chaleur du foie, des poumons et des intestins sur ce même cerf vivant, je vis que le cœur et les viscères avaient la même température. Ainsi le cœur n’est donc pas le principal foyer de la chaleur animale« .

L’expérience de Borelli n’eut pas de suites immédiates sur le plan médical. Il faut attendre le XVIIIè siècle pour que les médecins commencent à prendre la température des malades. Boerhaave paraît en avoir compris le premier intérêt, suivi par son élève Van Swieten. Le premier travail d’ensemble sur la thermométrie clinique – travail remarquable d’ailleurs – est dû à de Haen. Ce médecin hollandais, né à La Haye en 1704, fut appelé en 1774 par Marie-Thérèse à Vienne ; il y fonda la clinique médicale que devait, après lui, illustrer Stoll. Ses recherches, publiées d’abord en 1759, sont exposées dans son Traité des fièvres qui parut en 1763. La méthode ne se généralisa que lentement. Laennec dans les observations du Traité de l’Auscultation parle souvent de fièvre mais ne la chiffre jamais en degrés ; parfois même il se contente de dire que le pouls est fréquent et la peau un peu chaude.

hopital-et-temperature

Le thermomètre connut un regain de faveur lorsqu’on eut l’idée de traiter les grands états fébriles, et notamment la fièvre typhoïde, par les affusions ou les bains froids. Cette méthode date de la fin du XVIIIè siècle ; elle est due à Currie qui, pour s’assurer de l’effet de la réfrigération sur la fièvre, prenait à intervalles rapprochés la température des malades. Il publia ses observations à Liverpool en 1797 et fut suivi, dans les premières années du XIXè siècle, par Récamier, qui devait succéder à Laennec au Collège de France. Dans son service, les typhiques étaient suivis « la montre et le thermomètre à la main » (thèse de Pavet de Courteille – 1812) ; la montre était presque une nouveauté en France car on ne comptait guère le pouls à cette époque, même chez Corvisart.

A partir de 1830, la méthode se généralise dans tous les pays : en France entre les mains de Bouillaud, de Piorry, d’Andral ; en Allemagne par les travaux de Traube et surtout de Wunderlich dont le Traité de pathologie et de thérapeutique parue en 1856 a longtemps fait autorité à ce point de vue. On a dit de Wunderlich qu’avant lui la fièvre était une maladie et qu’il en avait fait un symptôme. Son thermomètre était pourtant encore bien encombrant et demandait vingt minutes pour s’équilibrer. Le modèle de nos thermomètres actuels n’a été imaginé par Allbutt qu’en 1867. Il est curieux de noter que c’est l’étude de la chaleur animale qui a conduit le médecin allemand R.J Mayer  à ses célèbres recherches sur les principes de la thermodynamique et l’équivalent mécanique de la chaleur.

Il restait à exprimer les variations thermiques par un graphique. Les feuilles de température avec leurs courbes sont familières à tous. Il est difficile de dire exactement quand elles ont pris naissance. Bouillaud n’en parle pas dans son Traité des fièvres paru en 1826. Elles figurent par contre dans le Traité de pathologie interne de Jaccoud paru en 1869, et Lorrain leur consacra une étude détaillée en 1878 dans son ouvrage sur la Température du corps humain.

La température a d’abord été prise dans l’aisselle ou plus rarement dans la bouche. Ce fut longtemps un acte médical, le médecin transportant son thermomètre et prenant lui-même la température du malade. Le thermomètre familial et la température rectale sont des habitudes qui ne datent que de la fin du XIXè siècle.

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