Découverte des maladies endocriniennes

 

Les maladies des glandes endocrines sont parmi les dernières nées de la médecine. Elles offrent en outre la particularité d’être à l’origine de toute la connaissance ultérieure de ces glandes. La médecine a ici ouvert la voie à la psychologie.

La plupart des grandes maladies ont été isolées et à peu près complètement écrites dans la première moitié du XIXè siècle. La pathologie endocrinienne ne débute qu’en 1855 avec le mémoire d’Addison sur les capsules surrénales.  On ne connaissait rien alors des surrénales, pas plus que des autres glandes endocrines. Anatomiquement, les surrénales ont été décrites pour la première fois par Eustachius en 1552 ; mais ses belles planches sont restées enfermées au Vatican et n’ont été publiées qu’en 1714 par Lancisi sur l’ordre de Clément XI. En  1611, Caspar Bartholin, qu’il ne faut pas confondre avec son fils Thomas, le célèbre anatomiste, signale les surrénales qu’il appelle capsules atrabilaires, pensant qu’elles contiennent de la bile noire, qu’elles purifieraient pour en permettre le passage par le rein ; il s’agissait bien entendu, comme pour la rate, de sang devenu noir comme on en rencontre souvent en coupant des surrénales cadavériques. Le nom de capsules suprarénales a été donné en 1629 par Riolan ; mais ces dénominations ont subi des variations et l’on a vu que le sujet mis au concours par l’Académie de Bordeaux et qui a eu Montesquieu pour rapporteur, concernait les glandes rénales.

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Les travaux ultérieurs des anatomistes et des physiologistes laissent ce sujet entièrement dans l’ombre. Encore en 1841, Magendie pouvait dire que, depuis qu’on ne croit plus à la bile noire, les surrénales ont cessé d’être des organes sécréteurs. Le mérite d’Addison n’en est que plus grand.

Le mémoire publié en 1855 et fondé sur onze observations porte le titre suivant : On the constitutional and local effects of disease of the suprarenal capsules. Addison avait alors soixante-deux ans, étant né en 1795 ; il était professeur au Guy’s Hospital comme Richard Bright et Hodgkin, et l’association de ces trois noms illustrent à jamais cette maison. On y travaillait dans le calme, presque dans le silence, et Addison n’a à son actif que quatorze publications ; il est vrai qu’elles comportent la création de l’insuffisance surrénale, la première description clinique de l’anémie pernicieuse et une étude très originale sur les accidents cérébraux de l’urémie. Addison était un dermatologue ; de ce fait, c’est la mélanodermien, la bronzed skin, qui a surtout attiré son attention et dont il fait – plus qu’on ne le pense aujourd’hui – un signe essentiel de l’insuffisance surrénale. Mais le reste de la symptomatologie ne lui échappe pas et il a le très grand mérite de rapporter ce tableau clinique à une lésion des capsules surrénales qu’il trouve altérées chez tous ses malades, trois fois par tuberculose, quatre fois par le cancer et quatre fois par des lésions qui n’avaient jamais été décrites et portant sur des glandes auxquelles personne ne prêtait attention. C’est là vraiment l’exemple le plus pur qui soit de ce que peut l’observation clinique et anatomique maniée par un homme de génie.

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Professeurs  au Guy’s Hospital

L’immense intérêt de ce travail fut d’abord méconnu. La Société de Médecine et de Chirurgie de Londres refusa d’insérer dans son bulletin les observations de malades que lui présentait Addison. C’est en France que la valeur de ce travail fut d’abord comprise, puisque dès 1856, Trousseau reprend la description de cette affection et propose le nom qui lui est resté de maladie d’Addison.

C’est en France également, et la même année, que Brown-Séquard pratique l’ablation des surrénales chez divers animaux et conclut qu’elles sont indispensables à la vie. Il ouvrait ainsi, sur les traces du médecin anglais, un nouveau chapitre de psychologie, celui des sécrétions internes ; point de départ d’innombrables travaux destinés – après des étapes qu’il est impossible de retracer ici – à renouveler toutes les connaissances sur les phénomènes de la vie et de la mort.

La connaissance de la pathologie du corps thyroïde a suivi la même évolution, mais avec un sensible retard. Cette glande a été décrite par Wharton en 1656 ; son nom lui vient du cartilage au niveau duquel elle se trouve, et qu’on a appelé cartilage thyroïde à cause de sa forme de bouclier (thuréos). Considérée d’abord comme une glande excrétrice, son caractère d’organe fermé fut établi au XVIIIè siècle par Morgagni, Haller, Lalouette. Mais, pendant plus de deux siècles, son rôle dans l’organisme a été complètement ignoré. Encore en 1887, un physiologiste comme Léon Fredericq de Liège expose les théories de l’époque qui vont de la régulation circulatoire du cerveau à un simple rôle de coussinet protecteur pour les organes du cou.

C’est la médecine qui va ouvrir la voie, non pas d’un seul coup cette fois, mais par des approches successives.

En 1825 Parry signale l’existence d’une maladie caractérisée par un goitre, une exophtalmie, une nervosité extrême, une accélération du pouls avec palpitations, conduisant à une insuffisance cardiaque mortelle. Ce sont les traits essentiels de ce qu’on appelle aujourd’hui la maladie de Basedow. Pourtant le mémoire, d’ailleurs remarquable et très complet, de Basedow n’a paru qu’en 1840 ; il est donc postérieur non seulement à la communication de Parry, mais aussi aux leçons de Graves professées en 1835. Vulgarisée en France par Charcot et par Trousseau, la nouvelle maladie fut d’abord discutée, et Bouillaud en 1860 n’y voyait qu’une réunion de symptômes sans unité. Son individualité admise, on en fit une affection du sympathique, proche des névroses, et le rôle du corps thyroïde fut longtemps considéré comme très secondaire.

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C’est la description clinique de l’insuffisance thyroïdienne qui a conduit aux premières études physiologiques de la glande. En 1873, Gull décrivait sous le nom de : état crétinoïde survenant chez la femme à l’âge adulte les principaux symptômes de l’insuffisance thyroïdienne. Ord en 1877 reprenait cette description, y ajoutait une étude histologique de la peau et, en raison de l’accumulation de mucine dans les téguments épaissis, proposait pour cette affection le nom de myxoedème qui a fait fortune. Quelques années après, en 1880, Bourneville retrouvait les symptômes du myxoedème chez quelques-uns des crétins hospitalisés à Bicêtre ; mais aucun de ces auteurs n’attribuait cet état à une altération du corps thyroïde. L’origine thyroïdienne du myxoedème fut mise en évidence par le chirurgien genevois Jacques Reverdin ; frappé des accidents qui succédaient parfois à l’ablation des goitres, il montra en 1882 et 1883, leur similitude avec les symptômes du myxoedème et ces faits furent confirmés peu après par Kocher. La notion d’insuffisance thyroïdienne était née.

L’hypophyse est connue depuis fort longtemps. Galien la décrit comme une glande et pense qu’elle sert à excréter par les fosses nasales la pituite qui vient du troisième ventricule ; on trouve un écho de cette antique conception dans le nom de glande pituitaire que l’on donne parfois à l’hypophyse. Tout le Moyen Age, et même Vésale, ont professé sur ce point la doctrine galénique.

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Descartes, cherchant le siège de l’âme, aurait pu choisir l’hypophyse et l’avenir lui aurait alors donné une manière de justification. Mais le texte du traité des passions de l’âme désigne bien l’épiphyse. C’est dit-il, « une glande for petite située au milieu de la substance du cerveau est tellement suspendue au-dessus du conduit par lequel les esprits des cavités antérieures ont communication avec ceux de la postérieure que les moindres mouvements qui sont en elles peuvent beaucoup pour changer le cours de ces esprits ». Le grand argument de Descartes, c’est que cette glande est médiane et impaire et il est difficile de résister à la tentation de citer ici son texte :

« La raison qui me persuade… est que je considère que les autres parties de notre cerveau sont toutes doubles, comme aussi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreille set enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont double s ; et que, d’autant que nous n’avons qu’une seule et simple pensée d’une même chose en même temps, il faut nécessairement qu’il y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux… se puissent assembler en une avant qu’elles parviennent à l’âme afin qu’elles ne lui représente pas deux objets au lieu d’un… ; il n’y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent être ainsi unies sinon ensuite de ce qu’elles le sont en cette glande« .

L’étude de l’hypophyse fut reprise après que Brown-Séquard eût bien établi la notion de sécrétion interne. Liégeois en 1860, puis Brown-Séquard montrent que l’hypophyse est une glande close et qu’elle offre les caractères d’une endocrine. Mais leur connaissance ne va pas plus loin et aucune des fonctions de cette glande n’est soupçonnée jusqu’à la fin du XIXè siècle.

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