Une pathologie du foie : La Cirrhose

 

Le Bassin Méditerranéen est une région où les troubles hépatiques sont fréquents. Ils n’avaient pas échappé complètement aux médecins de ces civilisations et on trouve d’Hippocrate à GALIEN diverses indications sur la souffrance du foie, indications d’ailleurs très vagues et où l’on ne peut guère reconnaître aucune affection déterminée. Erasistrate pourtant pensait que l’ascite avait pour cause une maladie du foie ; il était pour cela opposé à la ponction qui se pratiquait déjà, disant que les eaux se reproduiraient plus tard sous l’influence de la lésion hépatique. Le rôle du foie est d’ailleurs resté ignoré jusqu’à une époque très proche de nous. On sait que les Anciens, et surtout Galien, en faisaient l’organe producteur du sang et que, une fois déchu de ces hautes fonctions par les découvertes de Harvey et de ses successeurs, on a tendu à ne plus lui reconnaître que le pouvoir d’excréter la bile. Bichat soupçonne bien que le foie doit avoir d’autres fonctions – qu’il ignore d’ailleurs – mais c’est seulement parce qu’il ne conçoit pas qu’un viscère aussi volumineux que le foie ne serve pas à autre chose qu’à former la petite quantité de bile que fournissent les canaux biliaires.

cirrhose

La pathologie du foie traverse de ce fait de longues époques de silence. Les anatomo-pathologistes d’avant le XIXè siècle commencent à décrire certains aspects anormaux de l’organe, mais sans les systématiser ni les rapporter à un tableau clinique tant soit peu précis. Morgagni a vu des foies granuleux sur lesquels il n’insiste pas. Et si Portal adresse deux mémoires sur le foie à l’Académie des Sciences en 1777, si Saunders publie en 1795, un traité sur la structure, l’économie et les maladies du foie, on n’y trouve encore qu’une ébauche assez informe de ce qui sera la pathologie hépatique.

La cirrhose du foie doit son nom et son existence à Laennec, mais elle avait déjà été entrevue par Bichat. Dans le dernier cours qu’il a fait sur l’anatomie pathologique, Bichat signale que l’atrophie du foie accompagne quelque fois une ascite et surtout il décrit de façon déjà précise les granulations de ce foie. « Les granulations du foie, dit-il, se trouvent assez souvent chez des sujets hydropiques ou extrêmement maigres, mais chez lesquels il n’existe aucune désorganisation apparente. Quand on incise ce viscère, on le trouve plein d’une infinité de granulations rapprochées qui lui donnent l’aspect du granit. Cet état ne se complique jamais d’un volume extraordinaire du foie ; au contraire, il diminue et double sa densité comme sa résistance… Quelle est la   nature de ces granulations ? On ne la connaît point… on ignore également les signes qui les dénotent dans l’état de vie« .

Laennec, dans l’observation XXXV de son Traité, décrit les mêmes granulations : il est frappé de leur couleur fauve et, utilisant le mot grec kirros qui signifie roux, il donne à la lésion le nom que nous lui avons conservé. « Je crois devoir désigner cette espèce de production sous le nom de cirrhose, à cause de sa couleur. Son développent dans le foie est une des causes les plus communes de l’ascite et a cela de particulier qu’à mesure que les cirrhoses se développent, le tissu du foie est absorbé, qu’il finit souvent par disparaitre entièrement, et que dans tous les cas, un foie qui contient des cirrhoses perd de son volume au lieu de s’accroître d’autant« .

foie

On remarque que Laennec emploie son nouveau terme au pluriel. C’est qu’il ne désigne pas, dans son esprit, une maladie, mais une lésion anatomique. C’est par extension et en déformant un peu sa pensée que nous appelons cirrhose la maladie dont Laennec avait si bien défini les premiers traits anatomo-cliniques. La déformation ne s’est d’ailleurs pas arrêtée là. Comme on a appris que l’essentiel de la maladie est une prolifération du tissu conjonctif et comme par ailleurs l’étymologie du mot a cessé d’être nettement perçue, on a pris l’habitude d’appeler cirrhose la sclérose conjonctive de divers organes bien qu’il n’y persiste rien de l’aspect ni de la couleur qui furent à l’origine du mot. Laennec ne reconnaîtrait certainement pas ses enfants si on lui présentait une cirrhose du rein ou une cirrhose du poumon. Laennec a d’ailleurs fait une erreur dans l’interprétation de ses « cirrhoses » ; il y voyait un tissu étranger à l’organisme, n‘y ayant pas son homologue, comme est – pensait-il à tort – le cancer. Pour lui, les cirrhoses sont de véritables tumeurs qu’il rapproche des cancers dures que sont les squirrhes. On touche ici du doigt les limites de la méthode anatomo-clinique purement macroscopie telle qu’il la pratiquait. On sait aujourd’hui que les granulations du foie sont des ilots de tissus hépatique enserrés dans des anneaux de tissu cicatriciel rétractile. Mais pour arriver à cette connaissance, il a fallu de patientes études histologiques. Ce n’est d’ailleurs qu’avec l’aide du microscope que, dans tous les domaines, la méthode anatomo-clique a pu compléter ses conquêtes.

Cette évolution s’est, en ce qui concerne le foie, faite rapidement. Dès 1833, Kernan reconnaît la nature exacte des lésions hépatiques et le tableau histologique de la cirrhose est désormais fixé ; les travaux ultérieurs ne feront que le préciser.

Comme la néphrite, la cirrhose du foie est un syndrome anatomo-clinique, mais pas une maladie autonome. Elle peut dépendre de causes multiples ; mais sa cause essentielle est l’alcoolisme.

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