Face aux Cardiopathies

Les Anciens ont complètement ignoré la pathologie cardiaque. Ils pensaient que le cœur ne peut guère être malade. C’était pour eux un organe quasi invulnérable, le siège du chaud, gardant comme un reflet sacré du feu jadis dérobé aux dieux. Réservoir des esprits qu’il distribue par les artères, rafraîchi quand il en est besoin par les poumons, le cœur devait défier la souffrance et la maladie. Mais s’il était atteint, sa maladie était toujours mortelle. En fait on ne trouve aucune description des affections cardiaques chez les grands médecins de l’Antiquité gréco-latine. Il ne faut pas oublier d’ailleurs qu’on n’établissait pas alors de corrélation certaine entre le pouls et le cœur. La pathologie cardiaque nait chez les Arabes. Elle débute par la péricardite dont Avenzoar donne au XIIè siècle une description encore bien incomplète, mais qui établit pour la première fois l’existence des épanchements péricardiques ; du moins en médecines humaine, car GALIEN avait signalé existence possible de liquide dans le péricarde de divers animaux.

cardiopathie

Cette acquisition va rester longtemps isolée. Jusqu’à la découverte de la percussion et de l’auscultation on ne dispose d’aucun procédé d’exploration capable de renseigner sur l’état du cœur. Les principaux progrès jusqu’au XVIIIè siècle sont réalisés par les anatomistes ; à mesure que se répand la pratique des autopsies, on s’aperçoit que le cœur peut être lésé, et d’abord dans sa forme et dans son volume. A partir de la fin du XVIIè siècle on décrit de plus en plus souvent les hypertrophies et les dilatations du cœur auxquelles Guillaume Baillou donne pour la première fois le nom d’anévrismes.

En 1749, Sénac publie la première étude d’ensemble des maladies cardiaques dans son Traité de la structure du cœur. La clinique y est sommaire car on ne connaît pas encore le retentissement périphérique de l’insuffisance cardiaque et la séméiologie se borne à quelques troubles fonctionnels comme les palpitations et les crises syncopales. La partie anatomique est plus développée. On y trouve une étude sérieuse des atrophies, hypertrophies et dilatations du cœur, des indications sur les polypes déjà signalés par Malpighi et surtout sur les ossifications des valvules ce qui ouvre le chapitre si important des affections valvulaires du cœur.

Les lettres de Morgagni parues en 1761 contiennent de nombreux renseignements du même ordre et notamment la première étude de l’insuffisance aortique décrite dans es lésions et dans sa physiologie pathologique.

Le tableau si particulier de l’angine de poitrine ne pouvait pas passer inaperçu. Le deuxième comte de Clarendon dans un ouvrage de 1759 consacré à la vie de son père relate les circonstances de sa mort avec des symptômes qui évoquent l’angine de poitrine. Mais la première description clinique est due à Heberden dont les Commentaires ne furent publiés qu’en 1802, après sa mort. Et, en 1799, Jenner déclarait que la « syncope angineuse » devait être due à une maladie de l’artère coronaire.

coeur

La découverte de la percussion et surtout de l’auscultation marque pour la pathologie cardiaque le début d’une ère nouvelle car on possède désormais les moyens de reconnaître sur le sujet vivant les lésions et les troubles du cœur. Et ainsi, près de sept siècles après la première mention des péricardites, on va pouvoir décrie les endocardites, surtout dans leur forme chronique, les affections valvulaires.

Le premier pas dans cette voie est fait par Corvisart qui publie en 1806 son Essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur et des vaisseaux. Corvisart a beaucoup pratiqué la percussion puisqu’il a traduit et enrichi de ses propres observations le travail d’Auenbrugger. Mais il ignore l’auscultation et reste, de ce fait plus un anatomiste qu’un clinicien. Il décrit remarquablement les diverses lésions du cœur, établit les rapports entre son hypertrophie et les altérations des valvules et fait rentrer ces divers troubles anatomiques dans le cadre de la pathologie générale. La palpation lui révèle une sensation anormale, à laquelle LAENNEC donnera le nom de frémissement cataire, et qu’il considère comme un signe de l’ossification des valvules du cœur, en particulier de la mitrale ; première contribution à la séméiologie du rétrécissement mitral. La percussion lui fait porter le diagnostic clinique de péricardite ou d’hypertrophie cardiaque. Ce sont là de grands mérites, mais qui ne permettent pas encore d’identifier les diverses affections cardiaques, la seule percussion ne faisant reconnaître avec certitude que la péricardite.

L’auscultation va faire de nouveaux progrès. La troisième partie du Traité de l’auscultation médiate est consacrée au cœur et aux vaisseaux. Laennec, travaillant sur une matière entièrement neuve, n’y arrive qu’à des conclusions imparfaites. Il décrit avec beaucoup de précision les bruits du cœur, mais les attribue plus à la contraction des ventricules et des oreillettes qu’à la fermeture des diverses valvules et il pense que ces bruits doivent être d’autant plus forts que les parois cardiaques sont plus minces. Il introduit le premier, la notion des souffles cardiaques, qu’il appelle bruits de soufflet ; mais ne distinguant pas les souffles organiques des inorganiques, et attribuant ces souffles à la contraction du myocarde et non pas au passage du sang à travers les valvules altérées, il voit mal leur importance décisive dans le diagnostic des affections valvulaires. Ce sera l’œuvre de deux autres grands médecins.

Corrigan en 1832 identifie définitivement l’insuffisance aortique et en décrit complètement les symptômes et les lésions.

Bouillaud à partir de 1835 fait la même démonstration pour l’insuffisance et le rétrécissement mitral ; il a en outre le mérite d’avoir établi le rôle que joue le rhumatisme articulaire aigu dans l’apparition des lésions mitrales, rôle qui avait été déjà soupçonné par James Johnson, et peut être, antérieurement pas Baillie et par Odier, le médecin genevois qui a tant fait pour la vaccination jennérienne. Bouillaud a également contribué au diagnostic des péricardites en décrivant le frottement péricardique ; ce symptôme auscultatoire avait été signalé en 1824 par un chef de clinique de Laennec, Collin, mais les grands médecins de l’époque, Andral et Louis notamment, en avaient méconnu l’intérêt.

A l’époque où l’on est parvenu, on a appris à connaître le retentissement périphérique des affections cardiaques. Le terme, si usuel actuellement, d’asystolie est plus tardif puisqu’il n’a été forgé par Beau qu’en 1855. Mais on trouve déjà dans Laennec une admirable description du cardiaque avancé. « Incapable de supporter le positon horizontale, le malade, assis plutôt que couché dans son lit, la tête penchée sur sa poitrine ou renversée sur ses oreillers, conserve jour et nuit cette positon ; la face, plus ou moins bouffie, quelquefois très pâle présent le plus souvent une teinte violette foncée, tantôt diffuse, tantôt bornée aux pommettes. Les lèvres, gonflées et proéminentes à la manière de celles des Noirs présentent cette lividité d’une manière plus intense encore ; elles l’offrent même souvent lorsque le reste de la face est tout à fait pâle. Les extrémités inférieures sont oedémateuses ; le scrotum ou la vulve, les téguments du tronc, les bras et la face même, sont successivement envahies par l’infiltration. L’exhalation augmente également, ou l’absorption diminue dans les membranes séreuses ; de là l’ascite, l’hydrothorax et l’hydropéricarde, qui accompagnent les altérations organiques du cœur plus souvent qu’aucune autre maladie ».

cardio-de-lhistoire

Il restait donc à décrire les maladies du muscle cardiaque lui-même, le myocarde. Il faudra attendre assez longtemps car ici, les procédés cliniques d’exploration renseignent peu. Si la percussion permet de reconnaître la péricardite, et l’auscultation des lésions valvulaires, ces deux méthodes même réunies, ne donnent guère d’indications sur l’état du muscle cardiaque. La première description véritable en a été faite par Traube en 1859, et c’est Potain qui a repris et complété sa description en 1875 et mis en évidence le sens du brut de galop du cœur. De même, aux autopsies, la lésion myocardique n’apparaît pas avec évidence comme celle du péricarde ou des valvules. Laennec et Louis décrivent bien ce qu’ils appellent le ramollissement du cœur, mais cet aspect purement macroscopique ne leur permet pas de conclusions précises.

C’est seulement dans la deuxième moitié du XIXè siècle que les recherches microscopies vont éclairer la question. A partir de 1852, Virchow étudie les lésions de la fibre myocardique ; et ce n’est qu’autour de 1880 qu’on commence à connaître et à interpréter correctement la sclérose du cœur (Letulle, Lancereaux). C’est seulement quand on aura compris le rôle des troubles de l’irrigation cardiaque, c’est surtout quand auront apparu de nouvelles méthodes d’exploration et notamment l’électrocardiographie, que la pathologie du muscle cardiaque sera véritablement élucidée. La connaissance de l’infarctus du myocarde qui, à juste titre, apparaît si importante aujourd’hui, représente le dernier terme de cette histoire des cardiopathies.

Laennec est le créateur de la pathologie pulmonaire et i l’a fait sortir d’à peu près rien. On a confondu, lorsqu’on lit son Traité, de la somme de connaissances ainsi apportées en si peu de temps, des connaissances auxquelles, sur la plupart des points, on n’a eu rien ou presque rien à ajouter.

La description de la pleurésie n’est pas moins parfaite. Aujourd’hui encore, lorsque les étudiant en médecine apprennent à examiner les malades atteints d’affections pleuropulmonaires, on ne leur enseigne pas autre chose que ce qu’a découvert Laennec. La pneumonie a connu, après Laennec, quelques vicissitudes qui ressemblent à celles de la tuberculose et qui témoignent de la même évolution des esprits. Laennec en avait fait une entité morbide particulière et cette conception se heurta ici encore à l’opposition de Broussais, adversaire déclaré de tout ce qui risquait de démembrer l’irritation au profit de diverses maladies autonomes.

L’histoire de la pathologie pulmonaire suit ainsi la même courbe que celle des autres chapitres de la pathologie. Ici aussi l’isolement des entités morbides a conduit à la découverte de leurs causes, puis à la découverte de leurs remèdes. Aujourd’hui, les infections aigues du poumon qui ont été, pendant si longtemps et à tous les âges de la vie, une importante cause de mortalité, jouent dans les statistiques un rôle qui se réduit d’année en année.

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