Quelques traces des Fièvres Eruptives

Les fièvres éruptives (variole, scarlatine, rougeole) n’étaient caractérisées que par leurs symptômes, puisqu’elles ne présentent pas de lésions élémentaires caractéristiques et que l’on ne connaissait alors pas les microbes ou virus qui en sont la cause.

Aujourd’hui forcément, on connait leur agent causal, mais avant cette découverte, leur  identification ne pouvait donc se faire qu’avec les moyens encore médiocres que possédaient les médecins d’autrefois. Elles existent probablement depuis très longtemps et la variole tout au moins était certainement connue en Chine et aux Indes depuis une haute antiquité. La médecine occidentale a toutefois été longue à distinguer les unes des autres les diverses fièvres éruptives. On n’en trouve des descriptions reconnaissables ni dans Hippocrate, ni dans Celse, ni dans Galien.

fievres

La variole est la première à émerger. On la voit signalée pour la première fois à la fin du VIè siècle dans la chronique de Marius, évêque d’Avenches, qui dit que l’Italie et la Gaule ont été désolées par une maladie « cum profluvio ventris et variolis » ; le pluriel variolis paraît désigner les éléments éruptifs que le peuple appelait jusque-là corales. Grégoire de Tours donne quelques indications sur une épidémie qui dut être redoutable puisque Frédégonde, dont les fils furent atteints et qui n’avais peut-être pas la conscience très tranquille, ne trouve dit-on, d’autre moyen d’apaiser le ciel que de déchirer les registres du fisc. Mais la véritable identification de la variole ne fut faite que quelques siècles plus tard par Rhazès.

Le médecin arabe en donne une description clinique remarquable à laquelle Avicenne et Constantin l’Africain n’ajoutèrent pas grand-chose, et il la sépare nettement des autres fièvres éruptives. La variole est ainsi une des premières maladies à avoir reçu une individualité et un nom destiné à traverser les siècles. Bien des travaux lui ont été consacrés depuis ; parmi eux, il faut citer surtout ceux de Baillou pendant l’épidémie de 1573 à Paris, ceux de Sydenham et de Morton. Mais ce ne sont que des perfectionnements apportés à un édifice dont tout l’essentiel avait déjà été construit.

Il fallut plus longtemps pour séparer la rougeole et la scarlatine. Rhazès avait commencé à individualiser la rougeole et, au milieu du XIè siècle, Constantin l’Africain la décrivit sous le nom de morbilli, diminutif de morbus (maladie) qu’on employait alors fréquemment pour désigner la peste ; cette dénomination a laissé des traces dans notre nosographie où l’éruption de la rougeole est souvent qualifiée de morbilleuse.

La scarlatine est signalée sensiblement plus tard, en 1553, par Ingrassia un médecin napolitain qui lui donne le nom de rossania. Il déclare que la plupart des auteurs pensent que morbilli et rossania sont la même maladie, mais lui, les croit différentes. Peu après, en France, Jean Coyttar décrit également la scarlatine, mais sous le nom de fièvre pourprée épidémique et contagieuse. En 1641, à propos d’une épidémie survenue à Wittemberg, Sennert insiste sur les complications de la maladie, notamment les grands oedèmes dont il ne connaît d’ailleurs pas l’origine rénale. Toutefois l’identité des deux maladies est encore souvent soutenue et c’est Syndenham qui les distingue définitivement, en même temps qu’il donne à la scarlatine le nom sous lequel nous la désignons encore.

Les fièvres éruptives présentent ainsi la particularité d’avoir été parmi les premières conquêtes de la nosologie. Leurs individualisation est antérieure à la méthode anatomo-clinique et à l’essor de la machine scientifique. Celles-ci vont toutefois permettre d’en comprendre les complications, notamment la broncho-pneumonie de la rougeole et la néphrite de la scarlatine.

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