L’apparition de la Fièvre Typhoïde

La fièvre typhoïde existe vraisemblablement depuis des temps très reculés. Mais comme sa symptomatologie apparente est pauvre puisqu’elle se résume en une fièvre continue accompagnée de diarrhée, elle a été très longtemps confondue avec des affections plus ou moins voisines, notamment le typhus, le paludisme et la dysenterie. Les grands médecins de l’Antiquité n’ont donné aucune description où l’on puisse reconnaitre, même approximativement, son visage.

typhoide

Au Moyen Age et pendant la Renaissance, on ne fait aucun progrès notable ; on y trouve décrits sous des noms variés, des états fébrile set intestinaux dont il est impossible de préciser la nature ; on ne sait pas ce qu’étaient exactement les fièvres malignes, les fièvres pestilentes, les fièvres épidémiques, la putrida maligna que l’on distinguait de la synoque putride, la fièvre bilieuse ou la fièvre glutineuse. Cela tient à ce qu’une description purement symptomatiques était incapable de caractériser la maladie d’une façon suffisamment précise. Il fallait y ajouter les lésions si caractéristiques de la fièvre typhoïde que sont l’inflammation et les ulcérations des plaques de Peyer de l’iléon. L’autopsie apparaît ici encore comme l’auxiliaire indispensable de l’examen clinique.

Ces lésions ont été décrites avec beaucoup d’exactitude par Morgagni ; mais peut-être parce que ce grand anatomiste n’était pas suffisamment clinicien, il les attribua à la dysenterie. Elles sont ensuite signalées à diverses reprises avec plus ou moins d’insistance, notamment au cours de l’épidémie de Goettingen en 1762 que Roederer et Wagler décrivent sous la dénomination de Morbus mucosus, d’où est venu le nom de fièvre muqueuse sous lequel on a jusqu’à une époque très proche de nous, souvent désigné la fièvre typhoïde. Un pas important est fait par Prost en 1804 dans un livre dont le titre annonce déjà la méthode anatomo-clinique : Médecine éclairée par l’observation et l’ouverture des corps. C’est l’époque où les états fébriles continus étaient classés en trois grands types, les fièvres ataxiques, adynamiques et muqueuses. Prost montre que dans la plupart d’entre elles, et malgré leurs différences symptomatiques, on retrouve les lésions si particulières de l’intestin qu’avait vues Morgagni. C’était un premier pas vers l’Unicité de la fièvre typhoïde ; mais cette conception fut combattue par Broussais et, en 1814 ; Petit et Serres augmentaient encore la confusion en ajoutant aux trois grands types jusque-là admis, une quatrième variété, la fièvre entéromésentérique où se reconnaît d’ailleurs aisément notre fièvre typhoïde.

fievres

Le progrès décisif devait être accompli par Louis qui, après de longues recherches, publia en 1829 son admirable ouvrage : Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la maladie connue sous les noms de gastro-entérite, fièvre putride, adynamique, etc… Les signes et les lésions y sont décrits avec tant de précision, les preuves de la spécificité de l’affection y sont si convaincantes qu’à partir de cette date la maladie a définitivement acquis droit de cité. Louis insiste sur la valeur des lésions intestinales dans des termes qui montrent bien à quel point l’évolution des idées se faisait pour la typhoïde dans le même sens où nous l’avons vue se faire pour la tuberculose : « La lésion profonde et spéciale des plaques elliptiques de l’intestin grêle doit être considérée non seulement comme propre aux maladies typhoïdes mais comme en formant le caractère anatomique, ainsi que les tubercules forment celui de la phtisie ».

C’est également Louis qui a donné à la maladie son nom moderne de fièvre typhoïde tiré du grec tuphos, qui désigne l’extrême torpeur où se trouvent habituellement les malades. Ce nom n’était d’ailleurs pas très bien choisi en raison de la confusion qu’il risquait d’établir avec le typhus. L’identité de la fièvre typhoïde et du typhus fut en effet pendant quelque temps soutenue surtout en Allemagne, et en 1837 l’Académie de médecine de Paris partageait son prix entre deux mémoires défendant chacun sur ce point une thèse opposée, mais les lésions intestinales caractéristiques n’existent pas dans le typhus et même avant la période bactériologique, la distinction des deux maladies fut établie surtout par les médecins anglais entre 1830 et 1850.

En France, Valleix fit en 1839, triompher la même doctrine. Comme pour la tuberculose, les recherches sur la fièvre typhoïde trouvent leur couronnement dans la découverte du microbe causal. Cette découverte a été faite par Eberth en 1880 après que Budd eut montré que la maladie était contagieuse par l’intermédiaire des matières fécales.

 fievre-typhoide

Cette histoire se complète par le développement de nouvelles méthodes d’exploration (séro-diagnostic de Widal, hémocultures) ; elle s’achève avec la période thérapeutique du XXè siècle qui a fait de faire disparaître une des grandes maladies dont l’homme ait souffert tout au long de son histoire.

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