L’apparition de la Tuberculose

L’aspect des tuberculeux pulmonaires a frappé les médecins depuis des temps très anciens. Dans les écrits hippocratiques on trouve décrits, sous le nom de Phthisis, les principaux symptômes apparents de la maladie : la toux, l’expectoration, l’hémoptysie, l’évolution progressive avec des poussées fébriles, les transpirations, les troubles intestinaux, le grand amaigrissement et la mort habituelle. L’amaigrissement progressif paraît avoir surtout frappé les médecins grecs ; il est à l’origine du nom de la maladie qui dérive du verbe phthimien, dépérir. Hippocrate savait déjà que la maladie est plus fréquente chez les sujets jeunes et il avait entrevu l’influence possible des constituions et des tempéraments.

tuberculose

Il a décrit aussi l’hypertrophie et l’incurvation des ongles et cet aspect mérite justement le nom de doigt hippocratique qu’on lui a conservé, bien qu’il soit moins fréquent dans la tuberculose que dans d’autres affections chronique du poumon.

Cette description est, à certains points de vue, remarquable, mais ne tenant compte que de la toux, de l’expectoration et des symptômes généraux, elle confondait forcément avec la tuberculose diverses autres affections pleuro-pulmonaires, et notamment les abcès du poumon, les pleurésies purulente s, les cancers du poumon.

Les Anciens ignoraient complètement ce que pouvait être les lésions de la tuberculose pulmonaire. Pour Hippocrate, la phthisis résultait de la cute dans le poumon de la pituite ou de la bile ; elles s’y collectaient en formant d’abord une masse crue ou phuma qui ensuite se putréfiait et se transformait en pus.

Tous les successeurs d’Hippocrate, Celse, Arétée, Galien, professent la même doctrine et décrivent le même tableau. C’est le tableau purement clinique et purement fonctionnel des affections pulmonaires chroniques, à un stade avancé de leur évolution. Et c’est ce qu’a représenté bien longtemps le terme phtisie. Un phtisique, ou encore un poitrinaire, c’est quelqu’un qui s’en va de la poitrine avec tout ce que ces dénominations on de vague et de purement symptomatique. C’est peu à peu, et avec le progrès de nos connaissances que le mot de phtisie, qui n’évoque que la consomption, s’est effacé devant celui de tuberculose qui dépend d’une lésion spécifique ; mais cette évolution a été lente. Laennec   parle constamment de tubercules et de matière tuberculeuse, mais la maladie est toujours pour lui la phtisie. Virchow parait avoir été vers 1850, un des premiers à utiliser couramment le mot de tuberculose, amis dans le dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre, des hommes aussi éminents que Grancher et Hutinel étudient encore en 1887 la maladie tuberculeuse à l’article phtisie.

Le mot de tuberculose est lié à l’évolution anatomique de la maladie. La lésion initiale est en effet constituée par les masses blanchâtres arrondies, d’abord dures, puis qui se ramollissent et s’évacuent en formant les cavernes. A ces nodules on a donné le nom de tubercule set ils ont baptisé l’affection.

Il faut attendre le XVIIè siècle pour voir commencer l’étude anatomique de la phtisie. La première description des tubercules est donnée par Sylvius qui n’y voit qu’une des causes de l’ulcère du poumon, à côté de la péripneumonie, du catarrhe aigu et chronique et de la pleurésie purulente. On est encore loin de la notion de spécificité. Et cette notion commence à apparaître avec les travaux de Morton (1689) qui, non seulement décrit avec beaucoup d’exactitude les tubercules, mais en fait l’élément anatomique essentiel de la phtisie. A vrai dire, Morton décrit jusqu’à quatorze espèces de phtisies, avec des causes aussi différentes que l’asthme, la mélancolie ou le scrofule.

maladie-tuberculose

Laennec commence par faire l’analyse des lésions, plus complètement qu’on ne l’avait fait avant lui. Il distingue les tubercules isolés et les infiltrations tuberculeuses. Mais il affirme que toutes ces lésions ne sont que les aspects divers d’un même processus fondamental et il s’élève en particulier contre l’opinion de Bayle qui regardait les granulations miliaires comme une production différente des tubercules. Il défend la spécificité de la phtisie tuberculeuse et se refuse à admettre les diverses variétés de Bayle. Il déclare également que les tubercules ne sont pas les conséquences d’une pneumonie, ni d’un catarrhe, s’élevant à cette occasion contre l’opinion populaire « qui veut qu’un catarrhe mal traité ou négligé dégénère fréquemment en phtisie pulmonaire« .

Au XVIIIè siècle, en Provence, on marquait le linge et le couvert des phtisiques et après leur mort, on nettoyait à fond leur chambre et leur mobilier et on brûlait leur linge. Un édit promulgué à Naples en 1782 ordonne même l’isolement des phtisiques et leur déclaration par les médecins. Laennec s’élève contre ces opinions : « La phtisie tuberculeuse, dit-il, a longtemps passé pour être contagieuse et elle passe encore pour telle aux yeux du peuple, des magistrats et de quelques médecins… En France, au moins, il ne paraît pas qu’elle le soit. On voit souvent, chez les personnes qui ont peu d’aisance, une famille nombreuses coucher dans la même chambre qu’un phtisique, un mari partager jusqu’au dernier moment le lit de sa femme phtisique, sans que la maladie se communique ».

Il introduit toutefois une réserve sous la forme suivante : « Beaucoup de faits d’ailleurs prouvent qu’une maladie qui n’est pas habituellement contagieuse peut le devenir dans certaines circonstances ». Laennec, par contre, croît à l’influence de l’hérédité, du moins sur la constitution. Le dernier ouvrage de Virchow sur cette question date de 1865.

lumiere

Entre temps, un fait d’une importance capitale s’était produit. Villemin en 1865 avait prouvé que le tubercule était inoculable à l’animal, démontrant ainsi, au moins par voie indirecte, sa nature parasitaire. Cette grande découverte, d’abord vivement combattue, fut confirmée par une Commission d’étude nommée par l’Académie de Médecine qui montra en même temps que la matière caséeuse était inoculable au même titre que le tubercule. Devant ces preuves décisives, la tuberculose prit définitivement figure de maladie parasitaire, spécifique, une dans ses diverses manifestations anatomiques et cliniques. La découverte du bacille causal par Rober Koch en 1882 met un point final à cette histoire.

La tuberculose a ainsi achevé son voyage et un voyage bien instructif. Au début du XIXè siècle on n’en savait, à son sujet, guère plus long qu’à l’époque d’Hippocrate. Dès que la médecine entre dans les voies scientifiques, elle marche à pas de géant : le grand livre de Laennec a paru en 1819, la communication de Koch à la Société de Physiologie de Berlin est du 10 avril 1882 ; en ces deux tiers de siècle la tuberculose jusque-là véritable terra incognita, comme toutes les autres maladies, est définitivement identifiée par ses symptômes, dans ses formes cliniques, dans l’aspect et la nature de ses lésions et enfin dans sa cause. Il ne reste plus qu’à guérir ; ce sera l’œuvre du XXè siècle. Et lorsqu’on célébrera le 200è anniversaire du Traité de l’auscultation médiate on doit espérer que la maladie redoutable que fut la tuberculose ne sera plus qu’un souvenir.

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