Un déni de grossesse

 

Isabelle a présenté un cas de déni de grossesse. Comment aujourd’hui  est-ce possible, pour une femme d’un bon niveau culturel, de ne pas s’apercevoir qu’elle est enceinte ? Cela semble incroyable, aberrant, impossible ; et pourtant l’histoire d’Isabelle est véridique, et elle n’est pas la seule à avoir vécu cette incroyable histoire.

Isabelle ne s’était pas inquiétée outre mesure de son absence de règles ; elle était mal réglée depuis des années, et elle ne voyait jamais le médecin.

Sa prise de poids a été modérée, 6 kilos semble-t-il , et ce n’était pas la première fois qu’elle grossissait. Elle avait l’habitude de prendre du poids et d’en reperdre quelque temps après. Mais comment ne pas se rendre compte des modifications de son corps, des troubles habituels de la grossesse, des mouvements du bébé, comment en arriver à nier tous ces signes.

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Nous sommes en présence d’une femme au passé chargé de douleurs, de problèmes qu’elle n’a jamais réussi à extérioriser. On retrouve d’ailleurs souvent, chez ces femmes, un long passé d’auto-dépréciation à tonalité haineuse (je ne m’aime pas, je suis moche…). La sexualité ne compte pas, Isabelle semble avoir des réactions très étranges vis à vis des hommes.

La maternité est un bouleversement physique et psycho-affectif, étape de crise comparable à la période de l’adolescence. Elle remanie le corps, la vie de la femme en fonction de son identification maternelle. Dans le cas d’un déni de grossesse, il y a échec dans cette rencontre fusionnelle, il y a difficulté à devenir mère. Il s’établit un mécanisme de refus, un refus pour le sujet de reconnaître la réalité, la femme s’enferme dans un acte anti-maternel.  Comment Isabelle en est-elle arrivée là ?

Il s’est produit dans l’enfance un événement qui l’a profondément bouleversée, traumatisée et bloquée. Sa maturité mentale ne s’est pas développée. Elle est restée une enfant. C’est pour cette raison qu’elle ne réagit pas quand un homme la caresse, et mêle la pénètre. Elle redevient une enfant à qui l’on donne une caresse. Il y a donc eu blocage, dû à l’intrusion de la problématique sexuelle de ses parents à un moment où elle n’était pas mûre pour comprendre. Isabelle a été traumatisée par les comportements sexuels de ses parents ; elle a été témoin auditif de leurs ébats, une simple cloison les séparait et Isabelle entendait les râles et soupirs violents de ses parents, et surtout s amère qui semblait crier très fort. Elle n’en a jamais parlé, mais elle a été marquée à vie.

Isabelle, comme beaucoup des femmes qui ont vécu un tel événement, est issue d’une famille où la communication n’existait pas, où seul le silence était présent, où l’ignorance de la sexualité et la méconnaissance du corps de l’enfant étaient totales. Isabelle n’a jamais découvert son corps de femme, sa sexualité, et l’on comprend mieux alors pourquoi une modification de son corps pendant la grossesse n’a pas été intégrée.

La relation avec la mère est aussi capitale. Les conflits sont nombreux, la mère possessive, castratrice, la reléguant à l’état de petite fille, la rendant aussi incapable de se prendre en charge. La dépendance par rapport à la mère est importante. Elle ne veut pas s’opposer, se heurter à sa mère qui la couve comme un enfant. Et puis il y a l’acte sexuel à l’origine de l’enfant qui va être nié également ; la jouissance est niée, l’enfant est impensable car n’est investi que comme enfant preuve de plaisir sexuel. Il faut nier l’origine sexuelle de l’enfant, car elle est associée à un vécu impensable de l’enfance, rappelant une rupture dans le passé par l’intrusion de la sexualité des adultes. Il faut prendre en charge le pus rapidement ces femmes, ce qui s’est passé pour Isabelle, car il y a des risques importants pour l’enfant et pour elle, pouvant aboutir à la mort ou à l’abandon.

Isabelle a été abusée, complètement passive, après avoir nié l’existence de son corps, de son sexe et de son potentiel fécondant.

Répétons une fois encore qu’il faut diagnostiquer le plus tôt possible le déni de grossesse, car les risques sont très graves pour l’enfant à naître. Isabelle a accepté une prise en charge immédiate avec l’aide d’un psychiatre, qu’elle voit toutes les semaines ; l’évolution semble satisfaisante, mais il faudra la suivre des années, ainsi que son enfant.

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