Utilisation des végétaux en Médecine

 

Le XVIIè et surtout le XVIIIè siècles utilisèrent en thérapeutique bien des plantes qui servent encore aujourd’hui. L’opium, connu depuis longtemps et dont se servait Paracelse, fut surtout étudié par Sydenham qui donna la formule du laudanum. Parmi les plantes étudiées alors, il faut citer entre beaucoup d’autres, l’arnica, la valériane, la datura, l’aconit, la scille, la colchique, la belladone, la digitale.

Cette remarquable utilisation des végétaux doit certainement beaucoup aux progrès d e la botanique ; on aura une idée de son importance en constatant que le grand traité de matière médicale de Murray, l’Apparatus medicaminium est gros de six volumes parus entre 1776 et 1792. Ainsi, par un curieux paradoxe, la pharmacologie classique trouve son origine dans une époque où la médecine proprement dite errait encore dans les ténèbres.

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En même temps, la thérapeutique du XVIIIè siècle devient plus humaine et abandonne quelques-uns des excès du siècle précédent. Sous Louis XV on purge e ton saigne moins que sous Louis XIV et il faudra l’esprit systématique et passionné de Broussais pour rendre à la saignée une faveur passagère. Sous l’influence peut-être des idées de Rousseau, qui professait que tout ce qui vient de la nature est bon, le médecin se fait plus naturiste, contrarie moins les évolutions spontanées, revenant à cela à une idée fondamentale d’Hippocrate, et se préoccupe davantage d’hygiène. Les stations thermales sont de plus en plus fréquentées ; non pas qu’on les découvre, puisque la plupart étaient connues depuis l’Antiquité et que Montaigne se targuait d’avoir utilisé presque tous les bains de l’Europe, mais à la croyance un peu magique à la vertu des sources, se substitue peu à peu une étude plus précise de la composition et des propriétés des eaux. Hoffmann, le professeur de Hall (1660-1742) a fait l’analyse de plusieurs sources minérales et dans la seconde moitié du siècle, une analyse de toutes les eaux thermales françaises est entreprise sous la direction de Bayen et de Venel. Malgré tant de progrès indéniables dans tant de directions, il ne faudrait pas croire que la médecine de soins fut devenue efficace.

Comme on ne connaissait rien des malades, sinon les idées fausses qu’on s’en faisait, on appliquait les remèdes sans clairvoyance et par pur empirisme. Seuls le mercure et le quinquina sont considérés par Barthez comme des remèdes spécifiques. Ce qu’on sait de la pratique des médecins les plus réputés, comme Bordeu ou comme Tronchin, dont on possède plusieurs cahiers de consultations, est d’une bien grande pauvreté. On pourrait se référer à de nombreux exemples qui ne manquent pas de pittoresque ; il suffira d’un ou deux.

Le père de Diderot tomba un jour malade à Langres d’une « hydropisie de poitrine ». Diderot lié avec toute la société savante de l’époque, ne manqua pas de demander conseil à un médecin sérieux. Or voici ce qu’écrit après cette consultation Mme Diderot :

Nous avons consulté pour l’incommodité de mon père et voici ce qu’on ordonne. Il prendra son café à jeun. Le jour qu’il fait maigre, on lui fera de la soupe aux lentilles et, après des lentilles fricassées ; une autre fois de la soupe à la purée et aune autre fois des haricots, mais modérément et en commençant par lui accoutumer petit à petit ; et en un mot, il faut lui faire manger toutes sortes de légumes venteux afin de lui attirer tous les vents qu’il a dans la poitrine par en bas. Dans sa soupe grasse on peut y mêler un peu de purée de lentilles et l’on prétend que cela le soulagera.

Voici encore l’avis de Bordeu et Petit, appelés en consultation auprès de Mme Legendre, la sœur de Sophie Volland, atteinte de congestion pulmonaire après un érysipèle. Les consultants concluent qu’il est de toute urgence de rappeler l’humeur à la peau et de lui ouvrir toutes les portes, celles de  la transpiration, celles des urines, celles des selles et même de lui en former une artificielle au bras à l’aide de vésicatoires.

On est encore bien près des médecins de Molière !

D’ailleurs, à côté des remèdes d’avenir, on emploie pèle-mêle les drogues dont la pensée fait aujourd’hui sourire, quand elle ne soulève pas le cœur. Les toiles d’araignée, le bouillon de vipère étaient parfois sérieusement employés quand ce n’était pas l’infusion de vers de fumier ou de fiente d’oie ayant mangé de l’herbe au printemps. Les choses n’on pas marché vite depuis les crottes de ra dont se moquait Montaigne pour le traitement des coliques néphrétiques.

Dans la société aussi, il y a quelque chose de changé. Signe nouveau, le public cultivé commence au XVIIIè siècle à s’intéresser à la science et à la médecine. Sous Louis XIV, tout est centré sur la Cour et à peu d’exceptions près, les courtisans se préoccupent d’autre chose que du savoir et du travail de l’esprit. Mais au siècle suivant, naît une nouvelle classe qui va jouer un rôle toujours plus grand dans la vie intellectuelle du pays. Ce n’est plus Versailles, ce sont les salons parisiens qui deviennent le centre de l’activité des esprits. Dans ce mouvement de libération et de curiosité générale, la connaissance de l’homme, sain ou malade, ne sera pas oubliée. C’est ainsi que l’on trouve un de nos plus grands écrivains curieusement mêlé à des problèmes médicaux. Il est bien intéressant que cet écrivain soit Montesquieu qui, dès la mort de Louis XIV, a donné le signal de la libération des esprits dans ses admirables Lettres Persanes, parues en 1721 et qui marquent la première affirmation en France d’une pensée libre. Montesquieu faisait partie de l’Académie des Lettre et Sciences de Bordeaux ; celle-ci ayant proposé en 1718 comme sujet de concours l’usage des glandes rénales (aujourd’hui surrénales), Montesquieu fut nommé rapporteur et chargé d’analyser les mémoires. Ceux-ci sont dénues de out intérêt et n’énoncent que des hypothèses gratuites sans aucune tentative de vérification expérimentale. Montesquieu conclut très sagement à ne pas donner le prix, et il acquiert ainsi une priorité imprévue dans l’histoire endocrinologique.

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Plus on avance dans le siècle, plus cette curiosité devient compréhensive, plus le médecin gagne en considération et en influence. Un petit fait pittoresque en témoigne : sous Louis XVI la médecine entre à l’Académie Française, chose que ni Richelieu ni Louis XIV n’eussent seulement imaginée ; le premier des médecins académiciens fut Vic d’Azyr, qui eut l’honneur de succéder à Buffon en 1788.

Rousseau, Diderot ou même Voltaire ne parlent plus des médecins comme Molière et l’Encyclopédie fera sa part à l’art médical. Cette curiosité n’est d’ailleurs pas toujours entièrement pure et recouvre parfois des préoccupations philosophiques ou politiques.

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