Théorie spiritualiste de la vie et de la maladie

Au XVIIIè siècle, les conceptions organiciennes basées sur les mathématiques, la physique et la chimie, vont perdre de leur attrait, et l’on assistera au renouveau d’une théorie spiritualiste de la vie et de la maladie. Il est curieux d’ailleurs de voir les médecins s’orienter ainsi, alors que la philosophie, avec Condillac, Helvétius, Diderot ou d’Holbach, marchait dans des voies complètement opposées.

la-maladie

Ce nouveau spiritualisme n’est pas né de toutes pièces ; l’animisme n’a fait que réaffirmer avec vigueur des doctrines bien souvent exprimées antérieurement et son « principe vital » n’est pas bien différent de l’archée suprême de Van Helmont. Le chef de l’école est Stahl  (1660-1734) qui fut professeur à Halle ; partant du fait que le corps est mû par une âme immatérielle et immortelle, il pense que la vie et la maladie dépendent avant tout du mouvement vital imprimé par cette âme au corps. C’est un dérèglement du mouvement vital qui cause la maladie et, pour tomber malade, il faut y être naturellement disposé. On peut trouver là comme un premier aspect de la notion de terrain, mais d’un terrain pour lequel les forces spirituelles ont plus d’importance que les altérations matérielles. Ces doctrines, si opposées qu’elles fussent à la marche générale des idées, connurent un grand succès ; elles eurent des défenseurs dans la plupart des pays européens. En France, ses adeptes les plus connus sont Bordeu (1722-1776) et Barthez (1734-1806) ; ils y apportèrent d’ailleurs des atténuations qui permettent de les considérer dans une certaine mesure comme des précurseurs de Broussais et de Bichat.

Bordeu surtout, est un esprit original ; médecin réputé, propagandiste du thermalisme pyrénéen, il  s’est intéressé en outre à la physiologie. Il a montré notamment le rôle du sympathique dans la vie organique des différents viscères, et établit, à propos des glandes de la face, le véritable mécanisme de la sécrétion. Celle-ci n’est pas une simple séparation d’un produit préformé dans le sang comme on le croyait alors ; elle résulte d’un véritable travail glandulaire, qui fabrique le produit sécrété à partir d’éléments plus simples que lui fournit le sang. Il y avait là deux idées vraiment neuves que l’avenir devait complètement confirmer.

Toutes ces théories pathogéniques, c’est au fond beaucoup de bruit pour rien et il eût été surprenant que des discussions aussi byzantines aient amélioré les connaissances et les moyens d’action des médecins. En fait le XVIIè et le XVIIIè siècles sont au total pour la médecine une période de stagnation. Reconnaître les maladies, en déterminer les causes, en établir le traitement, sont les trois grands objectifs de la médecine. Pour aucun d’eux on n’a fait,  l’époque qui nous occupe, de progrès dignes d’être rapportés.

maladie

L’isolement des grandes maladies humaines sera l’œuvre du XIXè siècle ; il doit certainement beaucoup aux travaux antérieurs des anatomistes et surtout à la naissance de l’anatomie pathologique. Mais ces promesses n’ont donné que des fruits tardifs, et au XVIIIè comme au XVIIè siècle, on n’est pas parvenu à donner un état-civil aux diverses maladies que l’on connaît aujourd’hui. Cela tient surtout à l’insuffisance des procédés d’exploration qui ne se développeront qu’au siècle suivant. Il faut dire que les préoccupations théoriques de l’époque ne facilitaient pas toujours ce travail. L’idée que les diverses maladies ont une individualité réelle et constituent des entités distinctes les unes des autres, se heurtait à de nombreuses oppositions et la notion de spécificité morbide rencontrait plus de détracteurs que de partisans. Ce fut un des grands mérites de Sydenham de soutenir que les maladies ont une existence propre et des causes particulières à chacune d’elles. Baglivi a défendu la même doctrine, comme en témoigne la phrase suivante :

« Bien que nous ignorions entièrement en quoi consiste le désordre de chaque partie et la nature de chaque maladie, cependant nous pouvons observer que chaque maladie a sa forme particulière de croître et de décroître et des périodes déterminées« .

Au contraire, les animistes du XVIIIè siècle ont en général nié la spécificité morbide, suivant en cela l’opinion de Stahl pour qui toute maladie n’est qu’un dérèglement du mouvement vital, l’homme ne devenant malade « que par ce qu’il a une disposition naturelle à se modifier morbidement« .

nosologie

Les partisans de la spécificité trouvèrent, au cours du XVIIIè siècle, une aide puissante dans les travaux des botanistes et des zoologistes. La classification des animaux et des plantes en espèces bien déterminées, telle que l’établissent entre autres Tournefort, Buffon, Linné, Ch.Bonnet, incline alors les esprits à accepter l’existence d’espèces morbides ; il est remarquable qu’un des premiers essais de nosologie, le livre du Montpelliérain Boissier de Sauvages parue en 1731 porte le titre de Nouvelles classes des maladies disposées dans un ordre semblable à celui des botanistes. Remanié et complété en 1768 sous le titre moins systématique de Nosologie méthodique, ce livre contribua beaucoup à faire admettre la notion de spécificité des maladies. Certaines phrases y rendent un son bien moderne comme celle-ci : « Quelles erreurs ne doit-on pas commettre lorsqu’on ne consulte pas l’expérience et qu’on ose décider par des suppositions de ce qui se passe dans les profondeurs du corps humain« .

La controverse toutefois se prolongea longtemps et elle trouva son dernier écho dans la célèbre opposition entre Laennec et Broussais.

Le bilan de la thérapeutique n’est pas plus brillant. Au XVIIè siècle on soigne encore comme au Moyen Age, avec pour objectif principal d’évacuer les humeurs peccantes. Les railleries de Molière sur la saignée, la purge et le clystère sont dans toutes les mémoires. On pourrait penser à quelque exagération dans la verve du satiriste ; mais il n’est que trop réel que les médecins les plus réputés ne soignaient guère autrement. Guy Patin, qui fut doyen de la faculté de Médecine de Paris, était parfois désigné par le sobriquet de médecin des trois S ; ses remèdes étant la saignée, le séné et le son ; il a écrit que « le grand abus de la médecine vient de la pluralité des remèdes inutile set de ce que la saignée a été négligée », et il raconte avoir saigné treize fois en quinze jours un enfant de sept ans atteint de pleurésie…..

Ces thérapeutiques ne guérissaient naturellement pas et il leur arrivait de tuer. Le public s’en apercevait, semble-t-il, plus que les médecins et l’on pourrait recueillir dans la littérature de l’époque bien des railleries dirigées contre l’art médical.

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