Avancée des connaissances des fonctions de l’organisme humain

Quant à la connaissance des fonctions cérébrales, elle ne fait que s’esquisser à cette époque, bien que l’anatomie du cerveau ait fait, surtout grâce à Willis, de très grands progrès. Il est remarquable que, dès 1710, Pourfour du Petit y ait consacré des recherches expérimentales et mis ainsi en évidence le caractère croisé des symptômes par rapport aux lésions cérébrales. Il rend compte de son très beau travail dans un langage qui montre combien Galien et Descartes avaient encore conservé de prestige. « Les esprits animaux qui se filtrent dans la partie droite du cerveau servent pour le moment à la partie gauche du corps… du moins pour les bras et pour les jambes« .

Il confirmait ainsi les recherches anatomiques de Mistichelli qui, une année auparavant, avait décrit l’entrecroisement des pyramides.

Pour les autres grandes fonctions de l’organisme, des progrès commencent également à se faire. Une compréhension complète de la respiration se heurtait à bien des préjugés, notamment à la théorie d’Aristote pour qui l’air inspiré servait à rafraîchir le sang, en passant directement du poumon au coeur pour y modérer le feu. La notion de combustion a été ainsi longtemps ignorée.

Les premières recherches valables datent du début du XVIIè siècle. En 1620 un simple médecin de la petite ville du Bugue en Périgord, Jean Rey, constatait que l’étain et le plomb augmentent le poids quand on les calcine et attribuait cette augmentation à l’air. Vers 1667, Robert Boyle utilisant la machine pneumatique que venait d’inventer Otto de Guericke, montra que des animaux ne peuvent pas vivre dans un récipient où l’on a fait progressivement le vide, pas plus qu’une chandelle n’y peut brûler ; il établissait ainsi une première analogie entre respiration et combustion . En 1669, Richard Lower constate que le sang foncé de la veine cave devient d’un rouge vif si on le perfuse à travers les poumons et attribue ce changement à l’air. Et John Mayow, mort prématurément à trente-six ans, entrevoit le mécanisme même de la respiration : dans le Tractatus quinque medico-psysici paru en 1674, il s’exprime ainsi : « Par le ministère des poumons, certaines particules absolument nécessaires au maintien de la vie animale sont séparées de l’air et mêlées à la masse du sang« .

tractatus

La découverte des gaz de l’air va placer le problème sur le plan chimique. En 1757, Black retrouve dans l’air expiré le corps que Van Helmont avait décrit sous le nom de gaz sylvestre et lui donne le nom d’air fixe ; c’est l’acide carbonique. En  1775 Pristley prépare l’oxygène que, respectant encore la théorie du phlogistique formulée par Stahl, il appelle air déphlogistiqué.

Priestley considère cet air comme particulièrement pur, l’inhale, et présage curieusement les futures oxygémothérapies. « Qui peut assurer que dans la suite cet air pur ne deviendra pas un objet de luxe très à la mode ? Il n’y a eu jusqu’ici que deux souris et moi qui ayons eu le privilège de le respirer« .

Toutes ces recherches préparaient les célèbres travaux de Lavoisier. Celui-ci démontre que l’air est composé d’une portion salubre et d’une mofette irrespirable. Laissant en 1777 mourir un moineau dans un récipient clos, il montre que l’air s’est appauvri en oxygène et enrichi en acide carbonique, et qu’en même temps il a diminué de volume. Il détruit la théorie du phlogistique et soutient que la respiration est une combustion lente d’une partie du carbone de sang et que c’est la transformation de O en CO2 qui entretien la chaleur animale.

lavoisier

Lavoisier fut brûlé en effigie à Berlin par les partisans du phlogistique, mais il avait trouvé les lois de la fonction respiratoire. Il pensait toutefois que la transformation de l’oxygène en acide carbonique pouvait se faire dans le poumon. L’idée que les combustions organiques s’effectuent au niveau même des divers tissus a d’abord été formulée par le mathématicien Lagrange, puis démontrée expérimentalement par Magnus en 1837.

En matière de digestion, le XVIIè et le XVIIIè siècles n’apportent que quelques résultats fragmentaires qui sont surtout intéressants parce qu’ils marquent un des débuts de la médecine expérimentale. L’acidité du suc gastrique était connue depuis assez longtemps et on a vu que Panurge l’attribuait à la rate. Van Helmont s’y était aussi intéressé. Mais les véritables expériences datent de Réaumur qui faisait avaler à des oiseaux de petits tubes métalliques percés de trous et remplis d’aliments qui s’imprégnaient ainsi de suc gastrique et dont on pouvait examiner les altérations. Un peu plus tard, Spallanzani, pour étudier l’action du suc gastrique, il le retirait à l’aide d’éponges introduites dans l’estomac de divers animaux. Dans le même ordre d’idées, après la découverte par Wirsung du canal excréteur du pancréas, le Hollandais de Graaf introduisit dans ce canal un morceau du tube d’une plume d’oie en le fixant par une ligature et réalisa ainsi en 1663 le premier cathétérisme expérimental connu.

Tout ce mouvement vers une connaissance exacte du corps humain et de son fonctionnement fut puissamment aidé par la naissance de l’anatomie microscopique. Tant il est vrai que le perfectionnement des techniques est un élément décisif dans les progrès de l’esprit humain.

Toute cette partie de l’œuvre de Van Helmont mérite notre admiration ; il a, d’une façon plus précise que Paracelse, compris l’importance de la chimie pour le fonctionnement normal et pathologique de l’organisme humain, ouvrant ainsi une voie dont nous savons combien elle devait être féconde.

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