Les progrès du XVIIè siècle en Médecine

Lorsque s’ouvre le XVIIè siècle, l’anatomie du corps humain a fait des progrès décisifs ; il s’agit bien entendu, de l’anatomie macroscopique car la structure même des tissus ne pourra commencer à être étudiée qu’après l’apparition du microscope. En revanche, le fonctionnement du corps humain est très mal connu et les idées que l’on se fait à son sujet sont presque toutes des idées fausses : la physiologie est encore à peu près entièrement à découvrir. Sur la médecine elle-même, c’est à dire la connaissance des diverses maladies, de leurs causes et de leurs traitements, on est dans une ignorance pratiquement absolue.

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On peut s’étonner de ce retard alors que, dans d’autres domaines de la pensée, il existait depuis l’Antiquité tant d’œuvres remarquables. Cette opposition se marque d’une façon frappante si l’on considère que Harvey précède de peu l’époque où La Bruyère ouvrait ses Caractères par la phrase fameuse : « Tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent« . Même en ne prenant pas cette phrase trop au pied de la lettre, il est certain qu’en médecine au contraire, comme en physiologie, rien alors n’était encore dit. Cela tient à ce qu’on ne fait pas de la médecine avec des pensées, pas plus, comme le disait un jour Mallarmé à Degas, qu’on ne fait de la poésie avec des idées. Cette vérité qui nous paraît éclatante a mis bien du temps à s’imposer à l’esprit des hommes et il a fallu des siècles pour comprendre que la métaphysique ne résout aucun problème scientifique, et que le syllogisme à lui seul ne crée aucune connaissance réelle. Observer et expérimenter doivent être notre loi et l’on pourrait dire, comme Sully, qu’observation et expérimentation sont les deux mamelles de la médecine.

Or, ce sont justement ces outils essentiels du savoir qui vont, à partir du XVIIè siècle, remplacer peu à peu les explications métaphysiques, non sans résistance d’ailleurs de la part des esprits routiniers et aussi parfois malheureusement de la part d’esprits supérieurs. Le symbole de cette nouvelle époque, c’est la mémorable découverte du mécanisme de la circulation.

L’existence d’un circuit du ventricule droit au ventricule gauche à travers le réseau pulmonaire suppose l’indépendance complète de deux ventricules et conduit par suite à nier l’existence d’orifices de communication dans le septum interventriculaire. C’était aller directement contre l’autorité de Galien, autorité si puissante qu’aucun des anatomistes de l’époque n’avait osé le contredire malgré l’évidence des faits que les dissections mettaient devant leurs yeux. Pour s’y risquer, il fallait un esprit révolutionnaire, décidé à tout juger par lui-même, au mépris des opinions établies. Il est donc profondément logique que la découverte de la petite circulation soit due à Michel Servet, que la hardiesse de ses opinions religieuses devait conduire au bûcher. Pour que le symbole soit complet, c’est dans le livre même qui fit condamner Servet, la Christianismi Restitutio, paru en 1553, qu’est décrite la circulation pulmonaire.

christianismi

Cette description occupe cinq pages de livre ; certainement basée sur des dissections personnelles, elle énonce d’une façon précise les traits essentiels de la petite circulation. Servet affirme en effet :

1° – qu’il n’y a pas de communication entre les deux ventricules ;

2° – que le sang du ventricule droit va au poumon par la veine artérieuse (notre artère pulmonaire) ;

3° – que le mélange de l’air et du sang se fait dans le poumon et non pas dans le cœur ;

4° – que le sang mélangé d’air et ayant changé de couleur retourne par l’artère veineuse (notre veine pulmonaire) au ventricule gauche au moment de sa diastole.

Ce sont là des vérités fondamentales et une des premières acquisitions positives de la physiologie. Servet a ainsi ouvert la voie qui conduira bientôt  une connaissance exacte de tout le mécanisme circulatoire. Ce remarquable travail n’eut toutefois pas alors tout le retentissement qu’il méritait, car le livre fut brûlé en même temps que son auteur l’année même de sa parution, ce avec une telle rigueur qu’on n’en connaît plus aujourd’hui que trois exemplaires. Toutefois des copies en circulèrent et influencèrent probablement Juan Valverde qui, dans la Historia de la Composicion del Cuerpo humano parue en 1556, donne de la circulation pulmonaire une description très analogue à celle de Michel Servet ; son maître Colombo devait en faire autant dans un De re anatomica paru en 1559.

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La circulation sanguine resta longtemps un des mystères de la médecine, qui ne commença à être éclairci qu’avec la découverte du savant anglais Harvey.

Il restait toutefois beaucoup à faire. Servet pense toujours que le sang se forme dans le foie et que le rôle du cœur, aidé par les poumons, est de le transformer en esprit vital destiné aux artères et en esprit animal, semblable à un rayon de lumière, destiné au cerveau. C’est l’immortel mérite de William Harvey d’avoir définitivement secoué ces vieilles erreurs en établissant d’une façon scientifique, par observation et par expérience, le mécanisme complet de la circulation.

 

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