La découverte d’une médecine de l’avenir (Paracelse)

Seul émerge Paracelse qui possède une vue confuse de ce que sera la médecine de l’avenir. Suisse, né à Zurich en 1493 sous le nom de Théophraste Bombastus von Hohenheim, à la fois médecin, alchimiste et astrologue, il part violemment en guerre contre les doctrines reçues. C’est une véritable Réforme qu’il veut accomplir et, en un sens, il peut être comparé à Luther ; comme lui, il méprise le latin traditionnel et enseigne en allemand et il brûle publiquement les livres de Galien et d’Avicenne, comme Luther a brûlé les bulles du Pape. Il déclare que Galien est en enfer et Avicenne à la porte du purgatoire, mais il respecte Hippocrate.

 paracels

A la place de ce qu’il détruit, il installe un curieux mélange où des presciences remarquables voisinent avec d’extravagantes rêveries. C’est ainsi que l’homme est pour lui sous la dépendance de l’univers et que chaque corps a son double astral ; le soleil est en connexion avec le cœur et la lune avec le cerveau, tandis que les planètes commandent les six variétés du pouls.

Sur l’origine des maladies, Paracelse a des idées fumeuses où brillent quelques étincelles. Il les considère comme des entités ou des essences, amis il mêle à ce qui pourrait être une première notion de la spécificité morbide, des spéculations astrologiques hautement fantaisistes. Il déclare par ailleurs que le mauvais fonctionnement de la chimie de l’organisme entraîne des dépôts minéraux, qu’il compare au tartre, et qui sont à l’origine des calculs et de la goutte ; on ne peut nier qu’il y ait là comme une prescience de nos modernes maladies de la nutrition.

Paracelse eut en outre un vrai mérite : c’était un chimiste passionné qui entrevit le rôle de la chimie en physiologie et en médecine.

Ce sont là des titres sérieux et la phrase de Paracelse : « en dehors de la chimie vous tâtonnerez dans les ténèbres« , si elle est trop exclusive, rend déjà un son moderne. Comment aussi ne pas être touché de la description pittoresque que fait Paracelse des médecins spagiriques – ce sont ceux qui s’adonnent à la chimie. « Les médecins spagiriques, dit-il, ne sont pas paresseux comme les autres ; ils ne sont pas habillés en beau velours, en soie ou en taffetas ; ils ne portent pas de bagues aux doigts, ni de gants blancs. Ils attendent avec patience nuit et jour le résultat de leurs travaux. Ils ne fréquentent pas les lieux publics ; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau avec un tablier de peau pour s’essuyer les mains. Ils parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant bien que c’est à l’œuvre qu’on connaît l’ouvrier« .‘ N’y a-t-il pas là une saisissante ébauche des chercheurs d’aujourd’hui et de leurs laboratoires ?

Le goût de la chimie a eu aussi l’avantage de montrer que les quatre éléments fondamentaux des Anciens n’étaient pas des entités, mais des composés de plusieurs substances, et cette constatation a contribué à la ruine progressive de théories dont les répercussions sur la médecine avaient été bien fâcheuses.

En thérapeutique également, Paracelse s’oppose violemment au passé. Alors que, depuis Hippocrate, on s’efforçait de soigner la maladie par les contraires, Paracelse eut qu’on la soigne par les semblables, et il peut ainsi être considéré comme le précurseur de l’homéopathie. Mais, pour reconnaitre la similitude, il a recours à des analogies étonnamment grossières, cherchant dans la forme des plantes, les signes de leur correspondance à l’un de nos organes. C’est ainsi que les grains de grenade ressemblent aux dents et que le citron a la forme du cœur.

Notre nomenclature botanique a conservé des traces de ces bizarres recherches : l’hépatique est ainsi nommée pour sa feuille à plusieurs lobes qui rappelle les lobes du foie ; la pulmonaire tire son nom de la feuille, tachetée de noir, comme la surface du poumon ; et si la scrofulaire est employée contre la scrofule, c’est qu’on trouve sur ses racines de petits tubercules qui ont l’aspect d’un ganglion. La médecine, dite des signatures, qui s’est inspirée de ces conceptions enfantines ne pouvait évidemment pas conduire bien loin.  Mais comme toujours, à côté de ces extravagances, Paracelse a, en thérapeutique, des vues remarquables : il rétablit l’usage de l’opium, abandonné par le Moyen Age et il ose, le premier, administrer par la bouche des substances réservées jusque-là l’usage externe ; il doit être, en particulier, considéré comme le père de la thérapeutique mercurielle.

medicaments

En fait, ni la connaissance des maladies, ni leur traitement n’ont réellement progressé au cours de la période qui nous occupe. Les grandes épidémies du Moyen Age ont permis de connaître un peu mieux la peste, le typhus et la lèpre. La coqueluche a été décrite avec beaucoup d’exactitude en 1578 par Guillaume Baillou sous le nom de tissus quinta ou quintana ; quant au nom de coqueluche il vient d’une épidémie antérieure, qui était peut-être la grippe, et pour laquelle on obligeait les malades à ne sortir que la tête couverte de capuchons qu’on appelait cuculiones et d’après lesquels la maladie fut baptisée suculuche.

Les grands voyages maritimes ont développé et fait décrire le scorbut. La connaissance de la goutte s’est précisée et surtout l’apparition de la syphilis à la fin du XVè siècle a entraîné une floraison de travaux de valeur sur lesquels nous reviendrons.

La thérapeutique est un bizarre mélange. Les préceptes des Anciens sont appliqués servilement, sans discernement, avec toute la différence qu’il y a des élèves aux maîtres ; la purge, la saignée, les ventouses en restent les éléments essentiels ; on utilise toujours de nombreuses plantes auxquelles le XVIè siècle ajoute la digitale. On se sert enfin de certains métaux, notamment le mercure, le soufre et les sels de cuivre et de plomb pour le traitement des maladies externes. A cette thérapeutique plus ou moins raisonnable se mêle toute une pratique d’allure magique et qui vient des longs siècles d’ignorance dont on commence à peine à sortir ; des remèdes extravagants trouvent ainsi créance après d’une population restée superstitieuse et d’un corps médical encore bien peu instruit.

Si l‘on veut savoir comment un esprit particulièrement éclairé de la Renaissance jugeait toute cette médecine, il faut lire le dernier chapitre du deuxième livre des Essais. Montaigne y explique avec sa bonhomie savoureuse pourquoi il ne veut ni voir médecin ni prendre médecine.

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