Développement de l’Anatomie

Tandis que la médecine officielle suivait ainsi aveuglément des voies sans issues, on voit se préciser la connaissance de l’anatomie, prélude nécessaire à toute médecine efficace. Dans la période qui va du XIVè au XVIè siècle inclus, c’est en anatomie que se font les progrès essentiels ; ces progrès s’expliquent par le fait que la nouvelle civilisation occidentale n’a pas, vis-à-vis des morts, le même respect superstitieux que la civilisation antique ou la civilisation arabe ; les autopsies et la dissection deviennent donc possibles et vont se développer rapidement.

anatomie

Le mouvement commença au XIIIè siècle et l’impulsion lui fut donnée par l’homme extraordinaire qu’était l’Empereur Frédéric II, à la fois barbare et profondément imprégné de culture littéraire et scientifique. Frédéric II, en qui coulait le sang des Normands, des Arabes et des Germains, avait rendu la dissection obligatoire pour les futurs chirurgiens. On trouve mention d’une autopsie à Bologne dès 1302 et Mondino de Luzzi, dans son Anatomie écrite vers 1316, mentionne expressément les dissections qu’il a faites. Au XVè et surtout au XVIè siècle, les dissections deviennent des pratiques courantes ; on les reproduit en gravures isolées ou dans des livres. Non seulement les médecins, mais les artistes, dissèquent pour apprendre à bien connaître le corps humain, et il est frappant de voir que deux des plus grands hommes de la Renaissance, dans des domaines et pour des motifs divers, Rabelais et Léonard de Vinci, ont pratiqué la dissection. Rabelais a même reçu pour cela les félicitations d’Etienne Dolet dans une curieuse pièce en vers où un pendu se félicite d’être disséqué par un savant médecin et de fournir ainsi un sujet d’admiration pour les merveilles de l’organisation humaine.

La vulgarisation des découvertes anatomiques était rendue en même temps plus facile, non seulement par l’imprimerie, mais aussi par les progrès de l’illustration et la découverte des lois de la perspective par le Florentin Alberti. Les ouvrages des Anciens étaient peu et ont une clarté et un caractère de réalité qui facilitent extraordinairement la compréhension du texte et touchent parfois à l’œuvre d’art.

Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, l’anatomie ai tenu une grande place dans l’enseignement et que ses progrès aient été rapides. Quand Gargantua écrit à son fils Pantagruel pour le diriger dans ses études à l’université de Paris, il ne lui recommande pas d’examiner les malades, « mais de revisiter les livres des médecins grecs, arabes et latins et d’acquérir par fréquentes anatomies, une parfaite connaissance de l’homme ».

anatomie-livre

Il serait trop long d’étudier en détail les acquisitions nouvelles qui ont alors enrichi l’anatomie antique. Les noms de Sylvius, de Fallope, d’Eustache, d’Arantius, restent attachés aux organes qu’ils ont décrits. On peut y ajouter Charles Etienne qui découvrit les veines du foie et qui publia en 1545 un des premiers et des plus beaux traités illustrés, le De dissectione partium corpuris humani. On peut aussi faire mention de Guillaume Rondelet, parce qu’il développa l’étude de l’anatomie à Montpellier et surtout parce qu’il servit de modèle au docteur Rondabilis de Rabelais.

Mais le plus grand de tous ces anatomistes, celui qui symbolise le mieux cette étude du corps humain, est André Vésale….

Les anatomistes des XVè et XVIè siècles, tout occupés de dissection, n’ont fait que bien peu d’autopsies. Au XVIIè siècle, Harvey en connaît déjà fort bien l’importance. Dans sa première lettre à Riolan, il reproche à l’anatomiste français de discuter des malades à partir de la dissection de corps sains ; pour lui, il a entrepris « de raconter, d’après de nombreuses dissections de corps ayant été malades et atteins d’actions les plus graves et les plus remarquables, de quelle façon et en quelles proportions les organes intérieurs, couramment décrits par les anatomistes dans leur emplacement, leur grandeur, leur constitution, leur forme et apparence normale et de combien de façons divers et singulières ils sont modifiés. Car, de même que la dissection des corps sains et de bon aspect aide beaucoup à la philosophie et à la physiologie correcte, de même l’examen des corps malades et cachectisés présente le plus grand intérêt pour la pathologie philosophique »….

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s