L’Ecole médicale d’Alexandrie

Cette école naquit au cours du IIIè siècle avant notre ère. Elle compte de nombreux médecins auxquels on a donné le nom d’empiriques, dont le plus connu est Héraclide de Tarente. Les grands anatomistes Hérophile et Erasistrate s’y sont rattachés plus ou moins explicitement. Les empiriques rejettent toutes les explications a priori de la maladie, qu’ils considèrent comme sans fondement réel et incapables de conduire à des connaissances utiles. Pour eux, le seul guide de médecin doit être l’observation des malades, observation aussi précise que possible, fondée à la fois sur les symptômes, sur l’histoire de la maladie et sur les résultats de traitements.

C’était là, à coup sûr, une méthode saine et une réaction heureuse contre les excès dogmatiques. Mais, même débarrassée des entraves des théories fausses, l’observation ne peut donner de résultats qu’en raison de la richesse des procédés d’exploration dont on dispose. Or ces procédés étaient à cette époque remarquablement pauvres et ils le restèrent jusqu’à une époque très approchée de nous, puisque c’est seulement au XIXè siècle qu’on vit leur épanouissement progressif. Malgré une méthode plus scientifique, les empiriques n’ont guère plus enrichi la médecine que leurs rivaux.

Ainsi, des connaissances anatomiques et physiologiques insuffisantes ou fausses, une absence presque totale de procédés d’exploration, une confiance trop aveugle dans des théories sans fondement expérimental, tout cela n’explique que trop que les médecins de l’Antiquité, malgré leur intelligence et leur labeur, ne soient pas allés très loin dans la connaissance des maladies et des moyens de les guérir.

L’ensemble des connaissances ainsi acquises pendant sept siècles est connu par le traité De Arte Medical de Celse, qui vécut sous Auguste et Tibère et surtout par les ouvrages de Galien. Celse se distingué de la plupart des médecins de son temps par son mépris du dogmatisme.

arte-medica

L’ouvrage « De Arte Medica » de Celse constitue le plus important recueil d’informations sur les débuts de la médecine romaine »

C’est vraiment un praticien attaché à l’observation des faits : « Un homme privé du don de l’exprimer, dit-il, mais versé dans la pratique, serait certes un plus grand médecin que s’il avait cultivé l’art de bien dire sans s’appuyer sur l’expérience« . Il plaida en faveur de la dissection : « Je pense qu’il est nécessaire à ceux qui cultivent la science de se livrer à la dissection des cadavres, car ils doivent connaître le siège et la disposition des organes« .

Ainsi, son traité précis et objectif, reste-t-il un remarquable document. Il eut pourtant, à cause de cela peut-être, un médiocre succès. Quintilien dit de Celse que c’était un homme d’un esprit médiocre, et le Moyen Age ne l’a pas connu. La Renaissance au contraire en a fait le Cicéron de la médecine après l’impression du De Arte Medica à Florence en 1478.

La fortune de Galien fut tout autre. Il naquit à Pergame en 131 et mourut à Rome vers 205 après y avoir exercé et professé la médecine depuis le règne de Marc-Aurèle jusqu’à celui de Septime-Sévère. Ce IIè siècle de l’ère actuelle fut, sous les Antonins, une des grandes époques de la civilisation antique. L’empire romain, avant de sombrer, y brilla d’un dernier et splendide éclat. Dans cet ultime épanouissement, la médecine trouva, avec Galien, un dernier et brillant représentant.

galien

Galien

Galien était un esprit encyclopédique. Lettré, mathématicien et philosophe, il s’occupa d’histoire naturelle avant de se consacrer à la médecine ; il a été non seulement clinicien, mais anatomiste et physiologiste, ayant disséqué, à défaut de cadavres humains, divers animaux dont peut-être des singes. Nul n’était mieux préparé que lui à dresser l’inventaire de ce qu’on savait à cette époque sur l’homme, sa santé et ses malades. Cependant s’il a avec un talent que l’on peut encore admirer, tracé ainsi un vaste et brillant tableau, il a très peu ajouté aux connaissances de son temps ; et surtout il a poussé à l’extrême le défaut de la plupart de ses prédécesseurs, une confiance sans mesure dans les systèmes et les théories. Galien connut néanmoins une gloire immense. Paré des prestiges d’une civilisation grandiose il faut pendant des siècles l’oracle infaillible vers qui se tournaient tous les regards comme vers un grand phare brillant encore au-dessus d’une cité engloutie.

Son anatomie est ce qu’il a laissé de plus solide. On peut voir dans son traité De usu partium que l’anatomie macroscopique était assez bien connue : la description des principaux viscères, des organes génitaux, du cœur, du cerveau et des nerfs, des muscles, des os et des articulations dénote un niveau de connaissances déjà étendu. A ces connaissances se mêlent encore bien des erreurs. Les unes viennent de préjugés théoriques, c’est ainsi par exemple, que Galien, qui avait pourtant disséqué lui-même des animaux, a accrédité jusqu’à Harvey existence, entre les deux ventricules du cœur, de communications nécessaires à ses théories de la circulation. Dans d’autres cas, c’est le fait d’avoir disséqué des animaux et non des hommes qui fut la source de méprises ; une de ces erreurs les plus pittoresques est la description de l’utérus que toute l’Antiquité a cru profondément bilobé comme celui de la lapine. Et pour expliquer cette disposition – se souvenant aussi peut-être de la teinte péjorative qui s’attache au côté gauche – les anciens anatomistes ont logé les fœtus femelles dans la corne gauche, laissant aux mâles la corne droite, plus noble. Entre autres…..

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