La Médecine Grecque et Romaine

La médecine Grecque nous a laissé de nombreux documents et a joué un rôle essentiel dans le développement des idées médicales, non seulement dans l’Antiquité, mais pendant tout le Moyen Age et même jusqu’au-delà de la Renaissance.

esculape

Esculape – Dieu de la médecine en Grèce

Cette influence s’est exercée à la fois pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur parce que les Grecs ont jeté les premières bases de la séméiologie et de la déontologie. Leurs travaux sur les signes des maladies et sur les problèmes moraux de la médecine gardent une valeur de « grands ancêtres » et seront toujours considérés avec respect. Pour le pire, parce que les grands médecins grecs ont encombré la médecine de systèmes  a priori inspirés des philosophies contemporaines ; ces systèmes, élevés au rang de vérités intangibles, acceptés comme des dogmes, ont pendant des siècles fait obstacle au progrès et stérilisé les recherches.

La médecine grecque classique est relativement récente, surtout si on la compare à la médecine égyptienne ; elle ne débute guère qu’au VIè siècle avant notre ère. Nous avons peu de choses sur les connaissances des Grecs archaïques, mais ces connaissances étaient certainement très rudimentaires.  A l’époque homérique, le souffle est le principe de la vie et la mort survient quand ce souffle s’exhale hors du corps. Ce souffle précieux est distribué aux diverses parties du corps par les artères ; c’est aussi par voie artérielle que l’air gagne les poumons et c’est par un souvenir persistant de ces idées que la trachée s’est longtemps appelée la trachée-artère.

Certains médecins, dès cette époque, se différenciaient progressivement des devins et des prêtres. La légende nous a conservé le nom d’Esculape qui vivait à cette époque puisqu’on le considérait, au même titre qu’Achille comme un élève du Centaure Chiron. Ses deux fils Machaon et Podalire, sont cités dans les chants homériques et ont peut-être eu une existence réelle.  Ils utilisaient certainement divers végétaux, comme le font d’ailleurs empiriquement toutes les peuplades primitives. La légende veut que l connaissance des vertus curatives des plantes ait été donnée à Esculape par son éducateur, le Centaure ; un lointain souvenir de cette légende persiste dans le nom d’une Gentianée commune dans nos régions, l’Erythrea Centaurium ou Erythrée des Centaures, communément appelée petite centaurée.

plante

D’après Galien, Esculape soignait de nombreux malades par l’exercice et ainsi que par des chansons, des divertissements et une sorte de musique appropriée à leur état ; plus tard, Démocrite d’Abdère consacrera tout un livre à la thérapeutique musicale. Il est curieux de voir employés, à cette aube de la médecine, des procédés qui s’apparentent dans une certaine mesure à  des recherches très modernes. Ce niveau des connaissances médicales, tel que nous pouvons le déduire des légendes et des poèmes homériques, ne s’est guère développé pendant un long espace de temps. C’est seulement à la fin du VIè siècle avant notre ère que la connaissance de l’être vivant va faire un nouveau pas.

Alcméon de Crotone, qui vivait vers 500 avant J.Christ, et Anaxagore de Clazomènes, dont l’activité s’est exercée pendant la première moitié du Vè siècle, peuvent être considérés comme des physiologistes au sens moderne du mot ; Pour des raisons que nous ignorons, à cette époque, et du moins dans certaines régions, le respect religieux des cadavres connut une phase d’atténuation. Il est infiniment probable qu’Alcméon et Anaxagore purent pratiquer la dissection et faire peut-être des expériences sur les animaux. Cette méthode les conduisit rapidement à des découvertes capitales : c’est à eux qu’on doit les premières connaissances précises sur le fonctionnement de la vue et de l’ouïe ; ils entamèrent l’étude du système nerveux, distinguèrent les fonctions sensorielles des fonctions intellectuelles et surtout Alcméon plaça pour la première fois, le siège de la pensée non pas dans le cœur, comme on l’avait vu jusqu’alors, mais dans le cerveau. C’est vraiment là la première grande découverte physiologique dans l’histoire des hommes, acquise pour la première fois par les mêmes méthodes qu’emploi la science moderne.

Cependant, ce rôle du cerveau ne sera pas admis sans conteste. Aristote plaçait encore le sentiment dans le cœur – siège du chaud – et faisait du cerveau, siège du froid – un centre de rafraîchissement pour le cœur. Il en est de même de l’Ecole de Sicile au IVè siècle. D’autres le localisaient assez curieusement dans le diaphragme, mot dont la racine se retrouve dans divers mots grecs liés à des idées de spiritualité, comme syphrôn ou sôphrosumé. Hippocrate toutefois est un défenseur du cerveau et dit du diaphragme : « Je ne vois pas quelle influence il peut avoir sur la pensée et l’intelligence. A la vérité quand on éprouve à l’improviste un excès de joie ou de chagrin il tressaille et cause des soubresauts ; mais cela tient à ce qu’il est mince et très large… Il s’appelle phrén sans raison, comme un des appendices du cœur s’appelle oreillette quoiqu’il ne contribue en rien à l’ouïe »…

Il existe, dans l’histoire de l’Antiquité, une deuxième  période où les mêmes méthodes scientifiques ont pu être appliquée s, avec les mêmes succès. Après le partage de l’Empire d’Alexandre, il y eut, dans la première moitié du IIIè siècle avant J.Christ, chez les Ptolémées d’Egypte, un remarquable essor intellectuel dont témoigne notamment la création de la Bibliothèque d’Alexandrie. Sous les deux premiers Ptolémées, on put de nouveau disséquer des cadavres, en se bornant toutefois à ceux des criminels ; la connaissance de l’anatomie fit alors, en peu de temps, de rapides progrès.

galien

Galien et Hippocrate

Hérophile, né vers 330 en Bythinie, a laissé des travaux remarquables ; Il reconnaît que les nerfs constituent un tissu spécial et décrit leur origine dans la moelle et dans le cerveau. Il distingue le cerveau du cervelet et donne du cerveau une première description : c’est à juste titre que le sinus droit porte encore aujourd’hui le nom de Pressoir d’Hérophile. En outre, il décrit et nomme le duodénum et découvre l’épididyme. Il reconnaît enfin le synchronisme du pouls et des battements du cœur, ce qui paraît tout simple aujourd’hui mais constitue pour l’époque une découverte de premier ordre.  Erasistrate, né une dizaine d’années plus tard dans l’île de Céos a perfectionné l’étude du système nerveux et distingué les nerfs moteurs des nerfs sensitifs. Il a également étudié les vaisseaux, mais sans se douter du mécanisme de la circulation.

Les hommes dont la postérité a retenu les noms et qui se sont imposés à une longue suie de générations ont de nouveau, et pour longtemps, orienté la médecine dans la voie des systèmes a priori et des hypothèses … Et l’on peut se demander si les servies incontestables qu’ils ont rendus ne sont pas compensés par les obstacles que leurs fausses méthodes ont opposés à un progrès réel de nos connaissances. Chose curieuse, toute cette médecine grecque classique n’est pas née en Attique, ni même dans la Grèce continentale. C’est de la périphérie du monde hellénique, d’Asie Mineure, des îles égéennes, de Grande Grèce ou de Sicile que sont venus pendant des siècles les grands médecins dont nous parlerons ici…

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