La Médecine Egyptienne

C’est l’antique Egypte qui a créé la première des grandes civilisations connues, et c’est dans cette civilisation que la médecine a fait ses premier pas. Il est probable que les hommes préhistoriques employaient déjà certaines pratiques et utilisaient certaines planes pour soulager leurs souffrances, et l’on peut voir là, si l’on veut, un embryon d’art médical. Mais c’est dans la vallée du Nil qu’est née la première étude du corps humains, de ses fonctions et de ses malades. Si l’on en croit les légendes, cette curiosité pour la physiologie et la médecine remonterait aux premières périodes de la civilisation égyptienne ; dès la première dynastie, le deuxième des rois égyptiens, Athotis, aurait écrit des livres de médecine et d’anatomie. Et ce furent, dit-on, les connaissances médicales égyptiennes que rapporta Moïse lorsqu’il guide son peuple vers la Palestine.

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Athotis

Il est malheureusement très difficile de se faire une idée tant soit peu précise de ces connaissances, car bien rares sont les documents venus jusqu’à nous. Des temps anciens, il ne reste guère que cinq papyrus traitant des choses médicales, notamment celui du Musée à Berlin  qui donne un aperçu de l’anatomie égyptienne, le papyrus Edwin Smith de la Société historique de New York plus particulièrement consacré à la pratique médicale, et surtout le papyrus Ebers de l’Université de Leipzig. Ces textes datent d’environ mille cinq cents ans avant notre ère, mais reflètent des traditions plus anciennes.

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Papyrus Ebers de l’Université de Leipzig

Les connaissances anatomiques des Egyptiens nous apparaissent cependant comme bien rudimentaires. Voici quelques exemples.

« La tête a vingt-deux vaisseaux qui conduisent et mènent dans toutes les parties du corps, le souffle venant du cœur… Il y a deux vaisseaux dans l’oreille droite par où entre le souffle de vie et deux vaisseaux dans l’oreille gauche par où entre le souffle de mort. Il y a quatre vaisseaux dans les fosses nasales ; deux donnent du mucus, deux donnent du sang ».

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« Le souffle et l’esprit entrent par le nez et gagnent le cœur et les poumons qui les distribuent à la cavité intestinale ».

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« Il y a quatre vaisseaux ouverts dans l’anus qui lui donnent l’eau et le souffle, parce que dans l’anus s’ouvrent tous les vaisseaux de la droite et de la gauche du corps ; les deux vaisseaux des bras, les deux vaisseaux des jambes y charrient les excréments »

 Les Egyptiens croyaient le cœur en rapport avec l’estomac ; le nom de cardia donné à l’orifice supérieur de l’estomac est un lointain souvenir de cette croyance. A peu près vers la même époque, des préoccupations et des erreurs analogues se rencontrent dans les civilisations de la basse vallée de l’Euphrate. Des tablettes sumériennes, qui datent d’environ trois mille ans avant l’ère chrétienne, nous donnent à ce sujet quelques indications. Elles nous apprennent que le foie est l’organe régulateur de la circulation, que le cœur est le siège de l’intelligence, et l’oreille le siège de la volonté.

Le grand principe est le souffle auquel les anciens hommes, instruits par leur expérience immédiate, attribuent une importance primordiale et qu’ils assimilent plus ou moins complètement à l’Esprit. Cette notion va dominer toute la physiologie de l’Antiquité et du Moyen Age et, même après la découverte d’ Harvey , on en trouvera des traces chez Descartes.

egypte

Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner de tant d’erreurs alors que tous les moyens de connaissance faisaient défaut. Le culte et le respect des morts sont des données fondamentales de toutes les religions de l’Antiquité, et surtout  de la religion égyptienne vouée à la pratique des embaumements, pratique qui ne donnait sur la structure du corps que des renseignements bien superficiels. Toucher à un cadavre constituait un acte sacrilège et disséquer un corps humain devenait de ce fait une impossibilité absolue. On retrouve ce même veto en Grèce et à Rome et ce n’est que bien avant dans le Moyen Age et avec bien des difficultés que la dissection de l’homme fut progressivement acceptée. Comme par ailleurs on ne s’est avisé qu’assez tard de l’intérêt de disséquer les animaux, on conçoit que les connaissances anatomiques et, par répercussion, les connaissances physiologiques, n’aient progressé qu’avec une extrême lenteur.

Les traitements utilisent de façon tout à fait empirique la plupart des plantes du pays, le miel, les viscères d’animaux variés, la bile, le sang, le lait, parfois même les excréments ; enfin, pour l’usage externe, divers produits minéraux comme le sulfate de cuivre, l’arsenic, l’alun. Les préoccupations philosophiques ne paraissent guère avoir joué un rôle dans la médecine égyptienne, ni avoir fait obstacle à son développement, mais elle a connu d’autres entraves, surtout la magie primitive, qui n’a jamais été complètement délaissée ; la prise d’un médicament devait s’accompagner d’invocations aux dieux les plus divers ou de formules d’incantation souvent bien bizarres.

Malgré toutes ces faiblesses, d’ailleurs en grande partie inévitables, la médecine égyptienne constitue un point de départ méritant notre respect. Les médecins égyptiens, même hors de leurs frontières, étaient connus et recherchés. Au VIè livre de l’Odyssée, Hélène jette dans le vin une drogue qui empêche de verser une seule larme quand bien même on aurait perdu ses père et mère. Cette drogue vient d’Egypte, « pays qui produit 1000 plantes médicinales, les unes pour le bien, les autres pour le mal, pays des médecins les plus savants parmi tous les hommes ». L’ensemble des connaissances égyptiennes était résumé dans les six derniers livres de la collection Hermétique, qui date de l’époque Alexandrine : ces livres, suivant une méthode parfaitement logique, étaient consacrés successivement à l’anatomie, aux maladies en général, aux instruments, aux remèdes et enfin aux deux groupes d’affection les plus fréquentes et les mieux connues en Egypte, les maladies des yeux et les maladies des femmes. On peut dire que c’est en Egypte que la médecine reçut son premier passeport pour le fabuleux voyage qu’elle était destinée à accomplir.

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