Lorsque la médecine est un acte Magique

A l’époque préhistorique, la médecine fut de nature magique, comme elle l’est encore dans les peuplades primitives du centre de l’Afrique par exemple, où le médecin n’est autre que le Sorcier ; c’est pour des exorcismes sous toutes les formes que l’on pense chasser l’esprit malfaisant considéré comme l’auteur du mal.

On aimerait croire que cette conception grossière a entièrement disparu avec les progrès de la civilisation, pourtant, est-il bien certain que de vagues vestiges de cette mentalité ne subsistent pas jusque dans les cerveaux modernes, de même que des organes devenus inutiles et parfois même dangereux, comme l’appendice par exemple, persistent dans un organisme qui n’a pas besoin d’eux ? On le croirait parfois à voir le succès que peuvent rencontrer de nos jours les magnétiseurs ou les radiesthésistes, même auprès d’esprits cultivés. Quand la médecine cessa d’être magique elle devint sacerdotale, le médecin-prêtre recevant des dieux le pouvoir de guérir ; il en fut ainsi notamment dans l’ancienne Egypte où, sous les premières dynasties, la florissante école médicale de Saïs était installée près des temples tandis que son chef était revêtu de la dignité de grand prêtre.

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Et pour être sûr que les dieux ne fussent pas dépourvus de compétence, on divinisa un médecin réel du nom d’Imotep, également administrateur et architecte, qui vivait vers l’an 3000 avant J.Christ, eut des temples et reçut des offrandes ; il paraît être l’ancêtre de l’Esculape Grec.

Les Grecs ont en effet eux aussi longtemps connu la médecine sacerdotale. Les prêtres pratiquaient l’art de guérir dans les temples d’Apollon et d’Esculape ; le temple d’Epidaure était célèbre pour les cures vraiment miraculeuses, comme par exemple, la délivrance d’une femme après cinq ans de grossesse et la mise au monde d’un garçon qui, aussitôt né, courut tout seul de baigner dans la fontaine.

C’est dans la descendance d’Esculape que se recrutaient les médecins, comme les grands chefs arabes dans la lignée du Prophète. Hippocrate lui-même se vantait d’être une Asclépiade.

medecine

Bien des siècles encore après que la médecine eut commencé à devenir positive, les Dieux dispensateurs de la santé avaient des autels. Dans la Rome antique, ils formaient une cohorte nombreuse où la spécialisation atteignait un degré dépassant ce que nous connaissons puisqu’il y avait par exemple, la Déesse qui donnait du lait, celle qui protège les siens des nourrices, celle qui chasse les mauvais rêves ou berce les nourrissons, et tant d’autres encore.

Parallèlement à ces croyances et à ces supplications, une  médecine objective se développa peu à peu, plus u moins vite suivant le génie des divers peuples, d’abord en Mésopotamie et en Egypte, et ensuite en Grèce. On se rendit progressivement compte que les maladies n’étaient ni infligées par la colère des dieux ni guéries par leur bienveillance et qu’il était au pouvoir de l’homme d’en imaginer les causes et d’en découvrir les remèdes. Mais à cette aurore des connaissances médicales, la tâche à accomplir était écrasante puisqu’il fallait découvrir tout un monde, sans données antérieures, sans points de repères et avec des moyens si faibles que les progrès devaient de toute façon être désespérément lents.

Nos lointains ancêtres employèrent alors les méthodes les moins propres à les conduire à une connaissance tant soit peu exacte de la maladie. Nous savons que c’est par l’observation et l’expérimentation, aussi précises et aussi dénuées que possible d’idées préconçues, que l’on peut avancer dans la connaissance, et par elles seulement. Mais c’est là une vérité relativement récente et qui ne s’est imposée à l’esprit humain que depuis  un petit nombre de siècles.

Si les médecins de l’Antiquité ont observé les malades et tiré de cette observation bien des éléments valables de connaissance, leur effort s’est trop souvent accompli dans le cadre de théories fausses et des œillères ont grandement limité le champ de leurs découvertes : peut-être a-t-on le droit de rappeler ici la proposition de Bacon : « Ce n’est point par l’orgueil, mais par l’obéissance que l’homme commande à la nature des choses ». Dans une matière qui est « de la science » on ne progresse qu’avec la méthode de la science. Toute l’histoire de la médecine, depuis la vieille Egypte jusqu’à la fin du Moyen Age, illustre abondamment cette vérité.

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